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Un an de guerre au Yémen : les négociations de paix sont-elles vouées à l’échec ?

Afin de trouver une solution au conflit au Yémen, les belligérants doivent remédier aux failles des précédentes négociations

Alors que la guerre au Yémen entre dans sa deuxième année, les négociations de paix ajournées précédemment et menées par l’envoyé spécial des Nations unies pour le Yémen, Ismail Ould Cheikh Ahmed, doivent reprendre à la mi-avril au Koweït. Les négociations ne peuvent pas aboutir tant que leur structure n’est pas revue et que la posture des deux belligérants ne change pas.

Pendant les négociations de paix officieuses et officielles visant à mettre fin au conflit, les deux parties ont manifesté leur intérêt pour une solution politique alors que, dans le même temps, les tentatives de cessez-le-feu ont été violées sur le terrain avec une brutalité croissante.

Les négociations en Suisse, à Oman, puis de nouveau en Suisse n’ont pas réussi à établir les concessions nécessaires à une feuille de route en vue d’une solution politique et d’un cessez-le-feu à long terme. Au lieu de cela, elles ont donné l’opportunité aux belligérants de se repositionner dans la reprise des combats.

Des problèmes importants dans les négociations résidaient dans la structure du processus de négociation et dans la posture des parties belligérantes.

Une table des négociations imparfaite

Plutôt que d’avoir une table de négociations comprenant toutes les parties au conflit, les négociations précédentes portaient exclusivement sur deux parties – le gouvernement d’Abd Rabbo Mansour Hadi et l’alliance Houthis-Ali Abdallah Saleh – et ont échoué en excluant un important acteur de ce conflit, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite pour soutenir Hadi.

L’exclusion du camp de la coalition a finalement constitué une communication inefficace et a contribué à la reprise encore plus agressive des combats. Au cours de la dernière année, plus de 6 400 personnes ont été tuées et plus de 30 000 blessées, et 7,6 millions de personnes sont en situation de grave insécurité alimentaire, selon l’ONU.

Il est difficile d’envisager des négociations productives si les Saoudiens ne sont toujours pas autour de la table et ne s’impliquent pas dans la communication directe avec toutes les parties en conflit.

Un précédent échange de prisonniers et le dernier en date entre les Houthis et les Saoudiens, mené par l’intervention des tribus, illustrent comment les négociations pourraient être plus productives si les deux parties commençaient à se parler.

Un important élément manquant dans les négociations précédentes était la participation des femmes. Les femmes yéménites jouent un rôle vital en tant que défenseurs de l’édification de la paix, comme l’a affirmé la directrice générale d’Oxfam, Winnie Byanyima, et pourtant elles n’ont quasiment pas accès aux négociations de paix.

En conséquence, les femmes yéménites peinent à assurer leur participation à la table des négociations par le biais d’un « Pacte pour la paix et la sécurité » approuvé par ONU Femmes, l’organisme créé en 2010 comme l’entité des Nations unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes.

Postures contradictoires

Surtout, la logique des stratégies utilisées par les deux parties démontre leurs postures divergentes envers toute perspective de rétablissement de la paix. Le porte-parole de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, le général de brigade Ahmed al-Asiri, a déclaré que son objectif était d’apporter une solution politique au conflit – alors que la situation militaire n’a jamais été réglée.

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad al-Hussein, a indiqué que « la coalition est responsable de deux fois plus de victimes civiles que toutes les autres forces réunies ».

De l’autre côté, l’objectif du bloc Houthis-Saleh est de parvenir à une victoire militaire. Avec de telles postures, parvenir à une solution politique est une éventualité lointaine.

En outre, les capacités politiques disparates des deux blocs font qu’il est difficile d’envisager une solution politique ou militaire pour mettre fin au combat.

Les Saoudiens excellent dans la politique alors que les capacités politiques des Houthis sont limitées, mais ces derniers ont excellé dans des confrontations militaires puisqu’ils avaient acquis une considérable expérience du terrain au cours des six guerres entre 2004 et 2010 contre le gouvernement yéménite sous le président Saleh, aujourd’hui déchu.

L’idée de continuer à se battre jusqu’à la dernière goutte de sang n’est pas nouvelle pour eux, combattre est devenu leur point fort.

Facteurs externes

En outre, le rôle des spectateurs dans ce conflit contribue à ralentir le processus de paix. Les pays occidentaux tels que les États-Unis et la Grande-Bretagne sont connus pour être d’importants fournisseurs d’armes de l’Arabie saoudite et tous deux ont gardé le silence sur les rapports largement diffusés sur l’utilisation illégale d’armes au Yémen (PDF).

Un autre spectateur de ce conflit est la majorité silencieuse yéménite anti-Houthis, qui est contrainte de se taire puisque toute dissidence à l’égard des Houthis est sévèrement réprimée. Des dizaines de journalistes yéménites ont été tués, emprisonnés ou victimes de disparition forcée sous la domination des Houthis.

Le conflit a causé de graves violations des droits de l’homme qui portent atteinte à l’objectif d’un règlement pacifique.

Environ 80 % des 21 millions d’habitants du Yémen ont désespérément besoin d’aide – un chiffre supérieur au reste du monde, y compris à la Syrie – et une famine imminente menace de ravager le pays, la situation humanitaire est donc catastrophique.

En outre, al-Qaïda dans la péninsule arabique est en pleine expansion et les combattants du groupe État islamique sont en train d’apparaître.

Un dangereux sentiment antiaméricain et antibritannique se développe également alors que les Yéménites voient des armes fabriquées aux États-Unis et en Angleterre, notamment des bombes à fragmentation, être utilisées par les forces de la coalition. Tous ces facteurs vont se retourner contre eux tôt ou tard.

Plus important encore, plus la guerre se prolonge, plus les factions politiques et militaires se multiplient dans le pays. Si ces factions ne sont pas prises en considération aux tables de négociations, l’instauration d’une paix durable sera mission impossible.

La poursuite du conflit est la recette d’un désastre irréversible. Afin de trouver une solution au conflit, les belligérants doivent remédier aux failles des précédentes négociations et penser à une nouvelle structure de négociations, en mettant l’accent sur les préoccupations humanitaires immédiates avec des objectifs à long terme qui tiennent compte de la complexité du conflit.

- Afrah Nasser est une auteure et bloggeuse yéménite indépendante qui se concentre sur les violations des droits de l’homme et vit en Suède depuis mai 2011. Elle est cofondatrice de l’ONG Yemeni Salon en Suède. Vous pouvez consulter ses billets à l’adresse : afrahnasser.blogspost.com.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : des enfants yéménites regardent des peintures murales sur la guerre dans le pays sur les murs de l’Université de Sanaa, le 17 mars 2016 (AA).

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation

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