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Comment l’Occident collabore au nettoyage ethnique de Jérusalem

Tout en prétendant s’opposer aux colonies israéliennes à Jérusalem-Est, les États-Unis et l’Europe contribuent à la colonisation

La couverture des événements du Moyen-Orient est trop souvent prévisible. Chaque fois qu’un projet d’extension des colonies dans Jérusalem occupée est annoncé, les médias font état de « tensions » accrues entre Israël et l’Occident. Tout cela serait assez fastidieux sans les rebondissements occasionnels, comme lorsqu’un fonctionnaire anonyme traite Benjamin Netanyahou de « poule mouillée ».

L’histoire récente indique que les « tensions » ont tendance à rester superficielles. En 2010, Hillary Clinton – alors secrétaire d’État – qualifiaient les derniers plans israéliens d’extension des colonies exclusivement juives d’ « insulte faite aux États-Unis ».

L’administration Obama s’est remise de cette insulte à une vitesse remarquable, s’empressant peu après d’inonder Israël d’un niveau d’aide sans précédent. En 2009 – l’année où Barack Obama a pris ses fonctions – Israël recevait 2,5 milliards de dollars de la part des États-Unis dans le cadre de leur « assistance militaire étrangère ». Cette année, ce sont 3,1 milliards qui ont été alloués.

Cette aide a directement contribué à la spoliation des Palestiniens de Jérusalem-Est.

Entre 2000 et 2009, les autorités de Washington ont approuvé une livraison d’armes « anti-émeute » à l’armée israélienne pour un montant de 20,5 millions de dollars. Les habitants de Silwan, un quartier adjacent à la vieille ville de Jérusalem, ont amassé toute une collection de grenades lacrymogènes estampillées « made in USA ». Les forces israéliennes tirent régulièrement ce gaz infect sur les Palestiniens qui protestent contre la façon dont leurs maisons sont volées par les colons.

Des entreprises et particuliers américains ont investi dans ces colonies israéliennes qui ont tant bouleversé Hillary Clinton. La filiale israélienne de RE/MAX, un géant de l’immobilier américain, vend et loue des propriétés dans au moins cinq colonies de Jérusalem-Est. Comme les bâtiments en question sont exclusivement réservés aux juifs, RE/MAX peut être considéré comme un profiteur de l’Apartheid.

Irving Moskowitz, un magnat des jeux et casinos en Californie, est propriétaire de l’Hôtel Shepherd à Jérusalem-Est depuis 1985. Datant des années 1930, ce bâtiment était la résidence de Haj Amin Al-Husseini, le grand mufti de Jérusalem. Au cours des dernières années, Moskowitz a permis à Israël de démolir une partie du complexe pour faire place à des appartements exclusivement réservés aux juifs. Ce faisant, il a contribué à la disparition de l’héritage palestinien.

Moskowitz est aussi un généreux donateur d’Ateret Cohanim, un groupe qui achète des biens palestiniens afin qu’ils puissent être remis aux colons.

Les colonies que supporte Moskowitz sont illégales en vertu de la quatrième Convention de Genève, qui interdit à une puissance occupante de transférer sa population civile dans le territoire qu’elle occupe. Si Moskowitz avait ouvertement financé la mafia ou d’autres organisations criminelles, il aurait plus que probablement été poursuivi.

Pourtant, lui et sa femme Cherna sont donateurs de la fondation pro-israélienne Israel Allies Foundation qui fait du lobbying tant au sein du Congrès américain que du Parlement européen. Israel Allies a été fondée par l’homme politique de droite, Benny Elon. Alors qu’il était ministre du gouvernement israélien, Elon s’était joint à une foule qui avait, en 2003, attaqué des Palestiniens de Jérusalem-Est.

Federica Mogherini, nouvelle responsable de la politique étrangère de l’UE, semble soigneusement peser ses mots sur la question. Sa réponse à la dernière annonce d’expansion de colonies israéliennes à Jérusalem-Est était en fait pour le moins timide. Elle s’est contentée de décrire l’annonce comme « un autre pas très préjudiciable qui sape les perspectives d’une solution à deux États. »

Si les représentants de l’UE étaient vraiment soucieux du nettoyage ethnique à Jérusalem-Est, ils cesseraient de coopérer avec les institutions israéliennes qui y participent.

