Aller au contenu principal

« Contrôle mental » : les plans secrets du gouvernement britannique pour gérer la réaction aux attentats terroristes

Comment les hashtags, les veillées et les événements interconfessionnels sont planifiés à l’avance pour amener le public à exprimer du chagrin plutôt que de la colère
Des responsables religieux se rassemblent près du London Brigde, à Londres, le 7 juin 2017 (AFP)
Par
LONDRES, Royaume-Uni

Le gouvernement britannique se prépare aux attentats terroristes en planifiant à l’avance des campagnes sur les réseaux sociaux conçues pour apparaître comme une réponse publique spontanée aux attaques, a appris Middle East Eye.

Des hashtags sont soigneusement testés avant que des attaques ne se produisent, des images sont sélectionnées sur Instagram et des affiches de rue « impromptues » sont imprimées.

Dans des opérations que les planificateurs d’urgence qualifient de « spontanéité contrôlée », les déclarations des politiciens, les veillées et les événements interconfessionnels sont également négociés et planifiés en prévision d’une quelconque attaque terroriste.

Ces campagnes ont été déployées lors de chaque incident terroriste survenu ces dernières années, notamment les attentats du London Bridge et de la mosquée de Finsbury Park à Londres en 2017.

Quelques heures après tout attentat, d’autres campagnes sont rapidement mises sur pied : des affiches type « Je [cœur] » sont conçues et distribuées en fonction du lieu de l’attaque, et des plans sont établis afin de permettre aux personnes de distribuer des fleurs sur les lieux du crime, gestes apparemment spontanés d’amour et de soutien.

Selon un certain nombre de personnes impliquées dans leur création, ces opérations ont pour objectif de modeler les réactions du public, encourageant les individus à se concentrer sur leur empathie pour les victimes et un sentiment d’union avec les étrangers, plutôt que de réagir par la violence ou la colère.

Un grand nombre de ces opérations seraient basées sur de vastes plans élaborés au Royaume-Uni pour canaliser la colère du public à la suite d’une éventuelle attaque contre les Jeux olympiques de Londres en 2012.

Certaines avaient été conçues l’année précédente, à une époque où les réseaux sociaux facilitaient la communication entre les manifestants pendant le Printemps arabe et où une série d’émeutes éclatait dans des villes et des villages de toute l’Angleterre.

Une personnalité impliquée dans cette planification d’urgence rapporte que les émeutes avaient « totalement terrorisé » le gouvernement britannique et que Theresa May, alors ministre de l’Intérieur et désormais Première ministre, avait été particulièrement secouée.

Un policier anti-émeute monte la garde devant un bâtiment en flammes lors d’émeutes à Croydon, dans le sud de Londres, en 2011 (AFP)
Un policier anti-émeute monte la garde devant un bâtiment en flammes lors d’émeutes à Croydon, dans le sud de Londres, en 2011 (AFP)

Les mesures préparées avant les Jeux olympiques avaient pour but de susciter, après toute attaque faisant état d’un lourd bilan en vies humaines, « un chagrin semblable à celui suscité par la mort de la princesse Diana », une référence au deuil public ayant suivi le décès de la princesse de Galles dans un accident de voiture en 1997.

Cette personne décrit franchement ces mesures comme une tentative de « contrôle mental ».

Bien qu’aucun incident terroriste ne se soit produit pendant les Jeux olympiques de 2012, des variantes auraient été déployées à la suite de chaque attentat survenu au Royaume-Uni depuis lors.

« C’est au moment des Jeux olympiques que j’ai remarqué un changement », déclare un planificateur d’urgence expérimenté au Royaume-Uni.

« La gestion du travail secret de planification d’urgence derrière les Jeux olympiques est devenue le contrôle social auquel nous aurions recours en cas d’attentat terroriste ou de perturbations. C’est ‘’voilà le hashtag à utiliser’’. Et nous ne sommes jamais revenus là-dessus.

