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Frontière algéro-marocaine : la palmeraie de la discorde

Les autorités algériennes ont ordonné à des agriculteurs marocains de quitter une zone frontalière. Dernier délai, ce jeudi 18 mars
Les tensions entre les deux pays perdurent depuis plusieurs mois (AFP)
Les tensions entre les deux pays perdurent depuis plusieurs mois (AFP)
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Depuis près d’un mois, les villes frontalières de Figuig, côté marocain, et El Arja, côté algérien, connaissent de fortes tensions. La cause : les autorités algériennes ont demandé à une trentaine de fermiers marocains de quitter les terres dans un délai de trois jours, qui a été prolongé à un mois, après négociations. Ce délai arrive à expiration ce jeudi 18 mars.

Pour certains médias du royaume, « les agriculteurs marocains ont été sommés de quitter un territoire où ils sont propriétaires privés, mais dont la souveraineté reviendrait à l’Algérie ». Dans cette zone frontalière, « se trouvent des terrains abritant 15 000 palmiers, appartenant à une trentaine de fermiers marocains ».

Mais selon le quotidien algérien El Watan, « depuis le début des années 1990, les Marocains de Figuig traversent la ligne de démarcation frontalière, entre leur pays et l’Algérie, pour rejoindre El Arja, cette petite oasis située sur le territoire algérien, et exploiter les nombreux palmiers qui y poussent et qui donnent une bonne variété de dattes ».

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De son côté, l’universitaire marocain Abderrahmane El Harradji a rappelé, dans une tribune, que « les autorités algériennes permettaient de temps en temps aux habitants de Figuig d’exploiter leurs propriétés au-delà de ces frontières héritées de la période coloniale ».

« Cette ligne de frontière n’a jamais été remise en cause ni suscité un problème quelconque. Le tracé a été reconnu par le Maroc et l’Algérie en 1972, à travers un accord qu’ils ont signé et déposé auprès de l’ONU », explique le journal algérien.

Pour autant, côté marocain, l’histoire remonterait à 1901, date de la signature d’une convention entre le royaume et les autorités coloniales en Algérie, d’après Medias 24.   

« Selon cette convention, les Figuiguis et les tribus Amour ont le droit d’exploiter ces terres, parce que la quasi-totalité des palmiers des Figuiguis étaient en Algérie », indique l’historien marocain Mostafa Bouaziz.

L’extension des fermes en question

Selon le même historien, cette convention a été reconduite dans l’accord de 1972 fixant les frontières entre les deux pays. Mais « c’est l’application ambigüe de ce texte qui explique, en partie, la situation actuelle », ajoute Mostafa Bouaziz.

Dans le passé, l’Algérie tolérait la présence des fermiers marocains sur son territoire.

« Nos grands-parents travaillaient déjà ces champs dans les années 1930 et la propriété du ksar [vieux village] à El Arja est bien documentée », témoigne l’un des habitants d’El Arja au site marocain L’Opinion.

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« Selon lui, malgré la fermeture des frontières terrestres entre le Maroc et l’Algérie au milieu des années 1990, qui a rendu l’accès à cette zone difficile, les armées des deux pays ‘‘ne posaient pas de lourdes contraintes aux propriétaires desdites terres, d’autant plus qu’il s’agit de tribus qui ont des liens de sang, abstraction faite de la nationalité qui a été donnée plus tard aux uns et aux autres’’ », poursuit L’Opinion

Qu’est-ce qui a changé depuis ? Selon le quotidien algérien El Khabar, « le 20 février dernier, des explosions ont été entendues dans cette zone, poussant les autorités civiles et militaires algériennes à enquêter sur l’origine des déflagrations. Les autorités marocaines ont signalé une campagne de déminage dans cette région ».

Toujours selon El Khabar, les autorités algériennes auraient mis à jour « une activité massive visant à agrandir les fermes et clôturer les terres, menée par les agriculteurs marocains des zones adjacentes aux fermes d’El Arja, en particulier depuis le début de l’année en cours ».

Mais ces « extensions » des installations agricoles ne seraient pas les seuls arguments, côté algérien, ayant motivé cette décision.

« Ces dernières années, le royaume a introduit des variétés hybrides [de haschich] aussi dangereuses et peut-être même plus que les drogues dures. Pour n’importe quel État, il s’agit là d’un acte de guerre auquel il faut faire face. El Arja est une localité algérienne et se trouve à quelques kilomètres de Figuig, région connue pour être sur la route du haschich. Les autorités ont décidé de fermer ce passage pour couper la route aux trafiquants », a confié un haut gradé de l’armée algérienne à El Watan.

Les autorités locales marocaines, après une réunion avec les exploitants de cette zone, ont réagi mardi 17 mars, en avançant que « les mesures prises par les autorités algériennes [étaient] temporaires et conjoncturelles ».