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Démission choc en Tunisie à sept mois des élections municipales

Chafik Sarsar, président de l'Instance électorale tunisienne chargée de préparer les élections législatives du 17 décembre prochain, a démissionné ce mardi avec deux autres membres de l'organisation. Une nouvelle crise qui éclate dans un contexte politique tendu
La démission choc de Chafik Sarsar, président de l'Instance électorale tunisienne, une personnalité respectée, a pris de court l'ensemble du pays et fait l'effet d'un coup de tonnerre dans un contexte politique et social tendu (AFP)
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TUNIS - Le président de l'Instance électorale tunisienne, Chafik Sarsar, a démissionné ce mardi avec fracas à sept mois des premières municipales de l'après-révolution, en laissant entendre qu'il ne pouvait plus travailler de manière « impartiale » et « transparente ».

Créée après la chute de la dictature en 2011, l'Instance supérieure indépendante électorale (ISIE) est chargée de préparer la tenue de ce scrutin essentiel pour la poursuite du processus démocratique dans l'unique pays rescapé du Printemps arabe. L'Instance jouit d'une solide réputation, après avoir déjà mené à bien les législatives et la présidentielle de 2014.

La démission choc de son patron, une personnalité respectée, a pris de court l'ensemble du pays et fait l'effet d'un coup de tonnerre dans un contexte politique et social tendu.

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Elle intervient alors que les spéculations vont bon train à la veille d'un discours du président Béji Caïd Essebsi, dont la teneur n'est pas connue.

« C'est une surprise pour tout le monde. Nous regrettons cette décision (...), nous ne savons pas ce qui s'est passé », a affirmé à la radio Shems FM une conseillère du président, Saïda Garrach.

Mais « quelle que soit la raison de cette démission, c’est un fait grave qui aura d’importantes répercussions », a réagi auprès de l'AFP l'analyste Selim Kharrat. « L’ISIE est l’une des rares instances institutionnelles indépendantes de la nouvelle Tunisie », a-t-il relevé.

« Nous avons été contraints à cette démission »

Chafik Sarsar a annoncé son départ ainsi que celui du vice-président de l'ISIE, Mourad Ben Mouelli, et d'une autre membre, Lamia Zargouni, lors d'une conférence de presse.

« Conformément au serment » d'après lequel « nous nous engageons à œuvrer à des élections libres et transparentes, et à mener notre devoir avec indépendance et impartialité (...), nous avons décidé de démissionner », a déclaré Chafik Sarsar, la voix tremblante.

« Nous avons été contraints à cette démission », a-t-il ajouté, en évoquant des conflits internes « touchant aux valeurs et principes sur lesquels se fonde la démocratie ».

Début avril, la date des élections municipales, objet de nombreux reports, a enfin été fixée par l’Instance électorale (ISIE) au 17 décembre prochain (AFP)

Chafik Sarsar n'a pas donné plus de détails et n'était pas joignable par la suite.

Sollicitée par l'AFP, Lamia Zargouni s'est, elle, contentée d'évoquer de « grands conflits au sein » de l'Instance.

Sur la radio Mosaïque FM, un autre membre de l'ISIE, Nabil Baffoun, s'est pour sa part dit « aussi surpris que tout le monde », assurant que les différends pouvaient être résolus et appelant Chafik Sarsar à « revenir sur sa décision ».

Mais sous le couvert de l'anonymat, un autre membre de l'ISIE a expliqué les démissions par le fait que certains membres « veulent orienter le travail vers des intérêts précis ». Et un employé de l'Instance, sortant d'une réunion avec Chafik Sarsar peu après son point de presse, a dit à l'AFP que ce dernier refusait d'être « témoin de fraudes ».

Chafik Sarsar a mis tout son poids au cours des derniers mois pour tenter d'accélérer la tenue des premières élections municipales de l'après-révolution en Tunisie.

Attendues de longue date afin de consolider la transition démocratique, elles ont finalement été fixées au 17 décembre.

Un contexte politique tendu

Le « choc » de sa démission vient s'ajouter à « un contexte politique déjà tendu, avec une nouvelle tentative de la présidence de la République de faire passer un projet de loi décrié sur la réconciliation (...) et un récent remaniement », a souligné Selim Kharrat. « On est dans une situation qui n’est pas sereine », a-t-il jugé.

Si la Tunisie est parvenue jusque-là à faire avancer sa transition démocratique, elle reste engluée dans la morosité économique et sociale.

Entré en fonctions il y a moins d'un an, le gouvernement de Youssef Chahed est à son tour confronté à la montée de mouvements sociaux de protestation, comme à Tataouine (sud), Kairouan (centre) ou encore au Kef (nord-ouest).

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Mardi, Youssef Chahed a indiqué qu'il réunirait les partis et organisations signataires de l'« accord de Carthage » ce jeudi. Conclu en 2016, cet accord a permis la formation de son gouvernement dit « d'union nationale ».

Le mois dernier, Youssef Chahed a été contraint de se séparer de deux ministres (Finances et Éducation). Et pour la première fois, il a lui-même fait l'objet de rumeurs de démission, toutefois rapidement balayées.