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EN IMAGES – Les quinze photos qui ont marqué le Moyen-Orient et le Maghreb en 2018

Un rire complice entre Sissi et Le Drian. Le regard d’une petite Yéménite succombant à la famine. Le sourire à jamais figé de Jamal Khashoggi sur un poster. Si l’actualité façonne l’histoire, elle grave aussi des images dans notre mémoire

Le président américain Donald Trump signe un document rétablissant les sanctions contre l’Iran après l’annonce du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien, le 8 mai 2018 (AFP)
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Gaza : massacre à ciel ouvert 

Manifestations et violences le long de la frontière, échanges de roquettes palestiniennes et de frappes israéliennes ont fait au moins 235 morts palestiniens selon les sources à Gaza (AFP)

Le 30 mars, est lancée à Gaza la Grande marche du retour, officiellement organisée par la société civile et soutenue par le Hamas, qui contrôle l’enclave. Le mouvement réclame « le droit au retour » des Palestiniens chassés de leurs terres ou qui ont fui à la création d’Israël en 1948, et conteste le strict blocus de l’enclave imposé depuis plus de dix ans par Israël. 

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Le 14 mai, des dizaines de milliers de Palestiniens se rassemblent dans des manifestations coïncidant avec l’inauguration à Jérusalem de l’ambassade américaine, qui entérine la reconnaissance par les États-Unis de la ville comme capitale d’Israël. Au moins 62 Palestiniens sont tués par des tirs israéliens et plus de 2 400 blessés.

La photo de Saber al-Ashkar, prise par Mahmoud Hams le 11 mai 2018, a valu au photographe de l’AFP le Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre.

Le selfie des drôles de « copains » 

« Hypocrite », « hallucinant », « spectaculaire » : entre railleries, enthousiasme et parodies, les réseaux sociaux ont largement diffusé et parfois détourné le selfie

« Sans commentaire ». Le selfie que le Premier ministre libanais poste, lundi 9 avril sur Twitter, avec ce seul commentaire en a suscité des milliers sur les réseaux sociaux. 

Et pour cause : sur le cliché, apparaissent, tout sourire, Saad Hariri (qui prend la photo), le roi du Maroc Mohammed VI et le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane. 

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Les trois personnalités posent selon toute vraisemblance dans un grand restaurant parisien, car c’est dans la capitale française que MBS est en visite officielle du 8 au 10 avril, que le souverain marocain se remet d’une opération au cœur et que le Premier ministre libanais – au-delà du fait qu’il se rend régulièrement à Paris – se trouvait pour la conférence de soutien à l’économie libanaise, la conférence CEDRE.

Pourtant, les trois dirigeants qui posent comme une bande de copains sont censés avoir des relations compliquées.

Liban : les législatives du sur place 

Lors des législatives qui se sont tenues le 6 mai, le taux de participation fut inhabituellement bas, avec 49,2 % des électeurs qui ont exercé leur droit de vote, contre 54 % lors du précédent scrutin, en 2009 (AFP)

Tenues le 6 mai, les législatives libanaises ont été dominées par le Hezbollah et ses alliés, notamment le parti chiite Amal. Ces législatives sont les premières depuis 2009.

À trois reprises, le Parlement a prorogé son mandat, invoquant des risques sécuritaires et un débordement de la guerre en Syrie.

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« À plus long terme, les observateurs auront tout le temps d’analyser les conséquences du fait que ce scrutin a imposé le pluralisme chez les chrétiens et les sunnites, et consacré l’influence sans partage du tandem Hezbollah-Amal sur la communauté chiite », explique Paul Khalifeh sur MEE

Washington – Téhéran : l’infernal duel 

Le président américain Donald Trump signe un document rétablissant les sanctions contre l’Iran après l’annonce du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien, le 8 mai 2018 (AFP)

Le 8 mai, Donald Trump annonce le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions contre l’Iran.

L’accord sur le nucléaire iranien avait été conclu à Vienne le 14 juillet 2015 entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni), plus l’Allemagne. 

