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Dangereux précédent : Israël démolit des habitations palestiniennes en périphérie de Jérusalem-Est

Les Palestiniens de Wadi Hummus possédaient tous les permis nécessaires pour construire leur maison dans les zones relevant de la juridiction de l’Autorité palestinienne. Aujourd’hui, l’armée israélienne envoie les bulldozers
La maison d’Alaa Hamid Amira a été détruite lundi (MEE/Collectif contre l’occupation)
Par
WADI HUMMUS, Cisjordanie occupée

Des bulldozers israéliens rejoints par des centaines de soldats et de policiers ont commencé à démolir des habitations palestiniennes à la périphérie de Jérusalem-Est, malgré les protestations locales et les critiques internationales.

Les forces israéliennes se sont rendues ce lundi dans le village palestinien de Sur Baher pour démolir une dizaine d’habitations dans le quartier de Wadi Hummus, près du mur de séparation israélien.

La Cour suprême israélienne a tranché en faveur de l’armée le mois dernier et a fixé lundi comme date limite pour démolir les habitations.

Les forces israéliennes ont coupé à travers une section de fil barbelé de la barrière à Sur Baher sous le couvert de l’obscurité tôt ce lundi et ont commencé à évacuer les habitants.

Des projecteurs ont illuminé la zone alors que des dizaines de véhicules amenaient les forces de sécurité casquées dans le village.

Dès les premières lueurs de l’aube, les pelleteuses ont commencé à détruire une maison de deux étages tandis que les soldats investissaient un bâtiment inachevé de plusieurs étages à proximité, rapporte l’agence de presse Reuters.

Des dizaines de véhicules de l’armée israélienne ont amené des soldats casqués dans le village (MEE/Collectif contre l’occupation)
Des dizaines de véhicules de l’armée israélienne ont amené des soldats casqués dans le village (MEE/Collectif contre l’occupation)

« Depuis 2 heures du matin, ils évacuent les gens de chez eux par la force et ils ont commencé à disposer des explosifs dans les maisons qu’ils veulent détruire », a déclaré Hamada Hamada, un dirigeant de la communauté de Sur Baher.

Les opérations sont filmées et photographiées par des activistes palestiniens, israéliens et internationaux qui s’étaient mobilisés pour tenter de stopper la démolition.

« Créer un précédent »

S’élevant sur neuf étages et pouvant accueillir 40 appartements, le bâtiment presque construit de Mohammed Abu Tair à Wadi Hummus devait être l’une des fiertés de sa vie.

Une fois terminé, il serait devenu le foyer de dizaines de familles palestiniennes, toujours plus nombreuses à être chassées de Jérusalem, situé à environ 5 km, par les prix élevés.

Au lieu de cela, il a été condamné à la démolition.

Situé dans la zone B, la partie de la Cisjordanie occupée sous la juridiction administrative de l’Autorité palestinienne (AP), le lotissement a été construit avec tous les permis nécessaires délivrés par l’AP.

Le problème, c’est qu’il se trouve à proximité du fameux mur de séparation israélien, qui sépare la Cisjordanie de Jérusalem, et les autorités israéliennes ont ordonné la démolition du bâtiment d’Abou Tair et d’une dizaine d’autres.

« Où devons-nous aller ? », s’est désespéré Abu Tair.

La date limite pour que les propriétaires des bâtiments démolissent eux-mêmes leurs habitations a été dépassée jeudi.

Les Palestiniens craignent que ces démolitions de bâtiments situés près de la barrière ne créent un précédent pour d’autres villes le long du tracé du mur, qui s’étend sur des centaines de kilomètres autour et à travers la Cisjordanie occupée.

Wadi Hummus, un quartier du village de Sur Baher, a une situation administrative particulière, en ce qu’il se trouve à la fois dans les zones A, B et C de la Cisjordanie – les deux premières sont administrées par l’AP, la dernière par Israël.

Et bien qu’il fasse partie de la Cisjordanie, il se trouve du côté de la barrière de séparation, ce qui signifie que ses habitants ont un accès beaucoup plus facile à Jérusalem que les Palestiniens de l’autre côté du mur et, dans les faits, vivent sous le contrôle direct israélien.

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D’après les accords d’Oslo, Israël ne devrait pas avoir son mot à dire sur la construction ou non d’habitations dans les zones A et B. Cependant, une décision de l’armée israélienne de 2011 a décrété qu’Israël pouvait désormais démolir des bâtiments dans les zones administrées par l’Autorité Palestinienne. Wadi Hummus est le premier cas.

L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a publié un communiqué accusant la cour israélienne de vouloir « créer un précédent pour permettre aux forces d’occupation israéliennes de démolir de nombreux bâtiments palestiniens situés à proximité » du mur.

