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Guerre à Gaza : voilà à quoi ressemble la famine. Je ne peux pas nourrir mes enfants 

À Gaza, Israël instrumentalise la faim comme arme de guerre contre les civils palestiniens sous les yeux du monde entier
Des enfants palestiniens attendent de recevoir de la nourriture préparée par une cuisine caritative dans un contexte de pénurie alimentaire à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 16 janvier 2024 (Reuters)

Il est difficile pour la plupart du monde de se faire une idée de la situation dans laquelle se trouvent les Palestiniens du nord de la bande de Gaza. Même mon frère, qui a été déplacé dans le sud, a été abasourdi en apprenant la gravité de nos conditions de vie et la réalité inconcevable dans laquelle nous nous réveillons chaque jour.

Israël a déclaré une guerre totale non seulement au Hamas, mais également à l’ensemble de la population palestinienne. Des décennies de guerres menées à notre encontre ont permis à Israël de déployer des armes de plus en plus sophistiquées et horribles. Chaque jour, j’entends des responsables israéliens proposer des options monstrueuses pour mon avenir : la déportation de ma patrie ou la mort dans une explosion atomique.

Dans le nord de Gaza, il n’y a rien à manger. Depuis le début de la guerre, nous n’avons mangé ni fruits ni légumes. Il n’y a pas de farine pour faire du pain, pas de pâtes à cuisiner, pas de viande, pas de fromage, pas d’œufs : rien. Les denrées sèches, comme les lentilles et les haricots, sont introuvables ou vendues 25 fois leur prix d’origine.

J’assiste, avec une grande douleur, à la souffrance des êtres qui me sont les plus chers : mes jeunes enfants m’implorent de leur donner de la nourriture, quelle qu’elle soit. Ma mère diabétique meurt de faim en silence. Mes frères et sœurs, et leurs enfants, souffrent de formes extrêmes de faim et d’inanition.

La scène semble tirée d’un film d’horreur. Nous ressemblons à des squelettes ambulants : maigres et pâles à cause du manque constant de nourriture, de la privation de sommeil et de la souffrance permanente liée à la perte, la mort et la destruction

Le gouvernement israélien instrumentalise également la famine des civils comme une arme de guerre à Gaza. Il s’agit d’un crime de guerre et cela se produit au grand jour. De hauts responsables israéliens ont parlé publiquement de leur objectif de priver les civils de Gaza de nourriture, d’eau et de carburant.

Mercredi 24 janvier, le réseau des organisations non gouvernementales palestiniennes a publié un communiqué indiquant que les Palestiniens, en particulier dans le nord de Gaza, vivaient dans des conditions catastrophiques et inhumaines, ayant épuisé leurs réserves de nourriture de base.

« Le réseau tient la communauté internationale pour entière responsable de cette crise engendrée par la guerre d’occupation et le siège qu’elle impose à notre peuple », indique le communiqué.

Selon les Nations unies, plus d’un demi-million de personnes à Gaza sont aujourd’hui considérées comme souffrant d’une insécurité alimentaire équivalente à la famine.

Souffrance et vide

Israël fait mourir de faim les Palestiniens de Gaza. Il empêche délibérément les camions de nourriture de parvenir aux habitants, alors que les réserves alimentaires sont épuisées depuis un certain temps déjà. Il est inconcevable qu’Israël affame des enfants, des femmes, des hommes et des personnes âgées : il s’agit d’une pratique aussi agressive et meurtrière que les bombes, à la différence près qu’il s’agit d’une mort lente et atroce.

La scène semble tirée d’un film d’horreur. Nous ressemblons à des squelettes ambulants : maigres et pâles à cause du manque constant de nourriture, de la privation de sommeil et de la souffrance permanente liée à la perte, la mort et la destruction.

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Nous avons un peu de riz, car il a été stocké pour le mois sacré du Ramadan, mais même cette réserve s’épuise. Nous ne mangeons qu’un petit repas de riz par jour, car nous devons rationner ce que nous avons. Mon corps est pâle et sans énergie. Il perd tous les signes vitaux.

Lorsque nous avons faim, au lieu de manger, nous nous endormons. Nous ne savons plus ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, à part notre souffrance.

Les enfants nous supplient en pleurant de leur donner du poulet, des bonbons ou une pomme. Nous nous regardons, le cœur brisé et sans espoir.

La plupart du temps, nous ne voyons pas la lumière du jour car il est dangereux de sortir. Les bombardements constants des quartiers palestiniens par Israël, ainsi que les tirs de snipers visant les civils à la recherche de nourriture, rendent toute sortie de la maison potentiellement mortelle.

Je n’ai rien mangé de vert depuis trois mois. Mon corps s’effondre à cause du manque de protéines. Je me sens faible et j’ai des vertiges. J’ai mal. Je me sens vide.

Aucun camion d’aide n’atteint le nord de la bande de Gaza, alors que le sud en reçoit encore. Je passe des jours à chercher de la nourriture et à demander autour de moi, et lorsque je trouve enfin quelque chose, c’est un sac de farine, qui pourrait nourrir les 27 personnes de notre maison pendant une semaine. Le sac coûte habituellement 30 shekels (8 dollars), mais il est désormais vendu entre 700 et 900 shekels (entre 189 et 243 dollars) : nous ne pouvons pas nous le permettre.

Ces majorations s’appliquent à tous les types d’aliments : s’ils sont disponibles, ils sont inabordables. Lorsque vous croisez dans la rue quelqu’un qui a réussi à trouver de la nourriture, il essaie de la cacher.

Il faut faire cuire les aliments, mais il n’y a pas de gaz alors la plupart des gens cuisinent sur des feux. Nous récupérons le bois de nos maisons démolies : nos placards, nos meubles et les jouets en bois de nos enfants.

Nouveaux cauchemars

La famine ne détruit pas seulement le corps physiquement. Elle provoque également des changements psychologiques et émotionnels, tels que la dépression et l’anxiété. Aujourd’hui, à Gaza, c’est ce qui se passe tout autour de nous.

Les enfants nous supplient en pleurant de leur donner du poulet, des bonbons ou une pomme. Nous nous regardons, le cœur brisé et sans espoir

Israël a délibérément choisi d’affamer la bande de Gaza sous les yeux du monde entier. Nous avons besoin d’un cessez-le-feu immédiat, mais il est encore plus urgent de mettre fin à la guerre de famine d’Israël.

Chaque jour, je suis obligé de revivre ce film d’horreur dans lequel je n’ai jamais voulu avoir de rôle. Je ne sais pas si je survivrai à cette guerre, si la Palestine survivra à ce génocide. Quel genre de vie vous oblige à choisir entre mourir de faim, de maladie, de tirs de snipers ou de bombes ?

Cette nuit, il commence à pleuvoir. Je n’arrive pas à dormir en pensant aux tentes inondées des personnes déplacées. Mais je finis par m’effondrer de sommeil, laissant place aux cauchemars, pour finalement me réveiller quelques heures plus tard dans un cauchemar encore plus épouvantable.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original).

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