Aller au contenu principal

Bahreïn : décès de cheikh Khalifa, Premier ministre depuis 49 ans

Le prince Khalifa était une personnalité centrale et controversée pendant son mandat
Les funérailles de cheikh Khalifa auront lieu après le rapatriement du corps des États-unis (AFP)
Les funérailles de cheikh Khalifa auront lieu après le rapatriement du corps des États-Unis (AFP)
Par

Le prince Khalifa ben Salmane al-Khalifa, celui qui a occupé le poste de Premier ministre le plus longtemps au monde, depuis l’indépendance de Bahreïn en 1971, est décédé mercredi à l’âge de 84 ans, a annoncé un média d’État.

« La Cour royale pleure son altesse Royale décédé ce matin à l’hôpital Mayo Clinic aux États-Unis », a indiqué l’agence de presse bahreïnie BNA, ajoutant que le pays allait observer une semaine de deuil officiel.

Selon la BNA, les funérailles de cheikh Khalifa auront lieu après le rapatriement du corps des États-Unis et seront limitées à un nombre spécifique de proches en raison du nouveau coronavirus.

Le sentiment d’impunité de Bahreïn est renforcé par ses alliés et par l’Iran
Lire

Son départ était réclamé par les manifestants chiites qui avaient occupé la place de la Perle de Manama pendant un mois en février 2011. Le prince Khalifa était une personnalité centrale et controversée pendant son mandat. Il était très impopulaire auprès de la majorité chiite du royaume, dirigé par des sunnites.

Cette place a été rebaptisée par des milliers de manifestants « place Tahrir » (du nom de la place du Caire, épicentre de la contestation en Égypte en 2011), les protestataires réclamant une véritable monarchie constitutionnelle et des réformes politiques.

Mais le soulèvement a été écrasé à la mi-mars après l’entrée de troupes du Golfe, notamment saoudiennes, pour protéger des installations vitales.

Loué pour son rôle de premier plan dans l’économie de cet archipel du Golfe, cheikh Khalifa a été accusé par ses détracteurs d’incarner la ligne dure du régime en s’opposant à toute réforme politique et en réprimant systématiquement les dissidents.

Des troubles sporadiques

Réputé proche de l’Arabie saoudite, cet homme politique inamovible a adopté la plus grande fermeté contre le mouvement contestataire des chiites qui ont manifesté pour demander des changements à la faveur du Printemps arabe de 2011. La répression fut sanglante. 

Il s’est employé pendant de longues années à faire de Bahreïn – qui, contrairement aux autres monarchies du Golfe, n’a que de modestes ressources pétrolières – un centre financier régional.

Cheikh Khalifa a aussi a renforcé les relations avec les États-Unis, auxquels son gouvernement a accordé des facilités militaires au moment de l’indépendance de Bahreïn en 1971. Bahreïn abrite la Ve flotte américaine et une base militaire britannique.

EXCLUSIF : Les menaces d’un haut responsable de Bahreïn contraint une activiste à l’exil
Lire

Après l’invasion du Koweït en 1990 par les troupes irakiennes de Saddam Hussein, les manifestations en faveur de la démocratie ont repris à Bahreïn.

En 1992, un Majlis al-choura, conseil consultatif, est créé. Mais cela n’a pas empêché les troubles antigouvernementaux qui, animés par l’opposition chiite, ont repris en 1994 avec des appels au rétablissement du Parlement élu.

Les troubles ont duré jusqu’en 1999 lorsque cheikh Hamad a accédé au trône et amorcé des réformes qui ont rétabli en 2002 le Parlement élu.

Les désordres ont repris en 2011 dans le sillage du Printemps arabe et Manama a dû faire appel à Riyad pour écraser le soulèvement.

Depuis, le royaume est secoué par des troubles sporadiques alimentés, selon les autorités, par « des groupes terroristes violents liés à l’Iran », ce que Téhéran dément.

Les principaux mouvements d’opposition ont été dissous et des dizaines de dissidents ont été emprisonnés et déchus de leur nationalité.

Cette répression, dénoncée par des organisations de défense des droits humains, n’a pas mis en péril la relation entre Manama et Washington.