Espace pour vivre

Il est presque impossible pour les Palestiniens de Jérusalem d’obtenir des permis de construire auprès des autorités israéliennes qui occupent les quartiers est de la ville depuis la guerre des Six-Jours, en 1967.

Pour certains comme Ghaleb Abu Hadwan (63 ans), Wadi Hummus était donc un endroit idéal pour s’étendre.

« Même si nous nous envolons vers la lune, ils nous suivront et nous expulseront »

- Ghaleb Abu Hadwan, habitant

Au fur et à mesure de l’agrandissement de sa famille, Abu Hadwan, ses enfants et ses petits-enfants se sentaient étouffés dans la minuscule zone de 15*7 mètres du camp de réfugiés de Shuafat qui leur avait été attribuée après leur expulsion de la vieille ville de Jérusalem en 1967.

Ils ont donc regardé un peu plus au sud, à Wadi Hummus, où les permis de construire de l’AP étaient beaucoup plus faciles à obtenir.

Mais en 2003, au plus fort de la deuxième Intifada, Israël a commencé à ériger son mur de séparation juste à côté des terres d’Abu Hadwan.

En 2011, Israël a interdit toute construction dans un périmètre de 100-300 mètres des deux côtés de la barrière sous prétexte de créer une zone tampon de sécurité.

Dans la région de Sur Baher, à Wadi Hummus, 200 bâtiments se trouvent dans cette zone tampon, dont la moitié ont été construits avant la décision de 2011, selon l’ONU.

Aujourd’hui, la maison d’Abou Hadwan est menacée. « Même si nous nous envolons vers la lune, ils nous suivront et nous expulseront », a-t-il dit en pointant le ciel du doigt.

Le bâtiment de Mohammed Abu Tair à Wadi Hummus, menacé de démolition (MEE/Hanadi Alqawasmi)
Le bâtiment de Mohammed Abu Tair à Wadi Hummus, menacé de démolition (MEE/Hanadi Alqawasmi)

Hamadeh Hamadeh, chef du Conseil des services de Sur Baher-Wadi Hummus, a déclaré que l’armée israélienne n’avait quasiment pas tenter de faire respecter les restrictions de construction depuis 2011.

« Lorsque l’armée a vu de nouvelles constructions, les propriétaires n’ont été interrogés que sur leurs permis de construire », a-t-il déclaré à Middle East Eye.

C’est une plainte reprise par Alaa Hamid Amira (39 ans), dont la maison a été détruite ce matin.

« Pendant que je construisais, l’armée venait tout le temps observer l’avancement des travaux. Ils entraient sous prétexte de vérifier que les ouvriers avaient les bons papiers et ils n’ont jamais dit que c’était illégal », a-t-il affirmé à MEE.

« C’est pourquoi j’ai été surpris quand j’ai trouvé un avis de démolition collé à ma porte en 2017. »

Alaa Hamid Amira dit avoir dépensé 400 000 shekels (environ 100 000 euros) pour construire sa maison. « C’était le fruit de vingt années d’économies. Maintenant, […] je vais me retrouver sans rien. »

Bataille judiciaire

Le 11 juin, la Cour suprême confirmant les démolitions, Israël a ordonné aux Palestiniens de Wadi Hummus de démolir leurs maisons dans les 30 jours.

Afin d’arrêter les bulldozers et d’empêcher dix-sept Palestiniens, dont neuf enfants, de se retrouver à la rue, un appel a été déposé auprès de la Cour suprême israélienne pour demander une prolongation de 60 jours.

Cela a été refusé vendredi, bien que les habitants se soient vus offrir un jour de plus pour procéder eux-mêmes aux démolitions avant que les autorités israéliennes ne démolissent les bâtiments et en facturent les frais aux Palestiniens.

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Les habitants ont engagé tous les moyens possibles pour arrêter les démolitions.

À un moment donné des deux années de procédure judiciaire, les juges ont demandé aux Palestiniens de soumettre leurs propositions pour une mesure alternative qui assurerait la sécurité du mur israélien.

Les habitants ont ensuite recueilli suffisamment d’argent pour embaucher un expert israélien en sécurité, qui s’est rendu sur place et a élaboré d’autres recommandations.

Parmi les suggestions faites par cet expert figuraient l’augmentation de la taille du fil barbelé sur la barrière de séparation, l’installation d’un plus grand nombre de caméras dans la zone et l’ajout de systèmes de surveillance électronique modernes. Les juges ont refusé la proposition.

« Au tribunal, ils ont refusé toute suggestion de sécurité alternative à la démolition, comme garder toutes les fenêtres faisant face à la barrière fermées », a déclaré à MEE Maître Haitham al-Khatib, qui représente les habitants.

« Il est clair qu’ils [voulaient] seulement procéder aux démolitions dès que possible. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation et mis à jour.