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Mais alors qu’ils mettent depuis des semaines l’accent sur leurs sanctions et leur « pression maximale », les États-Unis prennent toutefois assez discrètement, début novembre, des mesures pour permettre la survie de l’accord de 2015, en autorisant malgré les sanctions les trois projets en cours dans le nucléaire civil iranien, à Arak, Buchehr et Fordo.

Les sanctions et les conditions américaines imposées à Téhéran pour leur levée sont « absurdes, illégales et fondamentalement biaisées », fustige le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, dans une vidéo postée sur YouTube.

Ambassade américaine à Jérusalem : le coup de force

Benyamin Netanyahou (deuxième à gauche), Jared Kushner (troisième à gauche), Ivanka Trump (au centre) et le président israélien Reuven Rivlin (deuxième à droite) assistent à l’ouverture de l’ambassade américaine à Jérusalem le 14 mai 2018 (AFP)

Le 14 mai, le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem coïncide avec un bain de sang dans la bande de Gaza, où une soixantaine de Palestiniens sont tués par l’armée israélienne.

La décision américaine de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël a ravi les Israéliens mais a suscité une large réprobation internationale et ulcéré les Palestiniens qui revendiquent Jérusalem-Est pour capitale de l’État auquel ils aspirent.

Pour la communauté internationale, Jérusalem-Est reste un territoire occupé et les ambassades ne doivent pas s’installer dans la ville tant que son statut n’a pas été réglé.

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Le « droit au retour » des réfugiés palestiniens disséminés en Cisjordanie occupée, dans la bande de Gaza et dans d’autres pays de la région tels que la Jordanie, le Liban et la Syrie notamment, constitue également un élément clé d’éventuelles négociations avec Israël, pour les dirigeants palestiniens. 

Quelque 750 000 Palestiniens ont fui ou ont été chassés de leurs terres à la création d’Israël en 1948. En comptant les descendants de ces Palestiniens, le nombre de réfugiés atteint les cinq millions, selon l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).

Arabie Saoudite : la fiction des réformes 

Loujain al Hathloul (ici, sa photo de profil Facebook), Iman al Nafjan et Aziza al Yousef sont toutes les trois détenues de façon arbitraire sans inculpation depuis le mois de mai

Le 24 mai, le roi saoudien Salmane ordonne la fin de l’interdiction faite aux femmes de prendre le volant. Une petite révolution pour le royaume, dernier pays qui réservait la conduite aux hommes.

Mais les femmes font encore l’objet de sévères restrictions en Arabie où elles sont notamment soumises à la tutelle d’un homme de leur famille – généralement le père, le mari ou le frère – pour faire des études ou voyager.

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Par ailleurs, cette « avancée » ne peut faire oublier le sort des militantes de droits de l’homme emprisonnées dans le royaume, et dont certaines sont menacées de mort, à l'instar de Loujain Hathloul (en photo).

Erdoğan, le nouveau sultan

Lors des élections de juin 2018, le président sortant Recep Tayyip Erdoğan a obtenu plus des 50 % des voix nécessaires qui lui permettent de remporter un nouveau mandat présidentiel aux pouvoirs renforcés (AFP)

Recep Tayyip Erdoğan, qui règne sur la Turquie depuis quinze ans, est réélu le 25 juin pour un nouveau mandat de cinq ans. Sa victoire assoit encore son pouvoir, car le scrutin marque le passage du système parlementaire en vigueur à un régime présidentiel où le chef de l’État concentre la totalité du pouvoir exécutif, aux termes d’un référendum parlementaire qui s’est tenu l’an dernier. 

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« Erdoğan ne peut pas se permettre de perdre : il y a un an, il a fait voter une réforme constitutionnelle par referendum qui doit être mise en œuvre après les élections. Mais le scrutin, qui a fait passer la Turquie de régime parlementaire à présidentiel – avec la suppression du poste de Premier ministre ou la nomination par le président des principaux hauts fonctionnaires, notamment – a été remporté à une courte majorité [51,4 %] et est entaché de soupçons de fraude », analysait à l’époque Middle East Eye.

Football : la coupe du monde de l’Afrique ! 

