Aller au contenu principal

Ces leçons qu’Hollande n’a pas retenues des erreurs de Bush

Le président français François Hollande semble adopter les politiques néfastes qui avaient été mises en œuvre par l'ancien président américain George W. Bush au lendemain des attentats meurtriers du 11 septembre 2001

François Hollande n’est pas un président populaire. Peu importe l’ardeur avec laquelle le leader « socialiste » tente de s’imposer, il ne semble jamais disposer d’une assise électorale assez solide pour le soutenir. Il a essayé de masquer son manque initial d’expérience en matière de politique étrangère avec une guerre au Mali, après que son pays a supporté avec enthousiasme celle en Libye. Mais s’il a réussi à déclencher des guerres, il a échoué à gérer leurs conséquences, comme les derniers attentats de Paris l’ont démontré.

Depuis l'attaque contre le journal satirique Charlie Hebdo, il essaie de surfer sur une nouvelle vague de popularité. Le 11 janvier, on estime que 3,5 millions de personnes sont descendues dans les rues de France en faveur de la liberté d'expression – comme si c’était là le véritable cœur du problème. Près de quarante dirigeants mondiaux et officiels de haut rang, dont beaucoup violent sans répit les droits de l’homme et la liberté d'expression, ont marché bras dessus, bras dessous dans les rues de Paris. Une opportune séance photos visant à montrer que le monde était « uni contre le terrorisme ».

Au milieu de tout cela, un Hollande assiégé se plaçait au centre de la scène, prêt à agir en homme d'Etat, en leader résolu et père de la nation. Et alors que son peuple essayait de se remettre de la tragédie, Hollande promit dans son discours de vœux pour la nouvelle année d'intensifier ces mêmes politiques qui ont engendré la violence et ce que de nombreux experts occidentaux s’empressent de qualifier de « terrorisme islamique ».

La connexion irakienne

« Si nous pouvons combattre le terrorisme en Irak, tout comme nous l'avons fait en Afrique, nous assurerons notre propre sécurité », a-t-il déclaré. Son plan sonnait aussi pathétique que familier. « Si nécessaire, nous serons en mesure d’agir en Irak avec plus d’intensité et d’efficacité ; le porte-avions sera en communication étroite avec les autres forces et sera en mesure d’attaquer à tout moment en cas d’intensification des tensions », a-t-il dit.

Comme si aucune leçon n’avait été tirée, Hollande semble adopter les mêmes politiques néfastes qui avaient été mises en œuvre par l'ancien président américain George W. Bush après les attentats meurtriers du 11 septembre 2001. Lui aussi avait frappé de façon violente et inconsidérée. A la demande de groupes néoconservateurs influents, il avait mené des politiques prédéfinies visant à assurer la domination américaine au nom de la lutte contre la « terreur ». Ces politiques ont eu un effet contre-productif : aucun des objectifs stratégiques des Etats-Unis n’a été atteint et le « Nouveau Moyen Orient » que l'administration américaine désirait si désespérément est devenu un terrain fertile pour ce même « terrorisme » que les Américains prétendaient pourtant combattre.

Avant les mésaventures de Bush au Moyen-Orient, al-Qaïda semblait une réalité lointaine dont on avait entendu parler mais qui demeurait invisible. Une décennie après l'invasion américaine de l'Irak, al-Qaïda s’est implanté dans tout le Moyen-Orient et en Afrique du Nord, proliférant en de nombreux groupes, sous-groupes et autres mouvements s’en inspirant. En fait, l’al-Qaïda-devenu-Etat Islamique (IS) est maintenant en train de redessiner les frontières, se taillant son propre « Etat » qui occupe des pans entiers de territoires en Syrie et en Irak.

Mais pourquoi Hollande répète-t-il l'échec des politiques d’une administration Bush discréditée, et annule les choix de principe intelligents d’anciens présidents français comme Jacques Chirac ? Chirac s’était fermement opposé à la guerre de Bush en Irak, prévoyant de potentielles catastrophes, et il avait eu raison. Mais depuis, la France elle-même a changé, et des leaders ratés comme Nicolas Sarkozy, et maintenant Hollande, sont responsables de ce changement.

Le sauveur a besoin d’être sauvé

Quand Hollande a été élu en mai 2012, en ces temps de crise économique, de taux de chômage élevés, de désunion politique et d’un sentiment collectif de perte et de confusion, certains ont vu en lui un espoir. Mais  il a n’a pas su répondre à cet espoir. L'économie est restée au point mort, malgré ses promesses de relance. Le chômage persiste et même la proposition d’imposer plus fortement les millionnaires du pays n’a pas été suivie d’effet.

