Aller au contenu principal

La campagne anti-BDS d’Israël : propagande et sales tours

Le ministère israélien des Affaires stratégiques mène de sournoises « opérations spéciales » pour saper le mouvement mondial BDS

Il y a quelques semaines, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou se vantait devant une commission de la Knesset (parlement) d’avoir « vaincu le BDS. Ils sont touchés dans différents domaines et c’est la raison pour laquelle leurs partisans sont sur la défensive ».

Il s’agissait probablement d’une de ces occasions – et elles foisonnent récemment – au cours desquelles Netanyahou a démontré son excessive confiance en soi, son arrogance et son orgueil. BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) est une campagne pro-palestinienne contre Israël dans le monde entier. À peine quelques semaines auparavant, son cabinet et lui avaient estimé que le BDS constituait une menace existentielle pour l’État. D’une certaine façon, le gouvernement pense que le BDS est plus dangereux que la menace d’un Iran doté du nucléaire.

La déclaration de Netanyahou a surpris son ministre Gilad Erdan, qui est en visite au Royaume-Uni cette semaine. Erdan détient deux portefeuilles ministériels. D’abord et avant tout, il est le ministre de la Sécurité publique en charge de la police, et à ce titre, il rencontre ses homologues britanniques et les chefs de la police. Cependant, il est également en charge du ministère des Affaires stratégiques (MoSA) qui s’est vu confier la tâche de contrer les efforts du mouvement BDS, lequel a été défini par les responsables israéliens comme « une campagne visant à délégitimer l’existence même de l’État ». Lors de sa visite, Erdan tente donc de rallier le soutien britannique à la lutte israélienne contre le BDS et sa « campagne de délégitimation ».

Netanyahou veut certainement avoir le beurre et l’argent du beurre. Il voudrait se présenter comme un gagnant aux yeux de l’électorat israélien, tout en continuant à porter le flambeau de la « lutte contre le BDS ».

Le précédent directeur général du ministère des Affaires stratégiques, Ram Ben Barak, qui se trouve être un ancien chef adjoint du Mossad (l’agence d’espionnage à l’étranger d’Israël), avait comparé la bataille contre le BDS à la lutte contre le terrorisme. Son successeur, la Brigadière-générale (à la retraite) Sima Vaknin-Gil, ancienne directrice de la censure, a adopté son approche. Elle a récemment déclaré que sa mission est de créer au sein du ministère une « communauté de guerriers ».

Le MoSA a obtenu un budget de près de 50 millions de dollars pour ses opérations et connaît aujourd’hui une vague de recrutement : 25 nouveaux employés, pour la plupart d’anciens officiers issus de la communauté du renseignement d’Israël.

La structure divisera le ministère en trois grands service. D’abord les renseignements, dont la mission principale est de recueillir des informations et des données sur le BDS et de soutenir les militants qui font campagne contre la délégitimation ainsi que leurs projets à partir de sources ouvertes et secrètes. Ce service de collecte de renseignements travaillera en étroite collaboration avec différents services des renseignements israéliens et sera assisté par ces derniers.

Le second service est connu sous le nom de « sensibilisation » ou communication, et sa mission est d’influencer les médias internationaux et les réseaux sociaux. Le troisième est le service des opérations visant à mettre en œuvre les idées et plans. Cela peut sembler du charabia bureaucratique, mais il n’est pas dénué de substance.

Lors d’une récente apparition publique, Erdan a détaillé sa stratégie, déclarant que son bureau ferait tout « pour exposer les militants du BDS », ceux qui sont derrière eux, ceux qui financent leurs actions, et ce afin d’exposer leurs véritables intentions et de sensibiliser le monde et lui faire comprendre ».

Erdan estime que l’objectif principal de son bureau est de servir de quartier général pour mobiliser et coordonner tous les ministères israéliens sur la mission anti-BDS. Parmi les domaines les plus importants où repousser le BDS : le cyberespace et la sphère publique. Par le passé, ceci était désigné dans le dictionnaire israélien sous le nom de « hasbara », qui signifie explication ou information. L’argent viendra du MoSA et les tâches seront menées par le ministère des Affaires étrangères et du ministère du Tourisme.

Les leaders publics et faiseurs d’opinion de différents secteurs tels que les syndicats, le showbiz, les arts, les journalistes et les communautés ethniques du monde entier sont invités à se rendre en Israël – tous frais payés – dans le but de montrer qu’Israël est un État libre, démocratique et pluraliste tout en détournant leur attention de la réalité quotidienne de l’occupation de la Cisjordanie palestinienne.

Dans le même temps, le ministère des Affaires étrangères mobilise ses amis à travers le monde, plus particulièrement les groupes pro-israéliens tels que l’AIPAC aux États-Unis, et utilise d’autres leviers pour convaincre les gouvernements, les parlements et les sociétés internationales de s’opposer et de faire obstacle sur le plan juridique aux efforts publics et économiques des partisans du BDS. Ces actions peuvent être qualifiées de juridiques, quotidiennes et comme faisant partie de la diplomatie publique.

Cependant, un problème peut se poser lorsque le service des opérations du MoSA passe sous la surface et tente de mener directement ou indirectement des « opérations spéciales », comme l’a insinué Erdan. Les sales tours peuvent se transformer en campagnes de diffamation, menaces et atteintes à la vie privée des militants et sympathisants du BDS.

Le mouvement BDS accuse déjà le renseignement israélien d’une série de cyberattaques qui ont touché ses sites. Récemment, la journaliste Amira Hass a publié dans Haaretz l’étrange affaire de l’avocate palestinienne Nada Kiswanson, qui représentait le groupe palestinien des droits de l’homme Al Haq aux Pays-Bas. Après que Kiswanson a soumis à la Cour pénale internationale un rapport demandant une enquête sur les crimes de guerre d’Israël au cours de l’offensive à Gaza (été 2014), elle a reçu des menaces téléphoniques.

Personne n’a revendiqué la responsabilité des cyberattaques et des menaces contre l’avocate, mais le principal suspect est Israël. Ce n’est un secret pour personne que les services d’Erdan ainsi que la communauté du renseignement israélien sont prompts à exercer toutes les mesures disponibles contre le BDS. Heureusement, les services d’Erdan ne sont pas maîtres de leurs propres actions. Celles-ci doivent être approuvées par le ministère de la Justice.

Les bureaucrates qui se voient comme les gardiens d’Israël et de la loi internationale craignent que la passion de l’action et des opérations secrètes ne nuise aux relations d’Israël avec la communauté internationale en général et avec ses amis occidentaux en particulier.

En ce sens, le ministère de la Justice est l’ultime gardien d’Israël en tant que société démocratique et membre de la communauté des nations respectueuses de la loi. On n’ignore comment tournera la bataille entre les hommes politiques paranoïaques et aventureux, tels que Netanyahou et Erdan, et les responsables consciencieux et respectueux de la loi.

Yossi Melman est un commentateur spécialiste de la sécurité et du renseignement israéliens. Il est co-auteur de Spies Against Armageddon.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : le mouvement BDS accuse déjà le renseignement israélien d’une série de cyberattaques qui ont touché ses sites (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.