Aller au contenu principal

Netanyahou est en difficulté, mais qui le remplacera ?

La triste vérité est qu’aucun dirigeant politique israélien – ni l’électorat dans son ensemble – n’est prêt à prendre le moindre risque au nom de la paix

Il semblerait que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, depuis longtemps habitué à esquiver les scandales de corruption, ne puisse plus se tirer d’affaire encore longtemps.

Depuis des décennies, Netanyahou est visé par des accusations et des enquêtes pour diverses combines suspectes. Il y a vingt ans, la police a même déclaré que son implication était telle qu’elle recommandait sa mise en examen.

Pourtant, tel un chat et ses neuf vies, il a échappé à chaque imbroglio. Mais ce ne sera probablement pas le cas cette fois-ci.

« Bibi news »

Le 12 février dernier, le commissaire de police nommé par Netanyahou en personne, Roni Alsheikh, a recommandé au procureur général Avichai Mandelblit la mise en examen du Premier ministre pour corruption dans deux affaires distinctes (communément appelées affaires 1000 et 2000).

Le principal candidat pour remplacer Netanyahou pourrait être le dirigeant de centre-droit de Yesh Atid, Yaïr Lapid. Bien qu’il ait la réputation d’être plus modéré, il n’est pas une colombe au sujet du conflit israélo-palestinien

Dans la première affaire, le dirigeant israélien est accusé d’avoir accepté 300 000 dollars de cadeaux de la part des milliardaires Arnon Milchan et James Packer en échange de l’aide qu’il leur a apportée pour obtenir un visa de séjour (un visa américain pour Milchan et un visa israélien pour Packer).

Dans l’affaire 2000, Netanyahou aurait conspiré avec celui qui était alors le rédacteur en chef d’un des principaux quotidiens israéliens, Yediot Aharonot, pour obtenir une couverture favorable (le journal était connu pour être un détracteur sévère de sa politique) en échange d’un accord selon lequel Israel Hayom, le quotidien le plus populaire d’Israël, arrêterait de publier son édition du week-end.

Le journal, communément appelé « Bibiton » (« Bibi news »), est gratuit. Cela constitue un obstacle concurrentiel insurmontable pour les autres quotidiens israéliens, qui n’ont pas de milliardaires aux poches pleines comme propriétaires. C’est pourquoi le propriétaire de Yediot Aharonot, financièrement assiégé, était prêt à conclure un accord appelé à affaiblir sa concurrence. 

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou (2e en partant de la gauche) assiste à la cérémonie célébrant l’arrivée du sous-marin INS Rahav de fabrication allemande au port militaire de Haïfa, en janvier 2016 (AFP)

« Bibiton » a régulièrement offert une couverture médiatique servile au Premier ministre israélien et a été lancé pour promouvoir sa carrière politique.

Netanyahou a rejeté à plusieurs reprises les allégations d’inconduite, affirmant être la cible d’une campagne menée par ses adversaires politiques.

Deux autres affaires de corruption couvent mais n’ont pas encore enveloppé Netanyahou lui-même. La première, l’affaire 3000, implique une combine montée dans le but de truquer les enchères pour l’achat par Israël de sous-marins nucléaires allemands Dolphin. Il y a aussi l’affaire 4000.

L’implication de Netanyahou plane sur chacune de ces deux affaires, bien que jusqu’à présent, les enquêteurs ne l’aient pas relié directement à l’affaire des sous-marins.

Vers quoi se dirige-t-on aujourd’hui ? Après la recommandation formulée par la police, Mandelblit, une autre personnalité sélectionnée par Netanyahou en personne et qui était autrefois son secrétaire de cabinet, doit déterminer si une enquête doit être ouverte contre lui. 

Le procureur général vient de saluer l’enquête policière face aux attaques de Netanyahou, affirmant que celle-ci était très professionnelle et effectuée « dans les règles ».

Et maintenant ?

S’il ouvre une enquête, une mise en examen sera dans l’air – même si la prise de décision finale peut prendre un an. Une fois que cela se sera produit, Netanyahou deviendra alors très vulnérable. Aucun Premier ministre n’a jamais résisté à un tel processus juridique en restant au pouvoir. Ehud Olmert était le dernier Premier ministre à avoir fait face à cette situation, et il a démissionné.

Netanyahou s’est montré catégorique en déclarant qu’il ne démissionnerait jamais s’il était mis en examen. Mais la décision ne dépend peut-être pas de lui. Si ses partenaires au sein de la coalition se rangent fermement derrière lui, il pourrait résister au défi. Mais s’ils ne le font pas (comme cela est arrivé à Olmert), il tombera.

Cela dépendra grandement de la volonté du peuple : en cas de manifestations massives contre Netanyahou (jusqu’à présent, les protestations ont été régulières mais pas immenses), ses partenaires politiques pourraient alors céder et l’abandonner.

Si Mandelblit refuse la mise en examen, cela ouvrira une boîte de Pandore, une situation compliquée dans laquelle de nombreux Israéliens verront son refus comme un accord malhonnête conclu par un copain au profit de son parrain politique. Cela soulèvera sans aucun doute une immense colère en Israël, bien que son ampleur reste à voir.

À LIRE : La vacuité morale des libéraux israéliens

Il est très important de ne pas recourir au genre de complexe de Cassandre que beaucoup de médias libéraux (sionistes) adopteront : Netanyahou est en train de tomber, ce qui pourrait ouvrir la voie à un nouveau Premier ministre qui sera plus ouvert au compromis et à un accord de paix avec les Palestiniens.

Vous lirez ce titre dans le New York Times, potentiellement dans le Washington Post, peut-être dans le Guardian. N’y croyez pas un seul instant. Cela n’arrivera pas.

Le principal candidat pour remplacer Netanyahou pourrait être le dirigeant de centre-droit de Yesh Atid, Yaïr Lapid. Bien qu’il ait la réputation d’être plus modéré que Netanyahou, il n’est pas une colombe au sujet du conflit israélo-palestinien. Il est aussi raciste que n’importe quelle personnalité politique israélienne.

À l’instar de tous ceux qui l’auront précédé à ce poste, Lapid n’entreprendra jamais le genre de compromis nécessaire pour négocier un accord fructueux. Quiconque remplacera Netanyahou resservira le même plat.

Peut-être qu’il aura l’air différent ou qu’il tiendra des propos différents. Mais sous la surface, il offrira les mêmes refus et le même rejet que Netanyahou. La triste vérité est qu’aucun dirigeant politique israélien, ni l’électorat – dans son ensemble – n’est prêt à prendre le moindre risque au nom de la paix.

- Richard Silverstein est l’auteur du blog « Tikum Olam » qui révèle les excès de la politique de sécurité nationale israélienne. Son travail a été publié dans Haaretz, le Forward, le Seattle Times et le Los Angeles Times. Il a contribué au recueil d’essais dédié à la guerre du Liban de 2006, A Time to speak out (Verso) et est l’auteur d’un autre essai dans une collection à venir, Israel and Palestine: Alternate Perspectives on Statehood (Rowman & Littlefield).

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou assiste à la réunion hebdomadaire du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 11 février 2018 (Reuters).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.