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Y a-t-il encore de l’espoir pour un nouvel avenir politique en Jordanie ?

À droite comme à gauche, de nombreux Jordaniens doutent du sérieux de l’État et de la crédibilité du projet de réforme
Le roi de Jordanie Abdallah II participe à une réunion avec des chefs tribaux dans la région de la Badia (Jordanie), le 4 octobre 2021 (AFP)
Le roi de Jordanie Abdallah II participe à une réunion avec des chefs tribaux dans la région de la Badia (Jordanie), le 4 octobre 2021 (AFP)

La commission formée l’an dernier par le roi de Jordanie pour moderniser le système politique du pays a suscité une tempête de scepticisme.

Pourtant, il y a plusieurs mois, cette commission a émis une série de recommandations relatives aux élections et aux partis politiques qui permettraient une intégration accrue des jeunes et des femmes au sein du processus politique.

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En effet, malgré l’importante opposition publique à ce processus, celui-ci a entraîné un mouvement considérable sur la scène politique jordanienne.

On a observé une activité intense parmi les jeunes courants politiques, ainsi qu’un repositionnement des partis existants qui entendent profiter des amendements constitutionnels élargissant l’accès à la scène politique du pays.

Mais le front « anti-modernisation » n’est pas un mouvement politique uni : il se compose plutôt de courants contradictoires et antagonistes, ainsi que de larges segments de la société qui ont perdu tout espoir de voir une démocratie jordanienne engendrer un véritable changement politique.

Dans le même temps, des questions légitimes subsistent quant à la crédibilité de la promesse officielle de parvenir en l’espace d’une décennie à un modèle démocratique dans lequel des partis parlementaires choisiraient le gouvernement.

La droite jordanienne, acteur important de la scène politique

Les opposants à la commission royale et les sceptiques sont de tous bords, de la droite à la gauche en passant par les islamistes.

Une partie de l’antagonisme porte par exemple sur les craintes que le programme de modernisation soit un prélude à la création d’une patrie alternative pour les Palestiniens en Jordanie – un épouvantail qui effraie généralement de nombreux Jordaniens.

Il convient de noter que la droite jordanienne – qui exalte l’identité jordanienne et craint tout changement de l’identité de l’État – est devenue un acteur important de la scène politique, même si elle n’est pas organisée.

Aux côtés de la droite jordanienne se trouve une élite d’hommes d’État traditionnels, issus de la vieille garde et du courant conservateur, qui se sont historiquement opposés aux réformes politiques

Le prince Hamza ben Hussein a souligné l’agitation qui anime actuellement les tribus jordaniennes, sur fond de ressentiment et de colère face aux conditions économiques et au taux de chômage élevé.

Aux côtés de la droite jordanienne se trouve une élite d’hommes d’État traditionnels, issus de la vieille garde et du courant conservateur, qui se sont historiquement opposés aux réformes politiques. Pour eux, les résultats de la commission royale représentent une menace pour la stabilité.

De l’autre côté de l’échiquier politique, diverses forces réformistes – de gauche, islamistes et libérales – s’opposent aux conclusions de la commission ou restent neutres. Beaucoup doutent du sérieux de l’État et de la crédibilité du projet de réforme, étant donné que toutes les tentatives précédentes se sont mal terminées.

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Dans ce cas, qui soutient la commission ? L’équilibre interne du pouvoir est en sa faveur et le roi semble s’engager à respecter ses conclusions, promettant de mettre en œuvre les réformes recommandées. Dans les couloirs du pouvoir, cela représente une nouvelle voie pour le pays à l’occasion de son centenaire.

Aux côtés du roi, une grande partie de la jeunesse jordanienne a soif d’action politique et désire une tribune pour exprimer ses préoccupations et ses ambitions. De nombreux jeunes Jordaniens sont formés au travail politique et public et souhaitent s’engager. Le niveau observé de préparation à l’action politique est sans précédent.

L’opposition au mouvement de modernisation persiste alors que certains avancent un discours alarmiste sur les problèmes que la démocratie pourrait apporter à stabilité sociale.

Mais parmi les cercles décisionnels officiels, il existe un puissant courant qui croit en l’importance du changement et du développement.

- Mohammad Abu Rumman est chercheur au Centre d’études stratégiques de l’université de Jordanie. Spécialisé dans la pensée politique et les mouvements islamiques, il est l’auteur de nombreux ouvrages et documents politiques.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Mohammad Abu Rumman is a researcher at the Center for Strategic Studies, University of Jordan. He specialises in political thought and Islamic movements. He has authored numerous books and policy papers.