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Tunisie : Béji Caïd Essebsi envoie l'armée protéger les sites de production contre les manifestants

Le chef de l'État tunisien a prononcé ce mercredi un discours très attendu dans un contexte marqué par les contestations sociales et des crises politiques latentes. Sur les réseaux sociaux, les réactions sont déjà très violentes
Dans son discours, Béji Caïd Essebsi a mis en garde les manifestants qui menacent les sites de production du pays (capture d'écran)

TUNIS - L'armée tunisienne protègera dorénavant les sites de production des mouvements sociaux susceptibles d'empêcher leur exploitation, a annoncé ce mercredi le président Béji Caïd Essebsi dans un discours très attendu.

« Nous savons que c’est une décision grave mais elle doit être prise », a déclaré le chef de l’État tunisien devant un parterre de personnalités, notamment politiques, dans cette allocution de près d'une heure qui avait fait l'objet des spéculations les plus folles.

Entre les mouvements sociaux, le limogeage de deux ministres importants (Finances et Éducation) et la démission du chef de l'instance chargée d'organiser les prochaines municipales le 17 décembre, le pays a en effet connu des semaines agitées.

Le président de l'Instance électorale tunisienne, Chafik Sarsar, a démissionné mardi 9 mai avec fracas à sept mois des premières municipales de l'après-révolution (AFP)

« Toute personne voulant manifester peut manifester, dans le cadre de la loi. Mais si tu veux manifester et que la première chose que tu fais, c'est stopper la production de la Tunisie, si vous bloquez notre peu de ressources, où allons-nous ? », a lancé le président Essebsi.

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Car « qu'avons-nous en Tunisie ? Nous avons du phosphate, un peu de gaz et de pétrole, et nous avons du tourisme, de l'agriculture », a-t-il ajouté. Or « le phosphate s’est arrêté pendant cinq ans », a-t-il poursuivi en allusion aux protestations sociales ayant bloqué la production pendant de longues périodes, dans le bassin de Gafsa (centre).

« C'est pourquoi, du fait de toutes ces considérations, la décision, c'est qu'à partir de maintenant l'armée va protéger les sources » de production, a-t-il annoncé.

« L'État a le devoir de protéger ses ressources, les ressources du peuple tunisien. La démocratie, sa condition essentielle c'est l’État de droit », a ajouté le chef de l'État.

Il a ajouté que, une fois que l'armée commencerait à protéger les sites, traiter avec elle serait « difficile ». « Je vous mets en garde dès maintenant », a-t-il insisté.

L'actuel gouvernement d'union de Youssef Chahed, à l'image de ses prédécesseurs, est confronté à une colère sociale croissante, en particulier dans les régions de l'intérieur du pays, dont celle de Tataouine (sud). Les mouvements sociaux prennent régulièrement l'allure de sit-in bloquant des routes et les accès à certains sites de production.

Selon le site Tunisie numérique, la coordination des protestataires de Kamour, une région abritant des installations pétrolières à Tataouine, se serait réunie à la suite de ce discours pour préparer un communiqué. Lors de la visite, Youssef Chahed a proposé 64 mesures comprenant des dispositions pour la création de plus de 2 000 emplois, de projets de développement et l'amélioration des conditions de vie des habitants de la région. Les protestataires les ont rejetées, « réclamant 20% des ressources du pétrolier et l’embauche de chaque membre d’une famille à Tataouine », rappelle le site.

« Le processus démocratique en Tunisie est menacé »

« Il n'y aura plus de barrages, de routes coupées », a mis en garde le président.

Ce dernier a par ailleurs critiqué les appels à manifester contre un projet de loi dit de « réconciliation » qu'il a proposé à l'été 2015, et qui est dénoncé par la société civile et certains partis comme une tentative de « blanchir la corruption ».

« Le président de la République, dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles, a pris une initiative. Bonne ou pas bonne, lui pense qu’elle est la solution. Mais le parlement l’examinera, c’est la règle du jeu », a-t-il dit en accusant ses détracteurs d'« agiter la rue ».

Mettre en doute « le pouvoir législatif, cela je ne l'accepte pas », a-t-il martelé en se posant en garant des institutions.

Manifestation à Tunis contre le projet de loi d'amnistie, le 1er mai 2017 (Manich Msamah)

« Le processus démocratique en Tunisie est menacé », a-t-il encore dit, sans préciser sa pensée mais dans une apparente allusion aux appels à la formation d'un nouveau gouvernement ou à des élections anticipées.

Sur les réseaux sociaux, les réactions à son discours sont déjà très violentes.