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Un hacking expliquerait les « fausses informations » disant que Ryad finance la campagne de Clinton

La Jordanie a déclaré qu’un hacker avait posté des propos attribués de façon erronée à Mohammed ben Salmane affirmant que les Saoudiens financent la campagne présidentielle d’Hillary Clinton
Hillary Clinton s’entretient avec l’ex-ministre des Affaires étrangères saoudien, Saoud al-Fayçal (AFP)

Cet article a été revu le mardi 14 juin pour prendre en compte un communiqué de l’agence Petra. L’agence de presse jordanienne a nié avoir enlevé de son site internet un article citant des propos du vice-prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qui aurait déclaré que l’Arabie saoudite était un donateur important de la campagne d’Hillary Clinton.

L’agence de presse officielle jordanienne a affirmé mardi avoir été victime d’un hacking pendant le week-end, quand un article avançant que l’Arabie saoudite était un donateur important de la campagne d’Hillary Clinton pour l’élection à la présidence des États-Unis a fait une brève apparition sur son site internet.

L’agence de presse Petra a publié dimanche sur son site un rapport reprenant des commentaires qualifiés d’exclusifs et attribués au vice-prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Ces commentaires contenaient l’affirmation que Riyad aurait fourni 20 % du financement total de la campagne de la candidate démocrate.

Ce rapport n’est pas resté longtemps sur le site web, bien que l’Institut des affaires du Golfe, basé à Washington, en ait ensuite republié une version en arabe, qui citait des propos du prince Mohammed, selon lesquels l’Arabie saoudite aurait fourni « avec grand enthousiasme » une somme d’un montant non précisé à Hillary Clinton.

Selon ce rapport, le prince Mohammed ben Salmane aurait déclaré : « L’Arabie saoudite a toujours sponsorisé les partis républicain et démocrate américains, et dans la course électorale qui se déroule en ce moment aux États-Unis, elle finance aussi avec grand enthousiasme 20 % du coût de la campagne d’Hillary Clinton, bien que certains événements dans le pays ne montrent pas [sous un jour favorable le soutien par le roi d’une femme à la présidence]. »

Lundi, un porte-parole du Podesta Group, une société américaine de relations publiques, a contacté Middle East Eye pour nous signaler qu’ils collaborent avec la cour royale saoudienne et nous demander de rectifier la première version de notre article, qui affirmait que l’agence de presse jordanienne avait supprimé les extraits des propos du prince Mohammed ben Salmane.

Will Bohlen, spécialiste principal en communications globales – qui, avant d’entrer chez Podesta, était chargé de recherches pour un best-seller sur l’histoire de la présidence de Bill Clinton –, nous a fait parvenir le lien d’un éclaircissement publié par Petra. L’agence de presse jordanienne affirme que le fait qu’elle aurait publié, puis supprimé des propos du prince Mohammed concernant le financement de la campagne d’Hillary Clinton est « entièrement faux et inexact ».

« Dans la soirée du dimanche 12 juin 2016, il s’est produit sur le site web de Petra une défaillance technique qui a duré quelques minutes », a déclaré l’agence de presse jordanienne. « Les systèmes de protection de l’agence ainsi que le service technique l’ont remarqué, et en conséquence ils ont interrompu le système de transmission et le site électronique et sont passés sur le site de rechange.  

« Par la suite il est clairement apparu que la défaillance technique qui s’était produite n’était autre qu’une tentative de hacking du système de transmission de l’agence et de son site web. L’agence a constaté avec surprise que certains organes de presse, ainsi que les médias sociaux, publiaient de fausses informations attribuées à Petra. Ils ont affirmé que Petra avait diffusé une information concernant le vice-prince héritier d’Arabie saoudite et avait ensuite fait disparaître cette information. Ceci est entièrement faux et inexact. »

Aux États-Unis, il est illégal pour un pays étranger de tenter d’influencer les résultats d’élections en finançant des candidats.

Au moment de publier cette rectification, Will Bohlen n’avait pas répondu à la question de savoir si oui ou non l’Arabie saoudite avait contribué financièrement à la campagne présidentielle d’Hillary Clinton.

Les liens entre l’Arabie saoudite et la famille Clinton, y compris au cours de la campagne d’Hillary, sont bien documentés.

L’année dernière, le Podesta Group avait été sollicité par le Centre d’études et des affaires médiatiques de la cour royale saoudienne pour « fournir des « services de relations publiques » à Riyad, moyennant le règlement de 200 000 dollars par mois.

Le Podesta Group a été fondé en 1988 par les frères John et Tony Podesta. John Podesta est le directeur de la campagne d’Hillary Clinton pour la présidence des États-Unis.

L’Arabie saoudite a fait cadeau de millions de dollars à l’organisation philanthropique de la famille Clinton. En 2008, il a été révélé que le royaume du Golfe avait versé entre 10 et 25 millions de dollars à la Fondation Clinton, une ONG créée par Bill Clinton, époux d’Hillary et ex-président des États-Unis.

L’équipe de campagne d’Hillary Clinton n’a pas répondu à une demande de commentaire au moment de la publication de cet article.

Le hacking présumé du site internet de l’agence de presse Petra s’est produit la veille de la visite officielle du prince Mohammed ben Salmane aux États-Unis.

L’agence de presse saoudienne a fait savoir lundi que ce membre éminent de la famille royale devait s’envoler pour Washington où il rencontrerait des fonctionnaires pour discuter des relations entre les États-Unis et l’Arabie saoudite.  

D’après la Saudi Gazette, il séjournera dans la capitale américaine jusqu’au 16 juin avant de se rendre à New York pour des réunions avec plusieurs organismes financiers.

Le prince Mohammed s’entretiendra avec des fonctionnaires américains sur des sujets concernant le Moyen-Orient, et il discutera avec les organismes financiers de sa vision pour diversifier l’économie saoudienne et l’affranchir de sa dépendance à l’égard du pétrole.

Traduit de l’anglais (original) par Maït Foulkes.