Le milieu de terrain français Kylian Mbappé embrasse le trophée de la Coupe du monde 2018 lors d’une cérémonie célébrant la victoire de la France (AFP)

Une polémique assez violente accompagne la victoire de l’équipe de France au Mondial de football en Russie, le 15 juillet. 

Le président vénézuélien, Nicolás Maduro, provoque la colère française en déclarant : « L’équipe de France ressemblait à l’équipe d’Afrique, en vrai, c’est l’Afrique qui a gagné, les immigrants africains qui sont arrivés en France. L’Afrique a tellement été méprisée et dans ce Mondial, la France gagne grâce aux joueur africains ou fils d’Africains ».

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Un député français déclare même vouloir déposer plainte contre Maduro ! Aux États-Unis, Trevor Noah, l’animateur sud-africain du Daily Show, émission satirique s’enthousiasme : « Je suis tellement heureux ! L’Afrique a gagné la Coupe du monde ! ». « Autrefois utilisés comme boucliers humains, les tirailleurs sénégalais – et beaucoup d’autres soldats originaires des colonies françaises – ont été jetés dans la poubelle de l’histoire française. Même si le ballon a remplacé le fusil, l’empire est toujours celui qui marque les buts et qui savoure les fruits de nos compétences et de nos sacrifices », écrit Kamal Ahamada sur MEE.

Syrie : Idleb, la dernière bataille

Selon l’UNICEF, plus de treize millions de personnes ont besoin d’une aide vitale d’urgence en Syrie, dont 5,3 millions d’enfants (AFP)

La mise en place d’une « zone démilitarisée » de quinze à vingt kilomètres de large à Idleb (nord-ouest de la Syrie) fait l’objet d’un accord, le 17 septembre, entre la Russie, alliée de Damas, et la Turquie, marraine des rebelles, pour séparer les territoires insurgés d’Idleb des régions gouvernementales attenantes.

L’accord devait entrer en vigueur mi-octobre, mais sur le terrain, certaines dispositions ne sont pas été respectées et des escarmouches opposent régulièrement les forces de Bachar al-Assad aux rebelles et islamistes armés. 

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L’initiative permet d’éviter une offensive de grande ampleur du régime contre la région d’Idleb, l’ultime grand bastion d’insurgés et de combattants islamistes en Syrie et à ce titre dans le viseur de Bachar al-Assad, déterminé à reconquérir l’ensemble du territoire.

Comme le stipulait l’accord, les groupes rebelles ont annoncé avoir retiré leur artillerie lourde du secteur mais les groupes islamistes armés ont refusé de quitter la zone.

Khashoggi : un crime d’État 

Le prix Nobel de la paix, la Yémenite Tawakkol Karman, tient la photo du journaliste Jamal Khashoggi, porté disparu, lors d’une manifestation devant le consulat d'Arabie Saoudite à Istanbul (AFP).

Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi est tué le 2 octobre au consulat saoudien d’Istanbul où il s’était rendu pour des démarches administratives.

Après avoir d’abord fermement nié son meurtre, les autorités saoudiennes finissent par déclarer que le journaliste a été tué au cours d’une opération « non autorisée » par Ryad.

Mais dans une tribune publiée le 2 novembre par le Washington Post, avec lequel collaborait Khashoggi, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a accusé les « plus hauts niveaux du gouvernement saoudien » d’avoir commandité le meurtre, tout en excluant le roi Salmane.

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Les meurtriers du journaliste se sont débarrassés de son corps en le jetant dans des canalisations après l’avoir dissous dans de l’acide, selon le quotidien turc Sabah

L’examen des prélèvements effectués dans les canalisations de la résidence du consul saoudien à Istanbul a permis de détecter des traces d’acide, écrit le quotidien progouvernemental sans citer de sources. 

« Si Mohammed ben Salmane est capable d’ordonner un acte aussi atroce à 33 ans, seize mois seulement après sa nomination en tant que prince héritier, de quel acte dément sera-t-il capable une fois devenu roi d’un pays ? », s'interroge MEE.

