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Coupe du monde 2026 : Riyad tacle Rabat et marque contre le camp arabe

La crise qatarie s'étend jusqu'au football. Un conseiller du roi Salmane a publié deux tweets qui montrent combien le Maroc aura du mal à fédérer les pays arabes pour soutenir sa candidature
Turki al-Sheikh, conseiller du roi Salmane, président de la Fédération saoudienne de football et de l'Union des associations de football arabe (UAFA) (Twitter)

RABAT – Face au trio concurrent USA-Canada-Mexique, le Maroc cherche à s'assurer le soutien des pays arabes pour sa candidature à l’organisation de la Coupe du monde de football en 2026.

Mais depuis dimanche, il pourrait compter sans l’Arabie saoudite, alliée traditionnelle du royaume. Turki al-Sheikh, conseiller du roi Salmane, président de la Fédération saoudienne de football et de l'Union des associations de football arabe (UAFA) qui regroupe tous les pays de la Ligue arabe, ayant sacrifié le Maroc en un tweet.

Traduction : « Aucun pays n’a demandé le soutien de l’Arabie saoudite pour l’organisation du Mondial 2026, et le cas échéant, nous chercherons notre intérêt en premier »

Plus tard dans la journée, Turki al-Sheikh s’est montré plus explicite. « Si vous cherchez du soutien, Riyad est l'endroit », a-t-il tweeté. « Vous ne gagnerez rien avec le micro-État », a-t-il ajouté en ciblant le Qatar.

Ces deux tweets ont suffi pour semer le doute et mettre en lumière la précarité des relations maroco-saoudiennes. Si les relations entre Rabat et Riyad ont longtemps été chaleureuses, la crise du Qatar, dans laquelle le Maroc a choisi de ne pas prendre position aux côtés de l'Arabie saoudite et de ses alliés, et la nomination de Mohammed ben Salmane en tant que prince héritier, semblent avoir profondément changé la donne.

Le soutien de l'Arabie saoudite au Maroc n'est plus acquis. Et contrairement à son père, qui séjourne souvent à Tanger, ville du nord du Maroc, le nouveau prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, n'est pas considéré comme faisant partie du clan entretenant des liens amicaux avec le royaume chérifien.

Ni Moulay Hafid Elalamy, président du comité de candidature du Maroc, ni Rachid Talbi Alami, ministre de la Jeunesse et des sports, sollicités par Middle East Eye, n'ont répondu à nos demandes de commentaires.

« Il est vrai que l'Arabie saoudite a gardé une certaine rancune envers le Maroc, en raison de sa prise de position lors de la crise du Qatar »

- Moncef El Yazghi, spécialiste marocain en politiques du sport

La position exprimée par Turki al-Sheikh recoupe-t-elle celle, officielle, de l'Arabie saoudite ?

Moncef El Yazghi, spécialiste marocain en politiques du sport, décrypte pour MEE : « L'Arabie saoudite n'a, jusqu'à présent, pas adopté de position officielle à ce sujet. La prise de parole de Turki al-Sheikh est certes celle d'une haute personnalité qui préside l'instance de football saoudienne, mais il ne représente pas la position officielle de son pays, qui est exprimée par d'autres canaux. Et je pense que les liens entre le Maroc et l'Arabie saoudite sont plus forts que ces déclarations. »

« Il est vrai que l'Arabie saoudite a gardé une certaine rancune envers le Maroc, en raison de sa prise de position lors de la crise du Qatar. Rappelons que le Maroc a été le premier pays à briser le blocus », rappelle l'analyste sportif.

À LIRE : Le prince héritier d’Arabie saoudite, l’ami (très) susceptible du Maroc

Ce n'est pas la première fois que les autorités saoudiennes adressent des messages subliminaux au Maroc pour lui rappeler que leur soutien n'est pas acquis – en août 2017, le roi Salmane avait failli annuler ses vacances à Tanger – sans pour autant aller jusqu'à concrétiser leurs menaces. Mais au cas où l'Arabie saoudite déciderait de ne pas soutenir le royaume, quel impact cela pourrait-il avoir ?

« Le soutien de l'Arabie saoudite aurait pu être décisif dans l'ancien système de vote », souligne El Yazghi. Suite aux scandales de corruption qui ont émaillé les processus d'attribution des précédentes Coupes du monde, le mécanisme de sélection du pays hôte a connu un changement radical.

Auparavant, le pays organisateur était choisi par les 25 membres du comité exécutif de la Fédération internationale de football (FIFA). Dans ce contexte, « la voix de l'Arabie saoudite aurait été décisive, d'autant que le pays aurait pu aiguillonner le vote d'autres fédérations sportives », estime-t-il.

Scène de liesse à Marrakech après la qualification de l'équipe nationale du Maroc à la Coupe du monde de football en Russie en 2018 (AFP)

Mais le pays hôte de la coupe du monde de 2026 sera, pour la première fois, désigné par l’ensemble des 211 associations membres de la FIFA. Résultat : « avec le nouveau système de vote, la voix de l'Arabie saoudite vaut celle des îles Caïman ou de l’île Maurice », résume El Yazghi. 

Par ailleurs, au sein de l'UAFA, présidée depuis sa création par l'Arabie saoudite, El Yazghi estime que le royaume wahhabite « ne peut pas peser au sein de l'instance pour influencer le vote des membres ».

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L'Arabie saoudite préside l'UAFA depuis sa création uniquement pour des considérations symboliques et financières, mais sans pouvoir se prévaloir d’un poids considérable sur le processus de prise de décision. « Le Maroc est, lui aussi, membre de l'UAFA », souligne le spécialiste des politiques du sport.

Toutefois, selon lui, le Maroc n'a pas intérêt à perdre une quelconque voix. « Compte tenu du poids de l'Arabie saoudite dans le monde arabe et islamique, et au regard de son influence, qui s'étend à d'autres pays asiatiques et occidentaux, l'Arabie saoudite peut jouer un rôle d'intermédiation entre le comité marocain et d'autres pays », prévient-il. « Notamment ceux avec qui le royaume entretient des relations distantes. »