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Tunisie : l’UGTT suscite la controverse en rencontrant Assad à Damas

Le syndicat tunisien qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 2015 a appelé à soutenir le président syrien dans sa « guerre contre le terrorisme »
Des membres de l'UGTT (Union générale tunisienne du travail) assistent à l'ouverture du 23e congrès du syndicat dans la capitale Tunis (AFP)
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Une délégation de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), le syndicat tunisien qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2015, a suscité la controverse en rencontrant le président syrien Bachar al-Assad.

Selon une déclaration du syndicat, une délégation présidée par le secrétaire général Bouali M'Barki et composée de 21 dirigeants syndicaux a rencontré Assad à Damas ce samedi.

La visite visait à faire preuve de solidarité avec les Syriens dans leur « guerre contre le terrorisme », a précisé le communiqué.

Traduction : « Le syndicat tunisien UGTT rencontre Assad en Syrie. Comment l’UGTT justifie-t-elle cette utilisation des fonds auprès de ses membres ? »

Plus de 3 000 Tunisiens auraient quitté leur pays pour rejoindre l’État islamique (EI) en Irak et en Syrie, le plus grand contingent au monde de combattants étrangers du groupe.

Bachar al-Assad aurait déclaré aux membres de la délégation tunisienne qu'ils ne devaient toutefois pas se sentir responsables des Tunisiens partis combattre son régime en Syrie et que la « position de la Syrie vis-à-vis de la Tunisie n'a[vait] pas changé ».

L'UGTT a exprimé par le passé son opposition à l'intervention étrangère en Syrie. En avril, elle a condamné les frappes aériennes américaines sur la base aérienne de Khan Sheikhun, décrivant la guerre civile syrienne comme « un conflit interne qui ne peut être résolu que par des moyens politiques ».

Elle a également appelé à s'opposer à « la politique d'exportation de terroristes d'un pays arabe à un autre dans le seul but de semer la destruction ».

Le 20 juillet dernier, le parlement tunisien s'est prononcé sur une motion visant à rétablir les liens de la Tunisie avec la Syrie. Cependant, avec 68 voix pour, 27 abstentions et 6 voix contre, le vote n'a pas atteint le quorum de 109 requis pour être validé.

Le libellé de la motion décrivait la restauration des relations avec la Syrie comme étant « conforme au préambule de la Constitution, laquelle réaffirme l’appartenance culturelle et civilisationnelle de la Tunisie à la nation arabe et musulmane ; appelle à l’unité nationale fondée sur la citoyenneté, la fraternité, la solidarité et la justice sociale ; soutient l’Union maghrébine, qui constitue une étape vers l’union arabe et vers la complémentarité entre les peuples musulmans et les peuples africains. »

En avril, le président tunisien Béji Caïd Essebsi avait déclaré qu'il n'était pas opposé à la restauration des liens entre la Tunisie et la Syrie, tout en hésitant à s'engager en faveur du retour de leurs ambassadeurs respectifs.

La Tunisie a rompu ses liens avec la Syrie en 2012 après les manifestations contre le gouvernement Assad et la répression violente qui a suivi. Néanmoins, il a été révélé en janvier dernier que la Tunisie a conservé un bureau chargé de la sécurité à Damas.

En outre, le rétablissement des liens avec le gouvernement syrien pour lutter conjointement contre le flux de combattants est évoqué par la Tunisie depuis 2015.

En avril de cette année-là, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Taïeb Bakouch, avait fait part de son intention de rouvrir un consulat en Syrie et proposé d'inviter l'ambassadeur syrien en Tunisie.

Taïeb Bakouch avait déclaré qu'une présence consulaire en Syrie aiderait son pays à recueillir des informations sur les Tunisiens qui combattent en Irak et en Syrie et dont les autorités craignent le retour dans leur pays, où ils pourraient perpétrer des attaques. Sa déclaration n’avait toutefois pas été suivie d’effets.

Traduit de l’anglais (original).