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Une trentaine de corps de Palestiniens non restitués par Israël en octobre

Israël refuse de rendre les corps des assaillants palestiniens présumés, en dépit des demandes des familles
Les autorités israéliennes couvrent le corps d’un agresseur palestinien présumé à Jérusalem le 17 octobre 2015 (AA)

Israël détient encore les dépouilles d’au moins 28 Palestiniens qui ont été tués depuis le début du mois d’octobre.

Les corps sont conservés à l’institut médico-légal d’Abou Kabir à Tel-Aviv, tristement connu comme le lieu où un médecin israélien prélevait des organes et des parties du corps de Palestiniens sans demander le consentement de leurs familles.

Plus tôt ce mois, la Knesset a approuvé la proposition présentée par le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan de ne pas rendre à leurs familles les corps des Palestiniens qui auraient été impliqués dans des attaques au couteau.

« La famille du terroriste fait de son enterrement une manifestation de soutien au terrorisme et d’incitation au meurtre », a déclaré Erdan.

La Knesset étudie également sa suggestion d’enterrer ces Palestiniens dans les célèbres « cimetières des chiffres ».

Cimetières secrets

Ces cimetières sont des lieux tenus secrets où Israël enterre les Palestiniens impliqués dans la lutte armée contre les Israéliens. Leurs tombes sont marquées par de petites plaques de métal, portant chacune un numéro d’identification, d’où le nom.

Les corps sont également conservés comme monnaie d’échange pour les futurs échanges de prisonniers.

Le nombre de ces cimetières n’est pas officiellement divulgué par Israël, il en va de même de leur emplacement. Il s’est avéré que le cimetière Amiad près de Safed, dans le nord du pays, et le cimetière Jisr Adam dans la vallée du Jourdain étaient deux de ces cimetières.

En 2013 et 2014, Israël a rendu des corps en signe de bonne volonté lors de la reprise des négociations entre le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne (AP).

Cela a porté à croire, comme cela a pu être rapporté l’année dernière, qu’il y aurait jusqu’à cinq cimetières.

Dans de nombreux cas, les conditions dans lesquelles les corps sont enterrés – comme les plaques métalliques mal fixées qui se détachent en cas de fortes tempêtes – ont conduit à la perte des derniers moyens d’identification et d’autres informations cruciales telles que la date du décès.

Plus de 200 corps non rendus aux familles

On estime qu’Israël retient 268 corps au total (en prenant en compte les morts de ce mois-ci), dont certains depuis plusieurs dizaines d’années. Parmi ces dépouilles figurent des combattants irakiens, jordaniens et marocains.

Plus récemment, on dénombre 19 corps de Gaza datant de l’offensive israélienne de 2014 sur la bande côtière, en plus des corps d’Uday et Ghassan Abu Jamal, les deux cousins qui ont attaqué une synagogue de Jérusalem en novembre dernier.

Salwa Hammad, de la Campagne nationale pour récupérer les corps des martyrs, a déclaré qu’une lettre avait été envoyée au gouverneur militaire israélien de la colonie Bet El au nord de Ramallah pour demander la restitution des corps des Palestiniens tués en octobre, mais qu’elle n’avait reçu aucune réponse.

« Au sein du comité, nous organisons des réunions avec les consuls des différents pays et le bureau des Nations unies afin qu’ils fassent pression sur Israël pour qu’il restitue les corps », a déclaré Hammad à Middle East Eye. « Tous ont condamné cette politique israélienne. »

« Neuf des corps sont de Jérusalem et quinze d’Hébron », a énuméré Hammad. « Un vient du Naqab [désert du Néguev] et un autre de Jénine. Deux sont de Qatna, un village au nord-ouest de Jérusalem. »

« Punition collective »

Dans certains cas, les autorités israéliennes convoquent les familles pour identifier les corps de leurs fils ou filles et leur annoncent que c’est la dernière fois qu’ils les verront. Les corps sont généralement dévêtus sur la scène de l’attaque et placés dans des sacs mortuaires noirs.

Emad al-Faqih, le frère d’Omar al-Faqih (23 ans) qui a été abattu le 17 octobre au check-point de Qalandiya, a déclaré que les Israéliens n’avaient donné aucune information concernant la restitution du corps. Dans un communiqué, l’armée israélienne a déclaré que Faqih avait tenté de poignarder un soldat.

