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Nucléaire iranien : Obama tente de rassurer les élus républicains et les dirigeants arabes

Alors qu'un représentant américain se rend au Moyen-Orient pour s'entretenir avec les dirigeants sunnites, les républicains rappellent que tout accord final devra être ratifié par le Congrès
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif (c), salue la foule lors du retour à Téhéran du comité de négociations sur le nucléaire, le 3 avril (AA)

NEW YORK - Le Président des Etats-Unis, Barack Obama, a passé la journée de vendredi à tenter de persuader les républicains sceptiques au Congrès et les dirigeants musulmans sunnites au Moyen-Orient que son accord-cadre, durement négocié, sur le programme nucléaire iranien représente la meilleure opportunité pour la paix et la sécurité dans la région.

Le personnel de la Maison Blanche a fait savoir que Barack Obama s’entretenait avec les responsables du Congrès et les monarques de Bahreïn, du Qatar et des Emirats arabes unis suite à l'accord international de jeudi portant sur un allègement des sanctions imposées à l'Iran en échange d'un contrôle renforcé et d'une diminution des travaux d'enrichissement d’uranium, entre autres.

« J'ai parfois constaté une rhétorique allant un peu trop loin, mais je pense réellement que la majeure partie des réponses sont rassurantes », a déclaré aux journalistes Eric Shultz, porte-parole de la Maison Blanche, en faisant référence aux réactions des parlementaires américains à l'accord avec l'Iran. « Les républicains comme les démocrates ont répondu de façon réfléchie. »

L'Iran, les Etats-Unis et d'autres puissances mondiales ont réalisé une percée importante en concluant un accord-cadre visant à empêcher Téhéran de produire des armes nucléaires. Il reste cependant encore beaucoup de travail à fournir afin de finaliser cet accord potentiellement historique, et procéder à la signature définitive le 30 juin.

Les républicains partisans de la ligne dure qui s'opposent à Obama pourraient cependant saboter tout le processus, alors qu'Israël - comme l'Arabie saoudite et d'autres Etats musulmans sunnites – craignent que l'Iran n'utilise son savoir-faire dans le domaine du nucléaire pour intimider ses voisins et déstabiliser encore plus une région déjà explosive.

Les dirigeants du Sénat et de la Chambre des représentants ont demandé à Obama de laisser le Congrès avaliser formellement tout accord, notamment le sénateur républicain Bob Corker, président de la commission des Relations extérieures du Sénat, qui a rédigé un projet de loi exigeant un examen par le Congrès de tout accord sur le nucléaire conclu d'ici le 30 juin.

« Le peuple américain, à travers ses représentants élus, doit pouvoir se faire entendre pour s'assurer que n'importe quel accord final pourra réellement éliminer la menace du programme nucléaire iranien », a-t-il dit, ajoutant que n'importe quel accord doit « être contraignant » et « placer l'Iran face à ses responsabilités ».

Le sénateur John McCain, un républicain influent qui préside le comité des Forces armées du Sénat, a exprimé des craintes sur la clause d’extinction retenue, une période de dix à quinze ans après laquelle l'Iran sera en droit de maintenir, et probablement développer, un programme d'enrichissement à l’échelle industrielle.

Le sénateur Jack Reed, membre de haut rang du comité des Forces armées, a déclaré : « J'encourage les négociateurs à être aussi transparents que possible. Plus les gens seront informés sur cet accord-cadre, plus ils seront confiants qu'un accord complet et viable peut être conclu ».

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a longtemps mis en garde contre l'accord d’Obama avec l'Iran. Il a déclaré que cet accord faisait peser une grave menace sur Israël et la région, et a exigé que soit inclue dans n'importe quel accord final « une reconnaissance iranienne claire et non ambiguë du droit d'Israël à exister ».

Le porte-parole de la Maison Blanche a dit comprendre les craintes du dirigeant israélien, ajoutant : « Le Président ne signerait jamais un accord qu'il considérerait comme une menace pour l'Etat d'Israël ».

Marie Harf, une porte-parole du département d'Etat, a indiqué pour sa part que le représentant américain Tony Blinken se rendrait très bientôt au Liban, en Arabie saoudite, aux Emirats arabes unis, à Oman et en Tunisie pour y rencontrer des officiels et discuter de l'accord conclu avec un pays qui est généralement considéré comme une menace par les Etats arabes sunnites.

« Bien évidemment, à chaque étape, l'Iran sera le premier des sujets abordés – aussi bien les paramètres de l’accord convenus à Lausanne que d'autres questions dont se soucient nos partenaires du Golfe », a-t-elle dit aux journalistes vendredi, faisant référence à la ville suisse où ont eu lieu les pourparlers.

Jeudi, après dix-huit mois de négociations qui se sont terminées sur un marathon épuisant incluant plusieurs nuits blanches dans un hôtel suisse, l'Iran et six puissances majeures se sont mis d’accord sur les principaux paramètres d'un accord final. Selon les Etats-Unis, l'Iran s'est engagé à réduire sa capacité d'enrichissement de l'uranium de deux tiers et à réduire ses stocks d'uranium enrichi de 98 %.

L'Iran modifiera également la conception d'un réacteur en construction dans la ville d'Arak de sorte qu'il ne puisse pas produire de plutonium – l'alternative à l'uranium pour la fabrication d'une bombe – et se soumettra aux inspections ultra-contraignantes des Nations unies. Selon les Etats-Unis, ceci rallongera d’un an le « break-out time » – le temps nécessaire pour produire suffisamment de matériel nucléaire pour fabriquer une arme atomique -, rendant aisément décelable toute tentative de fabrication d’une bombe.

La République islamique nie vouloir se doter d’armes nucléaires. Ses partenaires dans les négociations - les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et la France - ont également fait un pas en avant en disant être disposés à lever les sanctions, décidées par les Etats-Unis, l'Union européenne et le Conseil de sécurité, qui ont étranglé l'économie iranienne.

L'accord-cadre est cependant assez peu détaillé sur la date à laquelle tout ceci se concrétisera une fois que l'accord final sera conclu le 30 juin. Les Iraniens veulent que les restrictions sur les échanges commerciaux soient immédiatement levées, mais toutes les sanctions ne seront pas abrogées d'un seul coup le 1er juillet.

En lieu et place, les négociateurs s'attacheront tout d'abord à ce que l'Iran applique ce à quoi il s'est engagé, ce qui devra être vérifié par le gendarme des Nations unies, l'Agence internationale pour l'énergie atomique (IAEA).

« Beaucoup de problèmes épineux devront être résolus dans les trois prochains mois », a estimé Ali Vaez de l'International Crisis Group, un think tank basé à Bruxelles. « Cette avancée n'est pas définitive. Elle est aussi fragile que sont puissantes les forces qui s'y opposent. »


Traduction de l'anglais (original) par Lotfallah.