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« Nous sommes excités de revenir » : les Algériens se réjouissent de pouvoir à nouveau partir en vacances en Tunisie

Depuis le 15 juillet, date de la réouverture de la frontière algéro-tunisienne, les Algériens ont repris le chemin d’une de leurs destinations touristiques favorites : la Tunisie. Leur arrivée soulage un secteur touristique touché de plein fouet par la pandémie
Quelques voitures et des panneaux célébrant l’amitié algéro-tunisienne : le 15 juillet, la frontière terrestre entre les deux pays a rouvert après deux ans de fermeture (AFP/Fethi Belaid)
Quelques voitures et des panneaux célébrant l’amitié algéro-tunisienne : le 15 juillet, la frontière terrestre entre les deux pays a rouvert après deux ans de fermeture (AFP/Fethi Belaid)
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ALGER, Algérie

Derrière le bureau de son agence de voyage, rue Belouizdad à Alger, Mohamed revoit une dernière fois la liste de ses clients qui s’apprêtent à franchir la frontière algéro-tunisienne. « Depuis la réouverture, nous organisons le départ d’un bus par semaine avec 50 voyageurs à bord », résume-t-il à Middle East Eye.

La réouverture de la frontière terrestre, fermée depuis mars 2020 à la suite de la pandémie, a été annoncée le 5 juillet à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie par le président Abdelmadjid Tebboune en présence de son homologue Kais Saied.

La police des frontières tunisienne contrôle les passeports, le jour de la réouverture de la frontière algéro-tunisienne, le 15 juillet 2022 (AFP/Fethi Belaid)
La police des frontières tunisienne contrôle les passeports, le jour de la réouverture de la frontière algéro-tunisienne, le 15 juillet 2022 (AFP/Fethi Belaid)

La décision est entrée en vigueur le 15 juillet et, depuis, plus de 60 000 Algériens ont visité la Tunisie, selon une déclaration accordée par le ministre tunisien du Tourisme et de l’Artisanat, Mohamed Moez Belhassine, à l’agence de presse TAP.

« Le nombre de voyageurs qui réservent pour la Tunisie reste inférieur à la période pré-covid, mais c’est en train de repartir », affirme Mohamed. Selon le voyagiste, plusieurs facteurs freinent l’élan de la reprise.

« Il s’agit notamment des mesures liées au covid-19 comme le pass-sanitaire et le test PCR. Mais maintenant qu’ils ont été supprimés par les autorités tunisiennes, nous nous attendons à plus de demandes. »

Près du bureau de Mohamed, Wissam, responsable de l’agence de voyage Plein Soleil, organise aussi un départ pour la Tunisie.

« Ce qui retient les Algériens dans leurs démarches, ce sont aussi les rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux, selon lesquelles nos concitoyens ont été mal accueillis », relève la jeune femme. « Mais il s’agit de simples rumeurs, les retours que nous avons eus de la part de nos clients prouvent le contraire. »

Attractivité des tarifs

Parmi les touristes qui s’apprêtent à franchir la frontière pour les vacances figure Aicha, mère de famille de 43 ans.

« Nous avons réservé dès l’annonce de la réouverture. Ça fait déjà plusieurs années que nous passons nos vacances en Tunisie et nous sommes excités de revenir après deux ans de pause. »

Fonctionnaire dans une entreprise publique, cette Algéroise explique le choix de la Tunisie par l’attractivité des tarifs.

« Toutes les destinations sont devenues chères. Mais la Tunisie reste plus abordable que d’autres pays qui, de surcroît, requièrent un visa »

- Djalel, propriétaire de l’agence de voyage La Caravelle à Oran

« Certes, les prix ont connu une hausse, mais partir en vacances en Tunisie reste moins cher que faire du tourisme en Algérie ! », regrette-t-elle. « Pouvoir voyager par route nous permet aussi d’économiser puisque le prix du billet d’avion reste exorbitant. »

Certaines des grandes villes de l’Est algérien, comme Annaba ou Constantine, sont très proches de la frontière avec la Tunisie.

