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Manifestations à Gaza alors que le déficit de l’ONU menace de retarder la rentrée scolaire

Avec un déficit budgétaire de plus de 90 millions d’euros, l’éducation n’est qu’un des nombreux programmes gérés par l’ONU en faveur des Palestiniens susceptible d’être affecté
« Nous ferons tout notre possible pour jouir de nos droits », affirme l’affiche d’une écolière (MEE/Mohammed Asad)

GAZA – Les parents d’élèves ont jeté des chaussures et des œufs sur les portes des bureaux de l’ONU mardi pour protester contre un retard prévu de la rentrée scolaire, l’un des nombreux services que les habitants craignent de voir affectés par un important manque de moyens.

Des manifestations ont eu lieu dans l’ensemble de l’enclave côtière au cours des dernières semaines en raison du mécontentement du public face aux coupes effectuées dans les programmes financés par l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA).

Alors que les besoins financiers des réfugiés palestiniens dans la région augmentent de 6,5 % par an, le budget de l’UNRWA n’augmente quant à lui que d’1 % chaque année, selon le porte-parole de l’UNRWA, Adnan Abu Hasana.

Aujourd’hui, l’Office dit avoir besoin de plus de 90 millions d’euros pour financer les services et les programmes qu’il fournit actuellement aux Palestiniens, y compris les écoles.

Mardi, des parents d’élèves ont jeté des chaussures sur les portes des bureaux de l’ONU dans la ville de Gaza (MEE/Mohammed Asad)

Jusqu’à 700 écoles gérées par l’ONU à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Syrie et en Jordanie pourraient fermer en raison du manque d’argent, affectant près de 500 000 écoliers palestiniens, dont près de la moitié dans la bande de Gaza, selon Abu Hasana.

« Jusqu’à présent, la fermeture d’écoles n’a pas été officiellement décidée », a-t-il déclaré à Middle East Eye. « Toutefois, le déficit budgétaire pourrait nous empêcher d’ouvrir les écoles et d’accueillir les élèves l’année prochaine. »

Coupes générales

Les réductions des services de l’UNRWA auront des répercussions considérables non seulement sur les écoliers, mais aussi sur l’ensemble de la population de Gaza, dont 80 % dépend dans une large mesure de l’aide fournie par l’Office.

À Rafah, Safa Hlail (42 ans) a dit craindre la réduction des programmes de santé et d’alimentation dans la bande de Gaza en conséquence de cette crise budgétaire.

La distribution occasionnelle par l’UNRWA d’une allocation d’environ 20 euros pour les écoliers a déjà cessé, tout comme la distribution de rations alimentaires quotidiennes aux élèves souffrant de malnutrition.

« Avant de réduire les aides, ils doivent réaliser qu’il y a des gens comme moi qui ne peuvent payer de médicaments ou de la nourriture », a déclaré Safa Hlail, dont le mari a été blessé au cours de la guerre de 2008 et est cloué au lit depuis lors.

« Nous recevons régulièrement une aide pécuniaire de la part de l’UNRWA pour nous aider à faire face aux nécessités quotidiennes », a-t-elle déclaré.

« Sans l’UNRWA », a-t-elle ajouté, « nous ne pourrions pas nous en sortir ni survivre. »

« La rue ne leur apprendra rien »

Les parents et les éducateurs craignent les conséquences à long terme de la fermeture des écoles gérées par l’ONU.

« Si mes enfants ne vont pas à l’école, qu’est-ce qu’ils vont faire ? », a demandé Hani Abu-Lebda.

L’intérieur d’une école de l’UNRWA dans la ville de Gaza (MEE/Mohammed Asad)

« Être dans la rue ne leur apprendra rien », a affirmé Abu-Lebda à MEE, ajoutant qu’il craignait que, sans éducation, les enfants se laisseront entraîner dans des groupes et activités radicaux.

Sur les réseaux sociaux, ainsi que parmi les enseignants qui ont participé aux grandes manifestations dans le camp de réfugiés de Jabalyia, des signes indiquent que l’UNRWA offrira un congé sans solde aux enseignants de ses écoles.

Suhail al-Hindi, à la tête du syndicat des enseignants, a déclaré que retarder le début de l’année scolaire était hors de question.

« L’éducation est primordiale », a-t-il déclaré. « Nous ne pouvons en aucun cas laisser la rentrée scolaire être reportée et nier le droit des enfants à l’éducation. »

Financier ou politique ?

Réduire les services essentiels ne détériorera pas seulement la situation déjà difficile de ceux qui vivent dans la bande de Gaza, mais pourrait également accélérer une explosion de la tension qui s’est accumulée en raison du siège permanent et des lenteurs de la reconstruction suite à la guerre de l’été dernier.

Fayez Abu-Shamallah, un analyste proche du Hamas, a déclaré que ce déficit budgétaire était « artificiel ». L’objectif final, selon lui, est de retirer la question des besoins des réfugiés de tout accord de paix définitif.

« Il y a des pouvoirs politiques derrière ce déficit budgétaire », a affirmé Abu-Shamallah.

Les partis politiques palestiniens, a-t-il ajouté, ont été trop lents à condamner les mesures d’austérité apparentes de l’UNRWA.

Mahmoud Khalaf, coordinateur des partis nationaux et islamiques palestiniens, a quant à lui affirmé que la réduction des services de l’UNRWA était « injuste » et ne visait qu’à retirer aux Palestiniens des droits qui leur ont été accordés par l’ONU.

« Priver un demi-million d’écoliers de leur droit à l’éducation et les abandonner à un avenir incertain ne fait qu’accroître les souffrances des réfugiés et fait planer un énorme danger d’analphabétisme et d’opportunités perdues », a-t-il déclaré.

Khalaf soutient qu’il appartient à l’ONU et aux donateurs de trouver les fonds nécessaires, et non aux réfugiés qui font face aux dangers du déplacement et de la migration depuis soixante ans.

Un représentant du Hamas, Khalil al-Haya, a déclaré que son mouvement était préoccupé par le déficit de l’UNRWA, qu’il considère comme étant tout aussi grave que le blocus de Gaza. Cependant, il ne pense pas que le déficit de 90 millions d’euros devrait engendrer de telles coupes dans la fourniture de services.

« Le problème de l’UNRWA relève davantage d’une question politique que financière. La réduction des services est destinée à porter un coup à la question des réfugiés palestiniens », a déclaré al-Hayya.

Si le problème persiste, d’autres manifestations seront probablement organisées dans la bande de Gaza. Samira Abd Elaleem, leader syndicaliste, a prévenu les groupes de femmes activistes à Rafah de ne pas laisser les coupures affaiblir la lutte des réfugiés palestiniens.

« S’il vous plaît, ne laissez pas passer ça », a déclaré Elaleem. « La cause des réfugiés est confrontée à une vaste et dangereuse conspiration. Nous devons nous révolter. »
 

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.