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L’assassinat d’une jeune féministe au Kurdistan irakien provoque une onde de choc

Selon des activistes, ce meurtre renseigne sur la persistance de la mentalité tribale et sa permissivité aux crimes dits « d’honneur »
La jeune femme aurait été tuée pas son frère, « agacé » par ses publications sur les réseaux sociaux (capture d’écran)
La jeune femme aurait été tuée pas son frère, « agacé » par ses publications sur les réseaux sociaux (capture d’écran)
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Alors que le monde fêtait la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, les habitants d’Erbil, capitale du Kurdistan irakien, se sont réveillés avec un féminicide.

La police d’Erbil a annoncé avoir découvert la dépouille de la jeune Iman Samy Maghdid, 20 ans, militante féministe, dans une rue pourtant très fréquentée.

L’assassinat de la jeune femme, au sujet duquel une enquête a été ouverte, a créé une choc dans la ville et au-delà, et un hashtag a été lancé pour exiger la vérité et la plus sévère des sanctions contre l’auteur du crime.

Traduction : « Nous dénonçons fermement l’assassinat de l’activiste Iman Samy à Erbil. Il est du devoir des responsables de protéger les citoyens. S’ils en sont incapables, alors il faudra punir les incompétents. Nous exigeons une peine maximale pour les auteurs de ce crime. Demain un sit-in de protestation sera organisé par des activistes et ONG féministes. »

Certains médias avancent que la jeune femme, célèbre sur les réseaux sociaux, aurait été tuée par sa propre famille après sa conversion au christianisme et le changement de son prénom de Iman à Maria.

D’autres sources ont révélé que la police rechercherait le frère de la victime et aurait arrêté son oncle. La voiture qui aurait servi dans ce crime a été saisie. 

Traduction : « Iman Samy, fille d’un notable religieux, avait annoncé s’être convertie au christianisme et changé son prénom pour prendre celui de Maria. »

Selon le site irakien al-Horra, le frère de la victime aurait reconnu son rôle dans l’assassinat de sa sœur, évoquant des « différents familiaux ». D’autres sources affirment qu’il n’y aurait aucun lien entre la récente conversion de la jeune fille et le crime, et nient le fait que son père soit un notable religieux.

C’est d’ailleurs le père de la victime, vendeur de fruits et légumes, qui a déclaré à des médias que son fils avait assassiné sa sœur, car il était agacé par ses publications sur les réseaux sociaux. « Elle avait quitté sa maison, et en tentant de la faire rentrer chez elle, il l’a tuée », a reconnu le père qui a appelé son fils, en fuite, à se rendre.

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Des proches de la victime ont témoigné de la souffrance de la jeune fille mariée de force à 12 ans. Elle avait pu ensuite divorcer.

Selon un des amis d’Iman Maria, « elle militait pour la défense des différents segments de la société : les femmes, les enfants, les homosexuels, etc. Tous ceux qui ont perdu leur droits ».

Des ONG féministes kurdes s’alarment de la situation des femmes au Kurdistan irakien qui a enregistré quatorze féminicides en seulement deux mois.      

La militante des droits de l’homme Nadia Abd a déclaré aux médias qu’elle n’était malheureusement pas étonnée qu’on assassine des femmes en Irak, du nord au sud du pays, « en raison de la nature de la société tribale qui regarde avec mépris la femme qui se rebelle contre les traditions désuètes ».

La loi de 2004 dans le Kurdistan irakien interdit d’alléger les peines en cas de crimes dits « d’honneur », mais selon des observateurs sur place, « cela n’a pas changé grand-chose » dans les mentalités.