Pour les Algériens de l’Ouest, notamment les Oranais, qui doivent prévoir quinze heures de route, la distance n’est pas un facteur dissuasif.

Les Algériens apprécient particulièrement les stations balnéaires de Sousse et Hammamet (est) ainsi que la ville sainte de Kairouan (centre).

« Toutes les destinations sont devenues chères pour un simple Algérien », renchérit Djalel, propriétaire de l’agence de voyage La Caravelle à Oran. « C’est aussi le cas de la Tunisie, mais elle reste plus abordable que d’autres pays qui, de surcroît, requièrent un visa. »

« Dans l’Ouest algérien, l’Espagne était la destination la plus demandée », poursuit Djalel. « Mais depuis que le visa Schengen est plus difficile à obtenir [depuis que la France a durci l’octroi des visas à l’égard du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie], et en raison de la crise [diplomatique] avec Madrid, de plus en plus d’Oranais optent pour la Tunisie. »

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L’autre pays frontalier, à savoir le Maroc, qui représentait aussi une destination touristique pour les Algériens, n’est plus accessible depuis la rupture des relations diplomatiques entre Rabat et Alger en août 2021. Même avant cela, le voisin de l’ouest n’attirait pas autant que celui de l’est puisque la frontière terrestre est fermée depuis 1994.

De l’autre côté de la frontière tunisienne, la décision de laisser à nouveau les Algériens passer est aussi vécue comme une bonne nouvelle.

« On ne parle pas seulement des propriétaires d’hôtels et des restaurants, mais aussi des petits commerces qui ont beaucoup souffert de la pandémie », précise à MEE Khaoula, une jeune enseignante de Tunis.

Pour elle, les facilitations établies par le gouvernement de son pays témoignent de cet enthousiasme.

« Les Algériens ne sont pas soumis à l’obligation de réserver à l’avance. Certaines agences de tourisme ont même annulé les réservations des Tunisiens pour garder l’exclusivité de leurs services aux Algériens. De plus, ils ont été exemptés d’amende en cas de stationnement interdit ! », explique-t-elle.

Une annonce faite trop tard

Alors qu’en 2019, près de 3 millions d’Algériens ont visité la Tunisie, les autorités tunisiennes en espèrent 1 million cette année avant la fin de la saison estivale.

« L’annonce de la réouverture est arrivée très en retard », regrette toutefois Hafedh Djerbi, gérant de l’entreprise d’hôtels Aqua Terra Bahia Beach à Hammamet, contacté par MEE. « Si l’annonce avait été faite début juin, on aurait eu une saison folle. »

Selon le gérant, les touristes algériens ont représenté la totalité de ses clients en 2019. « Cette année, les Algériens ne remplissent que 20 % de nos capacités d’accueil. »

Le poste frontière de Melloula, près de Tabarka (nord-ouest), est le plus important du territoire tunisien, selon Jamel Zrig, un responsable de la Garde nationale tunisienne, avec 25 % des entrées des Algériens via cette frontière en 2019 (AFP/Fethi Belaïd)
Le poste frontière de Melloula, près de Tabarka (nord-ouest), est le plus important du territoire tunisien, selon Jamel Zrig, un responsable de la Garde nationale tunisienne, avec 25 % des entrées des Algériens via cette frontière en 2019 (AFP/Fethi Belaïd)

L’entrepreneur ne perd pas espoir pour autant. « La Tunisie n’est pas seulement une destination d’été pour nos voisins. Nous espérons encore les voir durant l’automne ou pour les fêtes de fin d’année. »

Au-delà des objectifs touristiques, la réouverture des frontières réjouit « pour d’autres raisons », explique à MEE la journaliste de la télévision tunisienne Jihane El Ouati.

« Les Tunisiens s’impatientaient aussi d’une réouverture notamment pour des raisons familiales et économiques. Car le touriste algérien ne vient pas les mains vides et repart les mains remplies », note la journaliste. « Il ramène des choses à revendre en Tunisie, comme l’électroménager ou du tabac, et retourne en Algérie avec d’autres marchandises, ce dont profitent les commerçants. »