Aller au contenu principal

Le scandale des saisonnières exploitées en Andalousie oblige les autorités marocaines à réagir

Les Marocaines recrutées pour la récolte des fraises en Andalousie, qui ont accusé leurs employeurs de viols, agressions sexuelles et séquestration, ont réussi à mobiliser les syndicalistes, la justice espagnole, les médias et les autorités marocaines
Viol, agressions sexuelles, exploitation, séquestration... Les Marocaines des champs de Huelva ont déposé des plaintes collectives (Twitter/@SAT_nacional)
Par

RABAT – L'affaire a été révélée le 20 avril par la version allemande du site Buzzfeed News. Dans son enquête, le site rapportait, témoignages à l'appui, que des Marocaines travaillant à la cueillette des fraises en Espagne avaient été victimes de viols, d'agressions sexuelles et de harcèlement de la part de leurs superviseurs. 

Les témoignages sont nombreux et concordants : une mère de famille âgée de 36 ans dont le passeport a été saisi par son superviseur pour la forcer à avoir des relations sexuelles, une femme de 37 ans violée dans son dortoir ou encore des femmes mariées licenciées pour avoir résisté à leurs agresseurs. 

Traduction : « URGENT : le SAT (l’Union des travailleurs andalous) dénonce la tentative de séquestration de plus de 300 femmes qui ont dénoncé hier leurs conditions devant la Guardia civil »

Dans une première réaction à l'affaire, le ministère marocain de l'Emploi avait soutenu qu’aucun cas de violence sexuelle n’avait été constaté. Le démenti avait alors été critiqué par une partie de la presse, ainsi que par des syndicats marocains. 

L’Organisation démocratique du travail (ODT), une centrale syndicale proche du Parti authenticité et modernité (PAM), avait accusé le ministre de chercher à étouffer l'affaire.

La réaction des autorités espagnoles, qui ont procédé à une première arrestation le 25 mai, a poussé le ministère de l'Emploi à revoir sa copie et à s'aligner sur l'enquête en cours en Espagne. 

Dans une déclaration au site du Parti de la justice et du développement (PJD), Mohamed Yatim a indiqué que son département était « vigilant » et « mobilisé » pour protéger les droits des Marocaines travaillant comme saisonnières en Espagne. 

La presse espagnole rapporte que l'individu arrêté est un superviseur espagnol âgé de 47 ans, qui sera poursuivi en état de liberté conditionnelle. 

Traduction : « Situation scandaleuse des employées immigrées dans les champs de Huelva. À Equo [parti politique espagnol écologiste], nous exigeons qu’une enquête soit ouverte sur ces faits, que les responsabilités soient examinées, et que les conditions personnelles et de travail de ces femmes soient dignes et légales. Comment ils auraient toujours dû l’être »

Selon les informations obtenues par le site marocain Yabiladi auprès du consulat de Séville, plusieurs plaintes ont été déposées par les victimes présumées, ce qui laisse penser que d'autres suspects devraient vraisemblablement être entendus par les autorités espagnoles.

L'entreprise Doñana 1998 d’Almonte aurait, en représailles contre les plaintes collectives déposées par les victimes présumées, menacé les Marocaines qui travaillent comme saisonnières d'expulsion du Maroc, selon la revue espagnole La Mar de Onuba

Le média rapporte que celles-ci auraient également été retenues contre leur gré par l'entreprise et menacées d'expulsion. Elles auraient également été empêchées de se rendre aux postes de police.

Traduction : « Plus de 100 femmes saisonnières et immigrées dénoncent l’exploitation qu’elles subissent lors de la campagne agricole de #Huelva. Les fraises que nous mangeons ont le goût de la précarité, de l’esclavage et des abus sexuels »

La Mar de Onuba, qui cite les avocats des victimes présumées et le syndicat d'agriculteurs l’Union des travailleurs andalous (SAT), souligne que l'objectif est de les empêcher d'entériner leurs accusations auprès du juge d'instruction. La Mar de Onuba rapporte que la Guardia civil (police espagnole à statut militaire) est intervenue dimanche pour empêcher un bus de quitter les lieux.

Contacté par Middle East Eye au sujet des mesures qui seront prises par son département, le ministre marocain de l'Emploi Mohamed Yatim n'a pas répondu à nos sollicitations.

Une source au ministère marocain des Affaires étrangères indique que le département suit l'affaire de près.

Traduction : « Le visage le plus abominable du capitalisme et du patriarcat (pardonnez la redondance) : des saisonnières marocaines qui viennent travailler en Espagne, en plus d'être exploitées au travail, subissent des viols et des abus sexuels. Merci à @SAT_nacional de l'avoir dénoncé »