L’Université hébraïque de Jérusalem a pris part à plus de dix projets financés dans le cadre du programme scientifique de l’UE entre 2007 et 2013.

Active également dans le système d’échange d’étudiants Erasmus, l’Université hébraïque est connue pour organiser des événements promotionnels au cours desquels des diplomates européens expriment leur désir d’approfondir les relations de l’Union avec Israël. Pour exprimer sa gratitude envers ces démonstrations d’amitié, l’université a décerné un titre honorifique de docteur à José Manuel Barroso dans les derniers mois de son mandat en tant que président de la Commission européenne.

Bien que l’UE ait pris l’engagement en 2013 de cesser de subventionner les établissements d’enseignement et les entreprises basées à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, elle a décidé de faire une exception pour l’Université hébraïque. Le raisonnement de l’Union est totalement fallacieux.

L’Université hébraïque a un campus sur le Mont Scopus. Bien que la géographie nous indique qu’il fait partie de Jérusalem-Est, l’UE a décidé qu’il appartenait à Israël sur la base d’un accord d’armistice de 1949.

Cette distinction est moralement douteuse. Les sionistes ont entamé un processus de destruction et déplacement des communautés palestiniennes dès les années 1940. La Nakba (catastrophe) – nom sous lequel ce processus est connu – se poursuit aujourd’hui avec le déracinement des Palestiniens de Jérusalem-Est, l’étouffement de la majeure partie de la Cisjordanie et les bombardements répétés sur Gaza.

La raison invoquée pour continuer à accorder des subventions à l’Université hébraïque ignore aussi que son campus empiète sur le village palestinien voisin d’Issawiyeh.

Le siège de la police nationale d’Israël, quant à lui, est situé à Jérusalem-Est occupée. Cela n’a pas empêché Europol, l’agence de police de l’Union européenne, de travailler en partenariat avec Israël contre le trafic de stupéfiants. En septembre, Israël a participé au rassemblement annuel des officiers supérieurs de police organisé par Europol à La Haye.

De  jeunes Palestiniens ont récemment détruit une partie de la ligne de tramway desservant les colonies israéliennes à Jérusalem-Est. Ce tramway est un symbole de la duplicité occidentale. Aucune rhétorique de Bruxelles ne peut en effet cacher le fait que des entreprises européennes ont construit ce tramway. Une de ces entreprises, Veolia a été à juste raison la cible d’une campagne internationale qui lui a fait perdre de nombreux contrats municipaux à travers le monde.

Pourtant, les responsables de l’UE continuent de conférer à Veolia une respectabilité imméritée en assistant aux conférences d’affaires que cette entreprise parraine à Tel-Aviv. Le gouvernement français, pour sa part, a célébré le fait que Veolia est le numéro un des investisseurs français en Israël.

Si l’Occident se sent véritablement insulté par la colonisation israélienne de Jérusalem-Est, il dispose largement de quoi agir. Les États-Unis pourraient stopper les exportations d’armes vers Israël et l’UE pourrait annuler les privilèges commerciaux accordés à Israël. Après tout, ces privilèges étaient censés être subordonnés au respect des droits de l’homme.

Pour des raisons stratégiques et politiques, ni l’Europe, ni l’Amérique, ne veulent sanctionner Israël. Tant qu’ils refuseront de le faire, leurs déclarations sur Jérusalem-Est continueront de sonner creux.

-David Cronin est un journaliste et activiste vivant à Bruxelles. Il est l’auteur de Europe's Alliance With Israel: Aiding the Occupation (Pluto, 2011). Son ouvrage le plus récent s’intitule Corporate Europe: How Big Business Sets Policies on Food, Climate and War (Pluto, 2013).

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye. 

Photo : Vue aérienne de la colonie juive de Har Homa à la périphérie de Jérusalem-Est (AFP)