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Les réseaux sociaux arabes se moquent de Mohammed ben Salmane, surnommé « l’ours errant »

La récente purge en Arabie saoudite a inspiré les réseaux sociaux. Mohammed ben Salmane y a hérité d'un surnom insolite de bête à fourrure qui fait le buzz
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L’ours Yogi s’enfuyait souvent avec un panier de pique-nique. L’ours Paddington ferait n’importe quoi pour un sandwich à la marmelade. Désormais, selon les réseaux sociaux arabes, il y a un « ours errant » en Arabie saoudite, qui aime envahir les pays des autres et limoger leurs Premiers ministres.

Depuis la purge du 4 novembre en Arabie saoudite, le surnom al-dub al-dasher explose sur les réseaux sociaux parmi les utilisateurs du Golfe qui l’utilisent pour se moquer du prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS).

La traduction littérale de al-dub al-dasher est « ours errant », un animal perdu qui vagabonde, une sorte de naufragé. Dans les médias anglophones, selon la traduction libre de The Economist, « ours errant » est devenu un « gros crumpet », en référence à la pâtisserie grillée, faite de farine et de levure, qui accompagne le thé ou le petit-déjeuner au Royaume-Uni… mais qui ne fait pas vraiment partie du régime alimentaire du Machrek ou du Golfe.

« Ours errant », le surnom donné par les satiristes saoudiens à Mohammed ben Salmane, a été traduit par « gros crumpet » par les médias anglophones (Pinterest/Reuters)

Qu’il s’agisse d’un animal ou d’une pâtisserie, le surnom de MBS a été inventé par le Youtuber saoudien Ghanem al-Dosari. Chaque semaine, il diffuse le « Ghanem Show » et le fait, selon ce qui se dit, depuis le nord de Londres, après avoir fui le royaume en 2003 – il avait alors critiqué le gouvernement.

Ces jours-ci, son show sur YouTube attire des millions de visiteurs des pays du Golfe. En utilisant un langage imagé, il utilise l'humour pour parler des allégations de corruption qui touchent MBS et son entourage.

Dans le « Ghanem Show », le roi Salmane est « Salamanco ». Quant au Royaume d’Arabie saoudite, il est appelé al-Mahlakeh al-Saudia, l’enfer d’Arabie saoudite.

MBS, qui est souvent présenté comme un gros bébé en couches avec un biberon de lait, devient parfois « Hammoud », une version bébé de Mohammed. D’autres fois, il est Abou Sirwaleen, ce qui signifie « sous-vêtements doublés ».

En novembre 2016, lorsqu’il a, pour la première fois, évoqué al-dub al-dasher, al-Dosari a expliqué que, ces 90 dernières années, la famille royale avait traité le peuple saoudien comme « un troupeau de moutons ».

« Ils ont dirigé les gens au nom de l’islam et de la charia alors qu’ils sont corrompus. Ils ont volé notre argent, nos rêves et notre futur en nous disant que c’était à eux. Ils tuent, torturent et arrêtent les innocents et nous disent ensuite que ce sont des vagabonds. »

Il a ajouté : « Mon maître, al-dub al-dasher, a un gros ventre qui pourrait contenir toutes les amendes prélevées sur les moutons [le peuple] et sur ceux qui seront amenés à devenir des moutons [les responsables saoudiens]. »

Mais c’est l’ours au gros ventre qui s’est fait attraper.

Les utilisateurs de Twitter et de Facebook se sont emparés du surnom et l’ont fait tourner, une tendance qui s’est accentuée après la campagne anti-corruption au cours de laquelle onze princes et des dizaines de responsables et d’hommes d’affaires saoudiens ont été arrêtés et détenus au Ritz-Carlton de Riyad.

Traduction : « Il y a des princes auxquels al-dub al-dasher a demandé de renoncer à la moitié de leur fortune pour qu’ils soient relâchés. Je n’ai jamais vu une telle insolence. »

Traduction : « Préparez votre demande d’asile ! Votre passeport saoudien ne vous sauvera pas quand al-dub al-dasher va vous arrêter. »

Certains médias arabes ont même utilisé ce surnom dans leurs éditos. Parmi eux, le site d'informations palestinien Arab48, qui dépeint l’Arabie saoudite comme un royaume égaré entre les mains du prince héritier de 32 ans.

« Arabie saoudite : qui peut arrêter al-dub al-dasher ? », un édito d’Arab48, publié le 5 novembre 2017 (capture d’écran)

Middle East Eye a contacté al-Dosari pour comprendre comment l'inspiration lui est venue pour inventer ce surnom à la mode, mais il n'a pas répondu à temps avant la publication de ce papier. Il était probablement parti à la chasse à l'ours. 

Traduit de l'anglais (original).

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