« Ce travail a considérablement changé, passant de la planification de réactions populaires et organiques à la tragédie, à s’entendre dire : “Nous aimerions que les gens fassent cela, comment les y amener ?”

« Beaucoup de réactions du public sont spontanées, bien sûr. Mais beaucoup sont façonnées. Le gouvernement [britannique] ne veut pas de spontanéité : il veut une spontanéité contrôlée. »

« Voilà ce que nous voulons »

Les responsables du Home Office (ministère de l’Intérieur britannique) auraient été tout particulièrement impressionnés par les manifestations des supporters de football en faveur d’un joueur de Premier League, Fabrice Muamba, qui s’est effondré sur le terrain en mars 2012, quatre mois avant le début des Jeux olympiques, victime d’un arrêt cardiaque.

Lors des matches suivants, les supporters de nombreux clubs différents ont brandi des pancartes et des banderoles portant des messages de soutien à Muamba.

MEE a entendu dire que lors des réunions de planification d’urgence ultérieures, les responsables du Home Office ont suggéré que répliquer une telle réponse faciliterait le processus de rétablissement après toute attaque terroriste et aurait pour résultat la poursuite des Jeux olympiques.

Les supporters d’Arsenal déploient une photo de Fabrice Muamba en mars 2012 après l’arrêt cardiaque du footballeur alors qu’il jouait pour Bolton (AFP)
Les supporters d’Arsenal déploient une photo de Fabrice Muamba en mars 2012 après l’arrêt cardiaque du footballeur alors qu’il jouait pour Bolton (AFP)

« Ils disaient : “Voilà ce que nous voulons. Si quelque chose arrive pendant les Jeux olympiques, nous voulons que vous incitiez les gens à réagir comme ça. Les gens voudront alors que les Jeux olympiques continuent.” »

Un certain nombre de gouvernements occidentaux auraient échangé des informations sur la manière dont ils utilisent les réseaux sociaux pour tenter de façonner les réactions du public à la suite d’attentats terroristes.

Parmi les exemples de « spontanéité contrôlée » au Royaume-Uni identifiés par MEE figurent :

  • la campagne médiatique qui a été rapidement déployée après la décapitation de travailleurs humanitaires britanniques et américains par des militants de l’État islamique en 2014.

  • l’utilisation de hashtags, d’affiches et de veillées après les attentats du London Bridge en juin 2017, au cours desquels huit personnes ont été assassinées et près de 50 blessées.

  • une campagne médiatique sur Twitter, Facebook et dans les médias traditionnels a été utilisée plus tard au cours du même mois après qu’un homme a foncé avec sa fourgonnette sur un groupe de personnes à l’extérieur d’une mosquée du nord de Londres, faisant un mort et dix blessés.

Le hijab Union Jack

Après l’assassinat d’Alan Henning, travailleur humanitaire britannique, par l’État islamique en octobre 2014, l’Unité de recherche, communication et information (RICU) – une unité de propagande controversée appartenant au Bureau de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme du Home Office britannique – a eu recours à une image frappante mise au point par un de ses contractants du secteur privé.

Cette image créée par Breakthrough Media, une société de communication basée à Londres, était la photo de profil d’une femme portant un hijab Union Jack.

L’image d’une femme portant un hijab Union Jack a été utilisée pour la une du Sun (Twitter)
L’image d’une femme portant un hijab Union Jack a été utilisée pour la une du Sun (Twitter)

Selon un document interne de Breakthrough consulté par MEE, celle-ci avait été mise au point car « les autorités britanniques voulaient remettre en cause les interprétations ultraconservatrices et misogynes de l’islam – en particulier celles qui concernent les femmes – afin de promouvoir le véritable visage de l’islam parmi les communautés britanniques vulnérables ».

