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Boris Johnson pourrait accompagner Donald Trump dans sa chute

Le Premier ministre britannique s’est allié avec le président républicain, et dans le sillage du Brexit, sa propre position est compromise
Le Premier ministre britannique Boris Johnson et le président américain Donald Trump au sommet de l’OTAN, près de Londres, en décembre 2019 (AFP)
Le Premier ministre britannique Boris Johnson et le président américain Donald Trump au sommet de l’OTAN, près de Londres, en décembre 2019 (AFP)

L’élection présidentielle qui s’est tenue la semaine dernière aux États-Unis ne se résume pas à un affrontement classique entre les républicains et les démocrates. Elle représente également une lutte existentielle entre les démocrates de Joe Biden et les antidémocrates de Donald Trump, entre le candidat qui valorise l’État de droit et celui qui enfreint les règles.

C’est pourquoi le résultat est plus qu’un coup fatal pour Trump.

C’est aussi un revers cuisant pour le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et un désastre d’ordre existentiel pour le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. En revanche, cette issue était vivement souhaitée par la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron.

Le président américain Donald Trump fait face à la chancelière allemande Angela Merkel et à d’autres dirigeants mondiaux lors d’un sommet du G7 au Canada, en juin 2018 (gouvernement allemand)
Le président américain Donald Trump fait face à la chancelière allemande Angela Merkel et à d’autres dirigeants mondiaux lors d’un sommet du G7 au Canada, en juin 2018 (gouvernement allemand)

Ici, en Grande-Bretagne, il est difficile de surestimer l’ampleur des conséquences. Les alliés du Premier ministre Boris Johnson ont essayé d’envoyer des signaux indiquant qu’ils accueilleraient favorablement une victoire de Biden.

Il s’agit simplement de limiter les dégâts. Mercredi, le 10 Downing Street a confirmé que Johnson n’avait jamais rencontré Biden. Incroyable. À Washington, les diplomates étrangers ont du mal à accéder à l’équipe de Biden.

Aussi brutale soit-elle, la vérité est que le départ de Trump porte un coup dévastateur au gouvernement conservateur de Johnson.

La guerre de Johnson contre le conservatisme

Johnson avait besoin d’une victoire de Trump pour donner du poids à son propre projet politique, qui est également défini par le nationalisme, l’isolationnisme et le mépris des comportements conventionnels.

Mercredi, Johnson en a donné un autre exemple lorsqu’au mépris flagrant des conventions parlementaires, il a quitté la salle de séance de la Chambre des communes juste au moment où sa prédécesseure Theresa May s’est levée pour prendre la parole. Johnson a ensuite été obligé d’envoyer un « mot d’excuse »

Trump évincé par Biden, Boris Johnson devient le seul dirigeant des démocraties libérales occidentales à favoriser systématiquement ce genre de comportements grossiers.

Trump évincé par Biden, Boris Johnson devient le seul dirigeant des démocraties libérales occidentales à favoriser les comportements grossiers

Johnson gouverne en imitant tout à fait délibérément le modèle établi par Trump, défait aujourd’hui. Cela a impliqué une profonde hostilité envers le libéralisme. Comme Trump, Johnson n’a cessé de se montrer hostile à la démocratie représentative et à l’État de droit.

Ce que l’on comprend moins, c’est que Johnson est également hostile à ce que l’on appelait autrefois le conservatisme.

Dans un article brillamment argumenté paru dans le New York Times la semaine dernière, Bret Stephens a analysé la manière dont Trump a mené le Parti républicain dans une guerre contre les valeurs conservatrices traditionnelles. Guidé par son conseiller principal Dominic Cummings, Johnson a fait de même. Les deux blonds explosifs sont, à bien des égards, très similaires. Et cela ne doit surprendre personne.

La Grande-Bretagne et les États-Unis ont toujours suivi la même direction politique. Il suffit de penser au combat commun de Franklin D. Roosevelt et Winston Churchill contre le fascisme pendant la Seconde Guerre mondiale. Ou à la lutte commune de Margaret Thatcher et Ronald Reagan contre le pouvoir soviétique dans les années 1980.

