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« Je serai libre seulement quand », la liberté rêvée par des artistes arabes

Le spectacle #DDX, organisé par le groupe de production Munathara (Débat), a été créé dans la foulée des révoltes arabes de 2011
Des danseurs répètent sur le plateau du spectacle de talents #DDX à Hammamet, à environ 65 kilomètres au sud-est de la capitale tunisienne, le 24 juin 2022 (AFP/Sofiene Hamdaoui)
Des danseurs répètent sur le plateau du spectacle de talents #DDX à Hammamet, à environ 65 kilomètres au sud-est de la capitale tunisienne, le 24 juin 2022 (AFP/Sofiene Hamdaoui)
Par
HAMMAMET, Tunisie

Chansons, danses, poèmes avec un brin d’humour. Dans un théâtre en plein air en bord de mer en Tunisie, des jeunes Arabes ont exprimé par l’art leur vision d’une liberté qui fait souvent défaut dans leurs pays.

Le spectacle, organisé ce weekend dans la station balnéaire de Hammamet au sud de Tunis et retransmis en direct par douze chaînes de télévision arabes, mettait à l’honneur les lauréats d’un concours en ligne consistant à compléter par une expression artistique la phrase débutant par : « Je serai libre seulement quand… »

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Connu sous le nom de #DDX, le show est organisé par le groupe de production Munathara (Débat), créé dans la foulée des révoltes de 2011 du Printemps arabe qui ont suscité de grands espoirs de démocratie dans une région à la population très majoritairement jeune.

La cérémonie, la quatrième du genre, s’est paradoxalement déroulée en Tunisie, berceau du Printemps arabe, au moment où sa jeune démocratie vacille depuis le coup de force du président Kais Saied qui s’est arrogé les pleins pouvoirs en juillet 2021.

Cet évènement vise « à susciter des échanges indispensables sur les droits, les libertés et le changement sociétal dans le monde arabe », explique à l’AFP le fondateur algéro-allemand de Munathara, Belabbas Benkredda, 43 ans.

Les « grands espoirs » suscités par le Printemps arabe se sont estompés avec une reprise en main autoritaire ou des conflits civils et « l’optimisme a cédé la place au cynisme, y compris chez les jeunes », regrette-il.

Selon lui « la génération Z du monde arabe a atteint sa maturité politique dans un contexte de désespoir et de division sociale ». 

« Résistez ! »

« La liberté des jeunes est restreinte et pas seulement dans le monde arabe », opine le réfugié syrien et comédien de stand-up Mohamed al-Kurdi, 22 ans, l’un des vingt lauréats présents à la cérémonie. 

Assis au bord de la scène illuminée par des projecteurs pendant une pause, M. Kurdi, dont le compte TikTok « MidoKrdi » compte plus de 2,3 millions d’abonnés, aborde dans ses sketchs « les limites qu’on s’impose, la peur de l’échec et la peur du succès : ces choses qui freinent notre liberté ».

Dans ce spectacle, il s’est associé à la Libanaise Dana Ali Makki, 22 ans, dans une comédie sur la relation entre une femme et son mari autoritaire.

« Il y a de plus en plus de rébellion contre les coutumes, les traditions, la religion et la société »

- Dana Ali Makki, comédienne libanaise

« Je suis libre quand je peux dire ce que je veux, à haute voix, sans avoir peur de personne. Libre de toutes les restrictions que la société impose, en particulier aux femmes », souligne Dana Ali Makki, originaire de Nabatiyeh, dans le sud du Liban, pour expliquer sa vision de la « liberté ».

En dépit des difficultés, la comédienne estime que les jeunes dans le monde arabe jouissent de davantage de liberté que leurs parents.

« Il y a de plus en plus de rébellion contre les coutumes, les traditions, la religion et la société », souligne-t-elle.

M. Benkredda estime que son show offre un modèle alternatif pour les échanges « dans une région où les débats publics, même sur les droits fondamentaux, peuvent être polarisants, en particulier sur les réseaux sociaux ».

Le concours a également servi de vitrine pour des talents qui montent comme le Palestinien Ahmed al-Qrinawi, venu de la bande de Gaza, enclave sous blocus israélien.

Ce jeune poète de 25 ans a appris, seul, à jouer du luth, dont il a fabriqué un modèle spécial à sept cordes avec l’aide d’un ami charpentier. 

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« Je ne serai libre que lorsque j’aurai un pays normal, où la mort ne me guette pas », dit le premier couplet de sa chanson.

« À Gaza, il n’y a pas de liberté », déplore M. Qrinawi. « La liberté n’est pas une question de nourriture et de boisson. Vous pouvez apporter de la nourriture à un oiseau que vous avez mis dans une cage mais il sera toujours en captivité ».

Pour Mme Makki, l’actrice libanaise, le spectacle était une opportunité de livrer un autre message.

« Vous ne pouvez pas rester chez vous les bras croisés ou garder le silence. Apprenez à dire non à l’oppression et à la répression », dit-elle en montrant un tatouage sur son avant-bras : « Résistez ! ».

Par Paul Raymond.