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La France a rapatrié 15 femmes et 32 enfants des camps de prisonniers ayant appartenu à l’EI en Syrie

Les femmes et enfants rapatriés ce mardi se trouvaient dans le camp de Roj sous administration kurde, à une quinzaine de kilomètres des frontières irakienne et turque
Un groupe de femmes, qui seraient les épouses de combattants présumés du groupe État islamique (EI), posent le 28 mars 2021 pour une photo au Camp de Roj, dans la province de Hasakah, au nord-est de la Syrie (AFP/Delil Souleiman)
Un groupe de femmes, qui seraient les épouses de combattants présumés du groupe État islamique (EI), posent le 28 mars 2021 pour une photo au Camp de Roj, dans la province de Hasakah, dans le nord-est de la Syrie (AFP/Delil Souleiman)
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La France, sous pression d’organisations internationales et des familles, a procédé mardi au rapatriement de 15 femmes et 32 enfants qui étaient détenus dans les camps de prisonniers membres de l’organisation État islamique (EI) dans le nord-est de la Syrie, mettant définitivement fin à sa politique du « cas par cas ».

« Les mineurs ont été remis aux services chargés de l’aide à l’enfance et feront l’objet d’un suivi médico-social », a précisé le ministère français des Affaires étrangères qui a piloté cette opération. Et les adultes sont désormais aux mains des autorités judiciaires compétentes.

Il s’agit du troisième rapatriement d’ampleur après celui du 5 juillet 2022 quand la France avait rapatrié 16 mères et 35 mineurs et celui du 20 octobre qui avait permis le retour de 15 femmes et 40 enfants. 

Il « signe la fin du cas par cas », a réagi Marie Dosé, avocate qui militait pour leur retour.

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Les femmes et enfants rapatriés ce mardi se trouvaient dans le camp de Roj sous administration kurde, à une quinzaine de kilomètres des frontières irakienne et turque.

Huit des quinze femmes rapatriées mardi, visées par un mandat de recherche, sont en garde à vue, a annoncé le parquet national antiterroriste. 

Les sept autres, visées par un mandat d’arrêt, seront présentées à des juges d’instruction du pôle antiterroriste du tribunal de Paris en vue d’une éventuelle mise en examen. 

La France a été particulièrement frappée par des attentats, notamment en 2015, fomentés par le groupe EI. Raison pour laquelle elle avait procédé, jusqu’à l’été dernier, à des rapatriements ciblés d’orphelins ou de mineurs dont les mères avaient accepté de renoncer à leurs droits parentaux. 

Mais sous le feu des critiques, elle avait dû infléchir sa politique.

« Trop d’autres enfants ne sont pas rentrés »

Cette troisième opération intervient après une condamnation la semaine dernière par le Comité contre la torture de l’ONU, saisi en 2019 par des familles de ces femmes et enfants. Ces derniers avaient fait valoir que le refus de rapatrier ces personnes constituait une violation de la Convention contre la torture et les traitements inhumains ou dégradants.

La France avait déjà été condamnée en 2022 par le Comité des droits de l’enfant puis la Cour européenne des droits de l’Homme pour son manque d’action dans le retour de femmes et de mineurs. 

Ces Françaises s’étaient rendues volontairement dans les territoires contrôlés par les groupes islamistes armés en zone irako-syrienne. Elles avaient été capturées lors de la chute de l’EI en 2019. Et nombre de leurs enfants sont nés dans les camps.

Sollicité par l’AFP, le Quai d’Orsay n’a pas précisé le nombre d’enfants et femmes susceptibles d’être rapatriés également.

Selon Me Dosé, « il reste des orphelins et quelques mères qui demandent à être rapatriés avec leurs enfants, notamment une femme en situation de handicap ».

« Trop d’autres enfants ont encore été triés et ne sont pas rentrés » malgré des condamnations, a déploré Me Martin Pradel, avocat de familles d’enfants français retenus en Syrie. « Il neige en Syrie. Certains enfants dorment dans des tentes [...] Il est urgent de tous les rapatrier », a-t-il ajouté.

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Quelque 300 mineurs français sont rentrés en France, dont 77 par rapatriement, avait indiqué début octobre le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti.

Et, mi-décembre, un collectif de familles des ressortissantes françaises détenues avait fait état de 150 enfants « parqués dans les camps de prisonniers syriens ». 

Malgré les exhortations répétées de l’administration kurde, nombre de pays occidentaux ont longtemps refusé de rapatrier leurs citoyens de ces camps, se contentant de retours au compte-goutte par crainte d’éventuels attentats sur leur sol.

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Mais les recours judiciaires se sont multipliés face à la violence endémique et aux privations nombreuses dans les camps.

Ainsi, le Canada a annoncé vendredi le retour de six femmes et 13 enfants canadiens détenus dans le nord-est syrien.

En novembre, les Pays-Bas ont, eux, procédé à leur plus importante exfiltration en rapatriant 12 citoyennes et 28 enfants.

En Europe, la France apparaissait de plus en plus isolée alors que la Finlande, le Danemark ou la Suède avaient décidé le rapatriement de tous leurs ressortissants mineurs et leurs mères.

Les autorités kurdes ne détaillent pas le nombre d’Occidentaux détenus dans les camps.

Mais selon les données des ONG, Al Hol, le plus grand camp, rassemble entre 55 000 et 57 000 personnes incluant des Syriens, des Irakiens ou des ressortissants de pays tiers. Selon un décompte de MSF, 64 % de la population d’Al Hol sont des enfants.

Par Delphine Touitou et Eléonore Dermy.

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