Le document explique que l’objectif de la RICU était « d’établir une tribune pour les femmes musulmanes britanniques afin de proposer une interprétation alternative de l’islam et de jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre l’extrémisme dans leurs communautés ».

Il en a résulté « Making A Stand », « une nouvelle organisation et un réseau de militantes musulmanes britanniques actives au sein de leurs communautés et de plus en plus présentes dans les médias nationaux ».

Quelques jours après le meurtre d’Alan Henning, la campagne intitulée « Making A Stand » a approché le Sun, un tabloïd, qui a accepté de consacrer toute sa page de couverture à la photo du hijab Union Jack.

Dans ses pages intérieures, le journal a consacré six pages supplémentaires aux dirigeants politiques et anonymes déclarant prendre position contre le terrorisme de l’État islamique.

Des emails divulgués en vertu de la loi sur la liberté d’information montrent que la RICU surveillait les réactions en ligne à la une du Sun, que son personnel a reconnue comme « notre produit ».

Les employés de Breakthrough étaient ravis de la manière dont leur travail avait été transmis au Sun : une copie encadrée de la page de couverture était suspendue dans les bureaux de la société au centre de Londres.

Le hijab Union Jack est l’un des centaines de projets médiatiques conçus par Breakthrough pour le compte de la RICU dans le cadre du programme controversé de lutte contre la radicalisation au Royaume-Uni, baptisé Prevent.

Récemment rebaptisée Zinc Network, la société continue de soumissionner et de remporter des contrats pour la RICU. Zinc Network n’avait pas répondu aux sollicitations de MEE au moment de la publication.

Les documents internes de la RICU consultés par MEE indiquent que l’unité travaille « à une échelle et à un rythme industriels » pour développer des messages visant à « modifier les comportements et attitudes » – en particulier chez les musulmans. L’implication du gouvernement britannique est rarement reconnue.

« Nous vous envoyons cent imams »

Alors que les messages secrets élaborés dans le cadre du programme Prevent s’adressent aux musulmans, en particulier aux jeunes hommes, les tentatives de planification d’une « spontanéité contrôlée » à la suite d’un attentat terroriste s’adressent à la population en général.

Le lendemain des attaques du London Bridge, une équipe d’hommes s’est rendue sur les lieux du meurtre dans une camionnette banalisée.

On les a vu être admis derrière le cordon de police, où ils ont collé un certain nombre d’affiches comportant des images de Londres et des hashtags qui circulaient déjà sur Twitter : #TurnToLove (choisissez l’amour), #For London (pour Londres) et #LoveWillWin (l’amour vaincra).

EXCLUSIF : Les projets secrets d’une unité de propagande britannique visent les musulmans français
Lire

Cette pratique, connue au Royaume-Uni comme affichage sauvage, constitue une infraction pénale mineure, mais la police a laissé passer les membres de l’équipe d’affichage derrière son cordon et n’a pris aucune mesure. Ces hommes ont refusé de dire aux journalistes qui ils étaient ou d’où ils venaient.

Lorsque le cordon a été finalement levé et que les membres du public ont pu retourner sur les lieux des attaques, ils se sont retrouvés entourés de signes apparemment impromptus exprimant la résistance du public face à ces violences et son unité.

Le lendemain, un responsable gouvernemental a téléphoné au conseil de Southwark, l’autorité locale de la zone où les meurtres ont eu lieu.

« Il a annoncé : “Nous vous envoyons cent imams” », se souvient un responsable du conseil. Deux jours plus tard, une centaine d’imams et de dirigeants de communautés musulmanes de tout le Royaume-Uni se sont dûment rendus sur le pont et l’un d’entre eux a lu une déclaration condamnant l’attentat.

Le weekend suivant, un groupe de musulmans est arrivé sur le pont et a distribué des milliers de roses rouges. Une des organisatrices a qualifié ce geste de « geste d’amour symbolique » pour les personnes touchées par l’attaque.

