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Le Yémen plonge dans le chaos, et le monde se contente d'observer

Plus de 17 million de personnes sont confrontées à des pénuries de nourriture au Yémen, tandis qu’Oman essaye de mettre en place un accord de paix
Salem Abdullah Musabih, six ans, est allongé dans un service de soins intensifs dédié à la malnutrition à Hodeida, ville portuaire au bord de la Mer rouge, en octobre dernier (AFP)

Le Yémen est un pays qui s'effondre en raison de la guerre, de la famine et d'une épidémie meurtrière de choléra, a dénoncé mardi le chef des opérations humanitaires de l'ONU.

« Le temps est venu » de mettre fin à la plus grande urgence alimentaire au monde et de ramener le Yémen sur le chemin de la survie, a déclaré Stephen O'Brien devant le Conseil de sécurité de l'ONU.

« Les habitants au Yémen sont soumis aux privations, à la maladie et à la mort sous les yeux du monde entier »

- Stephen O’Brien, chef des opérations humanitaires de l’ONU

« La crise n'est pas en train de venir, elle n'est pas imminente, elle est là aujourd'hui sous nos yeux, et les gens ordinaires en paient le prix », a ajouté le secrétaire général adjoint de l'ONU chargé des Affaires humanitaires.

« Les habitants au Yémen sont soumis aux privations, à la maladie et à la mort sous les yeux du monde entier », a-t-il dénoncé.

La crise s'intensifie jusqu'à « l'effondrement social, économique et institutionnel complet » de ce pays pauvre, selon le responsable de l'ONU.

Le Conseil de sécurité a échoué à rapprocher les deux parties pour mettre fin à la guerre civile qui ravage le pays depuis deux ans.

Plus de 8 000 personnes sont mortes depuis le lancement en mars 2015 d'une campagne militaire par plusieurs pays conduits par l'Arabie saoudite contre les rebelles houthis soutenus par l'Iran, qui contrôlent la capitale Sanaa.

Depuis le début du conflit, 17 millions de personnes sont confrontées à des pénuries de nourriture, dont près de 7 millions sont proches de la famine, dans un pays très dépendant de l'importation de nourriture.

Le choléra se répand

En outre, depuis la fin avril, une épidémie de choléra a tué 500 personnes et en a contaminé 55 206 autres, dont un tiers d'enfants, selon l'ONU. La maladie pourrait encore toucher quelque 150 000 personnes dans les six prochains mois.

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Après que le gouvernement soutenu par l’Arabie saoudite a déménagé la banque centrale de Sanaa à Aden, plus d’un million de fonctionnaires n’ont pas reçu leurs salaires, ce qui a conduit davantage de familles à la famine.

Stephen O'Brien a critiqué la coalition militaire conduite par l'Arabie saoudite qui menace d'attaquer le port d'Hodeida tenu par les rebelles, pourtant vital pour les importations du Yémen. Il a aussi critiqué les délais d'autorisations pour les navires, qui sapent la confiance des négociants.

« Étant donnée la hausse des coûts, les principales compagnies maritimes non seulement évitent les ports de la Mer rouge, mais privent les Yéménites de la nourriture et du carburant dont ils ont désespérément besoin », a expliqué le responsable de l'ONU.

De retour de la région, l'émissaire de l'ONU pour le Yémen, Ismail Ould Cheikh Ahmed, a rapporté qu'aucun progrès n'avait été obtenu pour relancer des négociations de paix ou obtenir un accord pour le port de Hodeida.

« Je ne cacherai pas à ce Conseil que nous ne sommes pas proches d'un grand accord », a-t-il déclaré.

La semaine dernière, 22 organisations humanitaires et de droits de l'homme au Yémen, dont Save the Children, l'International Rescue Committee et Oxfam, avaient déjà sonné l'alarme, exhortant le Conseil de sécurité à « agir de façon décisive » dans ce pays.

Oman médiateur

Entretemps, il est apparu tard mardi soir qu’Oman agit en tant que médiateur entre le gouvernement du président yéménite Abd-Rabo Mansour Hadi et ses adversaires houthis dans le cadre d’un plan de l’ONU de relancer les pourparlers de paix dans le pays en guerre, selon une source gouvernementale yéménite.

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Le responsable gouvernemental, qui a parlé à Reuters sous couvert d’anonymat, a déclaré que le ministre des Affaires étrangères yéménite Abdel-Malek al-Mekhlafi était à Muscat à l’invitation d’Oman pour discuter des façons de remédier aux différents avec les Houthis, qui contrôlent la capitale Sanaa avec leurs alliés, par rapport aux plans présentés par l'émissaire de l'ONU pour le Yémen.

Les plans, présentés par l'émissaire de l'ONU pour le Yémen Ismail Ould Cheikh Ahmed lors d’une tournée dans la région la semaine dernière, comprennent des mesures de confiance telles que donner le contrôle la ville portuaire d’Hodeida à un parti neutre, ouvrir l’aéroport de Sanaa aux civils, et payer les salaires des fonctionnaires.

Oman a confié à Mekhlafi que les Houthis seraient prêt à accepter ce plan, et a insisté sur le fait qu’il fallait commencer par payer les salaires des fonctionnaires.

« Les désaccords sur Hodeida se centrent principalement sur l’identité du parti neutre qui dirigera le port », a déclaré le responsable gouvernemental a Reuters.  

Un enfant contaminé par le choléra est traité dans le hall de l’hôpital al-Sabeen (MEE/Mohammed Hamoud)

Oman maintient de bonnes relations avec les Houthis, qui se sont emparés de Sanaa en 2014 lors d’une campagne qui a fini par forcer Hadi à fuir vers l’Arabie saoudite en 2015 et avec son gouvernement. L’État du Golfe arabe a souvent agi en tant que médiateur au niveau des affaires internationales, et a notamment facilité des pourparlers entre l’Iran et les États-Unis.

Le gouvernement de Hadi, qui a remporté quelques victoires sur le champ de bataille après des mois d’impasse, a menacé d’attaquer Hodeida, ville par laquelle entrent la plupart des vivres alimentaires et humanitaires, si les Houthis n’acceptaient pas de donner le contrôle du port à des observateurs neutres.

Les Houthis ont demandé de leur côté que la coalition menée par l’Arabie saoudite qui contrôle l’espace aérien du Yémen autorise la réouverture de l’aéroport de Sanaa, et que la banque centrale yéménite paye les salaires des fonctionnaires, impayés depuis plusieurs mois.