Aller au contenu principal

Des historiens algériens réclament l’accès aux archives de leur pays

Déplorant « le verrouillage incompréhensible » de l’accès aux archives algériennes depuis deux décennies, ces universitaires de renom estiment agir par devoir « moral » et « national »
Une personne regarde dans une salle du Service historique de l’armée de terre (SHAT) du Fort de Vincennes, des tracts distribués par l’armée française pendant la guerre d’Algérie, le 29 octobre 2001 (AFP)
Par

Des historiens et chercheurs algériens réclament l’accès aux fonds d’archives en Algérie, dans une lettre ouverte adressée au président Abdelmadjid Tebboune et publiée jeudi dans des quotidiens locaux.

Cette démarche intervient après que Paris a annoncé son intention de faciliter l’accès aux archives françaises classifiées de la guerre d’Algérie (1954-1962), comme l’a préconisé le rapport de l’historien français Benjamin Stora sur la réconciliation mémorielle franco-algérienne.

Dénonçant « les entraves bureaucratiques qui viennent à bout des chercheurs », une dizaine d’historiens exhortent le président algérien à ordonner l’application de la loi régissant les archives nationales « sans qu’interfèrent des interprétations personnelles qui vont à l’encontre de l’esprit même des archives, qui sont un patrimoine de la nation ».

Rapport Stora sur la guerre d’Algérie : « Tous Français, de Dunkerque à Bonifacio » !
Lire

Sans le citer nommément, la lettre vise le directeur des archives nationales Abdelmadjid Chikhi, chargé par Abdelmadjid Tebboune de travailler sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’indépendance, de concert avec Benjamin Stora.

Déplorant « le verrouillage incompréhensible » de l’accès aux archives depuis deux décennies, les signataires estiment agir par devoir « moral » et « national » car ce blocage affecte « négativement les études historiques et le travail sur la mémoire nationale ».

Ces universitaires de renom s’étonnent qu’en dépit de l’intérêt du chef de l’État pour ce dossier, l’accès aux archives soit un parcours du combattant qui « vient à bout des chercheurs les plus opiniâtres ».

C’est la première fois que le président algérien est ainsi directement interpellé à ce sujet.

L’historien Mohamed El Korso, l’un des signataires, a indiqué au quotidien francophone El Watan qu’il était « inconcevable de demander l’ouverture des archives en France et de ne pouvoir les consulter convenablement en Algérie ».

« Réduits à faire les scribes »

Faute de pouvoir « introduire un téléphone, un ordinateur ou tout autre appareil, les historiens algériens en sont réduits à faire les scribes », a-t-il regretté, rejetant l’argument de la direction des archives qui s’abrite « derrière la protection des secrets de l’État ».

« Nous sommes, aujourd’hui, dans une sorte de schizophrénie : on demande aux Français de nous donner des archives qui leur appartiennent et on ferme les portes des archives en Algérie. Ce n’est pas normal. »

- Amer Mohand Amer, historien

« De quels secrets de l’État s’agit-il, sachant que les faits remontent à plus de 60 ans ? », a-t-il poursuivi.

À l’approche du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie (5 juillet 1962), le président français Emmanuel Macron a engagé ces derniers mois une série d’« actes symboliques » afin de « réconcilier les mémoires » entre Français et Algériens.

Parmi ces gestes, le président français a pris l’initiative au début du mois de faciliter l’accès aux archives classifiées de plus de 50 ans, notamment celles sur la guerre d’Algérie.

Dans une émission de la chaîne qatarie Al Jazeera diffusée lundi, Abdelmadjid Chikhi a exigé la restitution de « la totalité » des archives de la période coloniale (1830-1962).

« Comment arriver à la vérité historique quand l’intégralité de notre histoire est entreposée en France et ailleurs à l’étranger ? », a relevé le conseiller du président algérien sur les questions mémorielles.

Réponse jeudi de l’historien Amer Mohand Amer dans le quotidien francophone Reporters : « Nous sommes, aujourd’hui, dans une sorte de schizophrénie : on demande aux Français de nous donner des archives qui leur appartiennent et on ferme les portes des archives en Algérie. Ce n’est pas normal. »