Ce que cette organisatrice n’a pas dit, c’est qu’elle travaillait au Home Office, dans les forces de l’ordre.

Elle affirme à MEE qu’il s’agissait entièrement d’une initiative « citoyenne » sans aucune aide gouvernementale : « J’agissais en tant que membre de la communauté et j’ai demandé l’aide de mes réseaux personnels. »

Le « héros » de Finsbury Park

Une semaine plus tard, dans la nuit de dimanche à lundi, un assaillant islamophobe, Darren Osborne, a foncé au volant de sa fourgonnette sur un groupe d’hommes près d’une mosquée de Finsbury Park, dans le nord de Londres.

Un certain nombre de jeunes hommes ont maîtrisé Osborne et l’ont protégé des attaques des autres. Un peu plus tard, Mohammed Mahmoud, l’imam de la mosquée, les a rejoints.

Dans la matinée qui a suivi, Twitter était inondé du hashtag #WeStandTogether (nous restons soudés) lancé par la police.

Alors que les journalistes se rassemblaient autour du cordon de police, plusieurs d’entre eux ont été approchés par une femme se faisant appeler Gabbie, qui leur a expliqué qu’elle travaillait pour une société dénommée Horizon PR.

Ce que « Gabbie » n’a pas dit, c’est que « Horizon PR » avait été créée par Breakthrough Media et une autre société de communication, M&C Saatchi PR UK, et que Breakthrough l’utilise pour promouvoir le message qu’elle crée – et diffuse par le biais de groupes de la société civile coopératifs – selon les termes de son contrat avec la RICU du Home Office.

Des affiches sont collées à l’extérieur d’une mosquée de Finsbury Park suite à une attaque menée avec une camionnette sur le site d’une mosquée voisine (AFP)
Des affiches sont collées à l’extérieur d’une mosquée de Finsbury Park suite à une attaque menée avec une camionnette sur le site d’une mosquée voisine (AFP)

Un certain nombre de journalistes ont déclaré à MEE que « Gabbie » leur avait proposé de les présenter à un homme se tenant à proximité. Cet homme a expliqué qu’il s’appelait Shaukat Warraich et qu’il était membre d’une organisation appelée Faith Associates.

Warraich a insisté auprès des journalistes sur le rôle joué par l’imam de la mosquée dans la protection d’Osborne jusqu’à ce qu’il puisse être remis à la police. Cette version a fini par dominer les reportages dans les jours qui ont suivi l’attaque.

Shaukat Warraich n’a rien dit à propos des relations de son organisation à la fois avec Breakthrough et avec l’unité de propagande du gouvernement britannique, la RICU.

Faith Associates, une société à responsabilité limitée, est financée en partie depuis plusieurs années par des contrats publics. Des documents internes de Breakthrough et la RICU consultés par MEE montrent qu’elle œuvre à diffuser les messages du gouvernement.

MEE comprend que les informations relayées par la suite dans les médias ont suscité un certain malaise dans le quartier : les jeunes hommes qui ont maîtrisé et protégé le meurtrier avant l’arrivée de l’imam estiment que leur rôle a été négligé.

« Ils étaient fiers d’avoir fait ce qu’il fallait, mais ils pensent qu’ils ont ensuite été présentés comme une foule de lyncheurs », a déclaré une personne qui prie régulièrement à la mosquée. Aujourd’hui, les jeunes hommes sont rarement aperçus à la mosquée, a-t-il ajouté.

Mohammed Mahmoud, l’imam de la mosquée, a refusé d’apporter des commentaires. Au moment de la publication de cet article, Shaukat Warraich n’avait pas répondu aux demandes de commentaires qui lui avaient été adressées par MEE.

« Des fleurs, pas des émeutes »

Ce mélange de mesures d’urgence traditionnelles – réponses de la police, des ambulanciers et des hôpitaux – et de recours à une propagande post-attentat semble s’être intensifié au Royaume-Uni au cours des dernières années.