Répression : Sissi peut compter sur Paris 

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi plaisante avec le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian (à droite) et le gouverneur militaire de Paris, Bruno Le Ray, lors d’une cérémonie à Paris, le 24 octobre 2017 (AFP)

Amnesty International accuse la France, et onze autres pays de l’Union européenne (UE), de continuer de vendre à l’Égypte des armes « utilisées pour des opérations de répression meurtrière » contre des civils, dans un rapport publié le 16 octobre. 

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« Il est consternant de constater que la France a poursuivi ses livraisons d’équipements militaires à destination de l’Égypte après l’utilisation de ces équipements lors de l’une des attaques les plus meurtrières du XXIsiècle contre des manifestants », estime Najia Bounaim, directrice des campagnes pour l’Afrique du Nord à Amnesty International.

Tunisie : une si fragile transition 

La capitale tunisienne est frappée lundi 29 octobre par son premier attentat en près de trois ans. La kamikaze, âgée de 30 ans, a actionné une charge explosive contre des forces de police, faisant vingt blessés (AFP)

Espoir du Printemps arabe, l’expérience tunisienne nourrit encore l’ambition d’une transition démocratique réussie. Mais le retour des attentats, le marasme économique et les crises politiques risquent d’hypothéquer son avenir. 

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Face aux derniers soubresauts politiques, le think tank Joussour en appelle dans sa dernière note à « l’urgence du passage du consensus politique à la contractualisation économique et sociale » car « la persistance du statu quo avec ce qu’il dégage comme indicateurs négatifs ne fait qu’accumuler les dangers sur le pays et sur l’État, menaçant de conduire à un désespoir en raison de l’immobilisme qui ouvre la voie à la désagrégation sociale », rapporte MEE après l’attentat kamikaze en plein centre de Tunis, le 29 octobre.  

Rohingyas : l’indifférence du monde 

Victimes de violences, 720 000 Rohingyas fuient la Birmanie en septembre 2017. Près du tiers de cette communauté musulmane de Birmanie, estimée à un million, est désormais au Bangladesh (AFP)

Le Bangladesh et la Birmanie conviennent le 30 octobre d’entamer en novembre le retour des réfugiés rohingyas, moins d’une semaine après l’affirmation par un enquêteur de l’ONU qu’« un génocide » se poursuit à l’encontre de cette minorité musulmane. Mais plusieurs dizaines d’ONG dénoncent ce plan de « rapatriement ».

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« Ils ont fui au Bangladesh à la recherche de sécurité... Ils sont terrifiés à l’idée de ce qui leur arrivera s’ils rentrent maintenant en Birmanie et inquiets face au manque d’information », précisent les ONG travaillant sur le terrain, parmi lesquelles Oxfam ou Save the Children.

Ils craignent notamment d’être forcés à rejoindre les camps où vivent depuis des années plus de 120 000 Rohingyas dans l’État de Rakhine.

Yémen : la famine a un visage 

Au Yémen, près de quatorze millions de personnes risquent d’être victimes de la famine du fait de la guerre qui se poursuit depuis quatre ans entre le gouvernement, soutenu par l’Arabie saoudite et ses alliés, et les rebelles appuyés par l'Iran (AFP)

Amal Hussain, 7 ans, est morte de malnutrition le 1er novembre. Cette fillette yéménite est devenue un symbole de la terrible famine qui frappe ce pays en guerre depuis que sa photo, affaiblie et émaciée, s’est affichée sur la une du New York Times

La famille d’Amal Hussain a dû fuir sa région d’origine en raison des frappes aériennes. « Nous avons rencontré Amal dans un centre de soins situé à Aslam, à 145 km au nord de la capitale, Sanaa », écrit le quotidien américain. « Elle était étendue sur un lit avec sa mère. Des infirmières la nourrissaient toutes les deux heures avec du lait, mais elle vomissait régulièrement et souffrait aussi de diarrhées », raconte le journal. 

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Selon l’ONG britannique Save The Children, cinq millions d’enfants yéménites souffrent de la famine provoquée par la guerre qui oppose depuis 2015 les Houthis soutenus par l’Iran à une coalition menée par l’Arabie saoudite – un conflit qui a fait environ 10 000 morts, selon l’ONU.