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Maroc : les manifestations continuent, les arrestations aussi

La situation des militants du hirak et des journalistes qui couvrent les manifestations du Rif préoccupent les associations de défense des droits de l'homme
Les forces de sécurité se saisissent d'un manifestant, à Rabat, le 20 juin 2017, lors d'une manifestation de soutien au Rif (AFP)

Des centaines de personnes ont manifesté dans la nuit de lundi à mardi dans la province d'Al Hoceima pour réclamer la libération des détenus arrêtés dans cette région du nord du Maroc secouée par un mouvement de contestation, ont indiqué mardi des militants.

Dans le même temps, dans la capitale Rabat, les forces de l'ordre ont empêché un rassemblement de quelques dizaines de protestataires qui manifestaient en solidarité avec le mouvement à Al Hoceima. 

Depuis près de huit mois, un mouvement de contestation, le hirak, secoue la ville d'Al Hoceima, chef-lieu de la province du même nom, pour protester contre « l'État corrompu » et la marginalisation de la région du Rif où se trouve la province.

Avec la multiplication depuis fin mai des manifestations dans la ville d'Al Hoceima, épicentre de la contestation, la police a arrêté plus d'une centaine de personnes dont les principaux meneurs du mouvement, poursuivis pour « atteinte à la sécurité de l'État ».

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À Imzouren, une cité de 40 000 habitants à une quinzaine de kilomètres de la ville d'Al Hoceima, quelques centaines de personnes se sont rassemblées en soutien au hirak, a indiqué un militant local, joint au téléphone par l'AFP. Ils ont notamment appelé à la « libération des prisonniers politiques ». 

Dans la ville même d'Al Hoceima, les manifestations sont devenues plus rares, car « la police a verrouillé toute la ville empêchant désormais les gens de se rassembler », selon un habitant.

La situation des journalistes préoccupante

Trois nouveaux membres du hirak ont été arrêtés dans la nuit de lundi à mardi à Al Hoceima, a indiqué un militant des droits de l'homme sous couvert de l'anonymat. 

De plus, deux militants dont une mineure ont été convoqués par la police « pour signer un engagement à ne plus manifester », avant d'être relâchés, d'après lui. Une trentaine des personnes arrêtées doivent être entendues par les juges, selon Me Rachid Benali, coordinateur du Comité de défense des détenus d'Al Hoceima.

La situation des militants n’est pas la seule à inquiéter les associations de défense des droits de l'homme : celle des journalistes préoccupe aussi la corporation marocaine et Reporters sans frontières (RSF).

Après l’arrestation de sept journalistes à la tête de sites d’information locaux ou de pages sur les réseaux sociaux traitant de l’actualité à Al Hoceima – Ahmed al-Asrihi et Jawad al-Sabry, du média en ligne Rif 24, Abd Al Ali Haddou d’Araghi TV, Houssein al-Idrissi de Rif Press, Rabie al-Balq, correspondant de Badil dans la province d’Al Hoceima, El Mortada Lamrachen et Fouad Assaidi de la page Awar TV – des journalistes et des activistes marocains ont diffusé une pétition pour réclamer, entre autres, leur « libération immédiate ».

« Ils se trouvent aujourd'hui en détention préventive à Casablanca, et risquent de lourdes peines de prison vu qu'ils sont poursuivis sur la base du Code pénal. Ces poursuites à l'encontre de journalistes professionnels et de journalistes citoyens s'inscrivent en violation flagrante des conventions internationales et des lois marocaines qui garantissent la liberté d'opinion et d'expression, ainsi que la liberté de la presse et le droit d'accès à l'information », précise le texte.

Pour RSF, « les chefs d’accusation retenus contre eux sont inconnus à ce jour. Il est à craindre que leur arrestation survenue au même moment que celles de militants du mouvement hirak ne mène à des poursuites pénales qui n’ont rien à voir avec leurs activités journalistiques ».