C’est durant cette période que les messages secrets du gouvernement ont été développés dans le cadre du programme Prevent et que l’utilisation croissante des réseaux sociaux a offert de nouvelles possibilités de créer une « spontanéité contrôlée ».

En 2016, Facebook reconnaissait que sa portée serait encore étendue s’il servait d’institution d’intervention d’urgence après des catastrophes.

Certains gouvernements sont toutefois devenus de plus en plus inquiets face au pouvoir des réseaux sociaux et tentent de les fermer plutôt que de les utiliser – comme cela a été le cas au Sri Lanka après la mort de plus de 250 personnes dans des attentats-suicides à Pâques.

Au Royaume-Uni, le gouvernement central et les autorités locales sont obligés de se préparer aux suites d’une catastrophe en vertu de la loi de 2004 sur les contingents civils (Civil Contingencies Act 2004), une mesure législative née de la vulnérabilité que le gouvernement de Tony Blair aurait ressentie au cours d’une série des crises survenues au début de son mandat.

Fin 2000, des manifestations à l’échelle nationale contre les prix du carburant ont entraîné des pénuries de carburant, des achats de panique et la perspective d’un effondrement économique. L’année suivante, une épidémie de fièvre aphteuse a coûté au pays 8 milliards de livres sterling (environ 9,1 milliards d’euros) selon les estimations, tandis que du bétail a été abattu et que de nombreuses zones rurales ont été bouclées.

Une fois la loi adoptée, un groupe de travail dédié à la reprise nationale (National Recovery Working Group) a été créé au sein du Cabinet Office, le département central du gouvernement britannique.

Cet organe a établi des protocoles et des documents d’orientation utilisés pour faciliter la « reprise », définie comme une phase distincte après un attentat terroriste ou une catastrophe naturelle.

Le Cabinet Office a proposé la définition suivante : « La reprise est le processus de reconstruction, de restauration et de réhabilitation de la communauté à la suite d’une situation d’urgence. »

Lucy Easthope, personnalité éminente du collège de planification des mesures d’urgence du Cabinet Office, écrit que la « reprise » est désormais considérée comme « une phase spécifique de la catastrophe que les planificateurs de mesures d’urgence tentent de mettre en ordre et qu’il est possible de planifier à l’avance avant que les spécificités de la situation d’urgence ne soient connues. (Cela sous-entend que ces détails sont une question mineure pouvant être renseignée plus tard.) »

Des ouvriers du bâtiment déposent des fleurs près du lieu de l’attentat du London Bridge, en juin 2017 (Reuters)
Des ouvriers du bâtiment déposent des fleurs près du lieu de l’attentat du London Bridge, en juin 2017 (Reuters)

Afin de garder le processus de reprise sous contrôle, les hashtags et les publications sur Facebook seraient examinés de manière exhaustive avant leur utilisation afin de démontrer qu’ils peuvent être employés sans provoquer de réaction involontaire.  

Après une attaque terroriste – ou toute autre catastrophe –, les équipes du Cabinet Office travaillent très rapidement avec la Croix-Rouge et les planificateurs de mesures d’urgence locaux, qui envoient généralement les premiers messages sur les réseaux sociaux, a-t-on expliqué à MEE.

Les planificateurs de mesures d’urgence donnent également des conseils quant aux termes que les dirigeants politiques doivent employer après une telle attaque et décrètent les veillées et les événements interconfessionnels préalablement planifiés.

« Ce qu’on veut, c’est des fleurs distribuées devant les mosquées, pas des émeutes », souligne un planificateur de mesures d’urgence.

« Faire la lumière sur le Novichok »

À Salisbury, une ville du centre de l’Angleterre où des agents russes ont utilisé du Novichok, un agent neurotoxique, pour empoisonner l’agent double Sergueï Skripal et sa fille Ioulia en mars 2018, l’équipe locale aurait rejeté certaines suggestions des planificateurs du gouvernement central.