Cependant, ce n’est pas là juste une question de récession économique. L’augmentation du racisme, favorisée par la montée des partis fascistes et de droite, est en train de dévorer le sentiment d'identité nationale française. Naturellement, les échecs d’Hollande se sont traduits dans les sondages. Sa cote de popularité a dégringolé rapidement, de sorte que pour sauver la situation il a décidé de faire exactement le contraire de ce pour quoi il avait été élu : la guerre.

Sa décision du 11 janvier 2013 de bombarder des « militants islamiques » au Mali lui a tout juste permis de se gagner une réputation de « président déterminé ». Mais les guerres sont faciles à démarrer et difficiles à terminer. Les guerres d’Hollande ne font pas exception.

La guerre au Mali avait peu à voir avec le militantisme religieux, et tout à voir avec la fracture existant dans le pays lui-même et dans toute la région. L'intervention des Etats membres de l'OTAN en Libye a joué un rôle majeur dans le déclenchement de la crise malienne. En ajoutant guerres et interventions occidentales à cette combinaison, une catastrophe était inévitable.

Avec les Etats-Unis qui étendent leur présence militaire en Afrique, la Chine qui joue de son poids économique, et les puissances régionales qui manœuvrent pour accroître leur influence, c’était là le moyen parfait pour Hollande d’apparaître comme un grand chef d’Etat français regagnant l’ancienne « gloire » coloniale de son pays en Afrique. Le Mali était l'endroit idéal pour Hollande de détourner l’attention du monde de ses échecs internes. Ce pays d'Afrique de l'Ouest, autrefois une démocratie prometteuse, était devenu un Etat failli, avec sa multitude de problèmes et de divisions ethniques et raciales, sans compter l’afflux des innombrables armes en provenance de Libye – elle-même détruite par les puissances occidentales, à commencer par la France.

Hollande a connu son moment de gloire le 13 septembre 2013, quand il a déclaré que la guerre contre les « extrémistes islamiques » avait été gagnée. Mais cette déclaration s’est révélée aussi hâtive que le « mission accomplie » de l’armée américaine lors du discours de « victoire » prononcé par Bush peu après l'invasion de l'Irak.

Les difficultés économiques d’Hollande ont persisté dans le pays, et la guerre seule n’a guère réussi à redorer son image ternie. En novembre 2014, il reçut le plus mauvais score jamais enregistré par un président dans les sondages : un taux d'approbation de 12%.

Plus les mauvaises nouvelles se multipliaient à l’intérieur, plus les tentacules interventionnistes françaises trouvaient leur chemin vers des endroits à la fois proches et lointains – la Libye, le Mali, la Syrie, l'Irak et ainsi de suite. La guerre devint la seule bouée de sauvetage d’Hollande.

Les guerres frivoles sont comme une drogue. Elles peuvent commencer par le désir de faire naître un sentiment fugace d’extase, mais avec le temps elles deviennent un moyen mortel de fuir la réalité. Comme un drogué, un chef de guerre est dépendant de la guerre et ne peut être soutenu et justifié que par elle. Hollande est un chef de guerre au sens occidental du terme, il est ce que les Américains appellent « un président de guerre ».

Or, comme le tristement célèbre héritage de Bush l’a prouvé, si la peur et le patriotisme vaniteux engendrés par la guerre peuvent permettre à un dirigeant de garder son poste suffisamment longtemps, les terribles conséquences de cette violence incontrôlée pourront se faire sentir pendant de nombreuses années à venir.

Ramzy Baroud  est chroniqueur pour divers médias internationaux, conseiller dans le domaine des médias, et fondateur de PalestineChronicle.com. Il complète actuellement ses études de doctorat à l'université d'Exeter. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages. Son dernier livre, My Father Was a Freedom Fighter: Gaza’s Untold Story (Pluto Press, London), est disponible en version française (Résistant en Palestine. Une histoire vraie de Gaza, Demi-Lune éditions). Cf. www.ramzybaroud.net

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Légende photo : le président français François Hollande prononce un discours lors d'une cérémonie officielle devant les représentants du monde de l’entreprise et de l'emploi donnée au palais de l'Elysée à Paris, le 19 janvier (AFP).

Traduction de l’anglais (original).