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre britannique Boris Johnson ont toujours entretenu des relations étroites (AFP)
Le président américain Donald Trump et le Premier ministre britannique Boris Johnson ont toujours entretenu des relations étroites (AFP)

De la même manière, Johnson et Trump incarnent tous deux l’hostilité populiste envers les normes de l’establishment. Mais avec le départ de Trump, on se demande si Johnson finira par le suivre.

Ce qui est certain, c’est que le leader travailliste Keir Starmer a beaucoup plus de points communs avec Biden que Johnson.

Mercredi, alors que Trump et Biden étaient toujours au coude à coude, Johnson a refusé de condamner les allégations scandaleuses de fraude électorale lancées par Trump et ses appels à l’arrêt du comptage des votes.

Le Brexit ? Pas du goût de Biden

D’autres circonstances plus tangibles sont également défavorables à Johnson. Sa stratégie en vue du Brexit repose sur la conclusion d’un accord commercial avec Washington. En avril 2016, Barack Obama, alors président, a averti qu’un accord commercial britannique serait la dernière des priorités en cas de Brexit. Il convient également de se souvenir que Biden était alors le vice-président d’Obama.

Joe Biden, alors vice-président des États-Unis, rencontre le Premier ministre britannique de l’époque David Cameron à Downing Street en février 2013 (AFP)
Joe Biden, alors vice-président des États-Unis, rencontre le Premier ministre britannique de l’époque David Cameron à Downing Street en février 2013 (AFP)

Il n’est donc pas surprenant que Biden ait accueilli le Brexit avec dédain. « Nous aurions préféré un résultat différent », a-t-il déclaré au lendemain du référendum, avant de fustiger « les responsables politiques et les démagogues réactionnaires qui colportent la xénophobie, le nationalisme et l’isolationnisme ».

Plus récemment, Biden a adressé de sérieuses mises en garde à Londres quant aux conséquences pour la paix en Irlande du Nord si le Royaume-Uni rompt l’accord conclu en 1998. « Nous ne pouvons pas permettre que l’accord du Vendredi Saint […] devienne une victime du Brexit », a-t-il déclaré en septembre. 

Tout cela signifie qu’il deviendra soudainement très difficile pour Johnson – et pas seulement pour lui – d’assurer sa survie politique.

L’élection américaine a été un grand jour pour la démocratie libérale mais une mauvaise nouvelle pour Trump et son disciple Johnson

La défaite de Trump est également un coup dur pour certains de ceux qui se sont trop rapprochés de lui, comme le magnat des médias Rupert Murdoch, qui s’est servi de son réseau Fox News pour propulser le richissime promoteur immobilier à la tête de la Maison-Blanche. La réputation de Murdoch est désormais ternie par son association avec le président le plus raciste de l’histoire des États-Unis.

Il en va de même pour Michael Gove, probablement le membre le plus puissant de l’administration Johnson. Il faut se rappeler que Gove a traversé l’Atlantique en 2017 pour rencontrer Trump et que Murdoch se trouvait dans la même pièce.

Gove était autrefois considéré comme un modernisateur du Parti conservateur : aujourd’hui, il est irrévocablement associé à un président américain qui risque d’être maudit par l’histoire.

L’élection de cette semaine a été un grand jour pour la démocratie libérale mais une mauvaise nouvelle pour Trump et son disciple Johnson. Ce dernier pourra-t-il survivre longtemps à un départ de Trump ? C’est une question à laquelle nous aurons peut-être bientôt une réponse.

Peter Oborne a été élu meilleur commentateur/bloggeur en 2017 et désigné journaliste indépendant de l’année 2016 à l’occasion des Online Media Awards pour un article qu’il a rédigé pour Middle East Eye. Il a reçu le prix de Chroniqueur britannique de l’année lors des British Press Awards de 2013. En 2015, il a démissionné de son poste de chroniqueur politique du quotidien The Daily Telegraph. Parmi ses ouvrages figurent Le triomphe de la classe politique anglaise, The Rise of Political Lying et Why the West is Wrong about Nuclear Iran.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation

Peter Oborne
Peter Oborne won best commentary/blogging in 2017 and was named freelancer of the year in 2016 at the Online Media Awards for articles he wrote for Middle East Eye. He also was British Press Awards Columnist of the Year 2013. He resigned as chief political columnist of the Daily Telegraph in 2015. His books include The Triumph of the Political Class, The Rise of Political Lying, and Why the West is Wrong about Nuclear Iran.