« À Salisbury, les gens nous disaient : “On ne portera pas de t-shirts ‘I love Salisbury’ – on veut juste que vous fassiez la lumière sur le Novichok.”

« Nous pouvons jouer le coup du hashtag à Manchester, où il y a beaucoup de jeunes, et ils aiment ça. À Salisbury, il y a beaucoup d’anciens militaires et les gens semblaient simplement avoir du bon sens. Nous n’avons donc pas utilisé le matériel de reprise habituel. »

« Nous n’irons pas au fond de la question du terrorisme en élaborant une réponse par des méthodes d’ingénierie sociale. Nous ne rentrerons pas dans le difficile débat. Et cela interrompt un véritable apprentissage »

Un certain nombre de personnes impliquées dans la planification préalable de la « spontanéité contrôlée » expriment clairement des doutes quant à la manière dont les mesures d’urgence qui suivent immédiatement les attaques terroristes sont associées à des techniques de propagande destinées à influencer les réactions du public.

Lucy Easthope – qui a rédigé les plans de gestion de reprise du gouvernement britannique pendant plus de dix ans – fait part de sa préoccupation devant le fait que les manifestations de solidarité multiconfessionnelles négociées avant les attaques terroristes et les messages de résilience pré-planifiés sur les réseaux sociaux ne puissent pas toujours être la meilleure réponse.

Peut-être que « la rhétorique de lutte est allée trop loin », écrit-elle, avant d’ajouter qu’« insister pour que le premier message soit “Nous vaincrons”, comme si l’ennemi était sur les plages », constitue une erreur.

« Un anesthésiant pour la communauté »

Certains planificateurs de situations d’urgence s’inquiètent également du fait que lors de l’élaboration de plans visant à créer une « spontanéité contrôlée », il soit rarement accordé l’importance qui leur est due aux besoins des familles endeuillées.

« Le hashtag peut commencer à sembler très vide très tôt et je ne pense pas que cela place vraiment les familles en deuil au cœur de ce que l’on fait », déclare l’un d’eux. « C’est un anesthésiant pour la communauté au sens large, mais cela ne remplace pas les véritables soins humanitaires pour les personnes les plus affectées. »

Des élèves néo-zélandais font un haka en mars, trois jours après l’attentat perpétré contre des mosquées à Christchurch qui a fait plusieurs dizaines de morts (AFP)
Des élèves néo-zélandais font un haka en mars, trois jours après l’attentat perpétré contre des mosquées à Christchurch qui a fait plusieurs dizaines de morts (AFP)

De même, affirment certains, le public n’est pas encouragé à s’engager dans un débat sur les causes de la haine qui sous-tend les attaques terroristes.

« Le gouvernement veut que la tempête sur Twitter ou Facebook soit entre ses mains, et bien sûr, ce n’est pas possible, mais on peut distraire les gens en mettant une photo d’un drapeau français ou d’autre chose.

« Nous n’avons pas ces débats parce que nous disons “I love tel ou tel endroit”, “Je vais mettre un drapeau néo-zélandais en photo de profil” ou “Je vais faire le haka à l’assemblée de l’école”.

« Quand il n’y a rien que les gens puissent réellement faire, ils peuvent changer la photo de leur page Facebook. Ils peuvent alors avoir le sentiment d’avoir agi, ils peuvent aller au travail et ils n’agitent pas le gouvernement.

« Mais nous n’irons pas au fond de la question du terrorisme en élaborant une réponse par des méthodes d’ingénierie sociale. Nous ne rentrerons pas dans le difficile débat. Et cela interrompt un véritable apprentissage. »

Le Cabinet Office a déclaré que certaines informations concernant ses mesures d’urgence étaient accessibles au public mais que d’autres étaient réservées à un usage interne. L’institution n’a pas formulé de commentaires sur les critiques visant ses opérations actuelles.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.