« Les [médecins] israéliens ont appelé mon père le lendemain pour identifier le corps d’Omar », a déclaré Emad à Middle East Eye. « Ils n’ont rien dit au sujet des modalités ou conditions de la restitution du corps. Lorsque mon père leur a demandé d’emmener le corps, ils ont répondu qu’il s’agissait d’une décision politique qui ne leur appartenait pas. »

Omar al-Faqih, dont la famille a découvert après sa mort qu’il avait remporté la première place du tournoi de tennis du championnat des universités palestiniennes, avait obtenu son diplôme en banque et finance avec mention à l’université de Birzeit deux ans plus tôt.

Selon sa mère, il économisait afin de se marier. Le père d’Omar refuse de croire la version de l’armée israélienne, affirmant que le refus de l’armée de rendre publiques les vidéos de la mort de son fils, en particulier dans une zone sous haute surveillance, est pour le moins suspect.

Malgré le suivi des services de liaison de l’Autorité palestinienne et des bureaux de coordination des activités civiles et militaires israéliennes, Emad a exprimé sa frustration face à l’absence de réponse.

« Le refus de restituer les dépouilles est une punition collective pratiquée par Israël, et c’est une politique insensée. Elle va à l’encontre des intérêts de l’occupation », a-t-il dit. « Je ne comprends pas pourquoi ils font cela. Cela ne fait qu’irriter davantage les gens et n’aide pas à apaiser la situation, contrairement à ce qu’ils prétendent. »

Obstination d’Israël à propos de la rétention des corps

Mardi, des milliers de Palestiniens ont manifesté contre la rétention par Israël des corps de onze Palestiniens – à ce moment-là – qui auraient été impliqués dans des attaques au couteau à Hébron.

Les familles ont affirmé qu’elles n’accepteront pas la remise des corps de leurs enfants individuellement, et souhaitent plutôt que les corps soient tous restitués en même temps.

Mercredi, Israël a réitéré son refus de rendre les corps de Jérusalem à leurs familles, mais Salwa Hammad est optimiste et pense que la colère qui s’exprime dans la rue va forcer les autorités israéliennes à revoir leur position.

Ayman al-Aseeli, le père de Bayan al-Aseeli (16 ans), qui a été abattue par les forces israéliennes à Hébron le 17 octobre, a dit à al-Araby al-Jadeed le même jour qu’il avait demandé en vain à différents groupes tels que la Croix-Rouge et diverses organisations juridiques de faire pression sur Israël afin de récupérer le corps de sa fille.

« Ils ont tous déclaré que la décision de restituer les corps des martyrs appartient uniquement à Israël », a déclaré Aseeli.

Au 28 octobre, Israël retient les corps de 15 Palestiniens de Hébron. La famille Aseeli vit des jours difficiles, en attendant de savoir s’ils pourront enterrer leur fille ou non. Ayman ne peut pas réaliser pleinement que sa fille est morte sans l’enterrer. Lui et le reste de sa famille ont besoin d’organiser des funérailles pour tourner la page. Sa femme ne peut tout simplement pas croire que Bayan est morte.

« Je suis fatigué », a déclaré Ayman, qui ne pouvait contenir ses larmes. « Je veux qu’on me rende ma fille. Je veux la toucher et la voir et lui dire au revoir. Je veux savoir si elle est morte d’une balle ou de dix. »

L’Autorité palestinienne n’a pas, à la connaissance de Hammad, fait la moindre tentative de pression ni demandé à Israël de restituer les corps. Emad al-Faqih était plus équivoque dans son avis sur l’AP, parlant de « raté ».

« On dirait qu’ils n’ont pas envie de s’occuper de ce problème et, s’ils le font, c’est d’une manière insignifiante », a-t-il déclaré. « Nous demandons à tous les responsables, locaux et internationaux, de faire pression sur l’occupation israélienne afin qu’elle restitue les corps. »

« C’est un problème humanitaire. Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’intervention des autres pays afin de faire pression sur Israël ? Le droit international et les Conventions de Genève critiquent cette pratique. Il est évident que cela constitue une violation des droits de l’homme. »
 

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.