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Après les réfugiés syriens, un diplomate « agressé » : nouvelle crise entre Alger et Rabat

Moins d’un mois après la crise des réfugiés syriens coincés à la frontière entre les deux pays, un diplomate marocain accuse un responsable algérien de l’avoir physiquement agressé
Rabat a dénoncé « l'agression physique » de son diplomate comme un « grave » incident qui va « contre tous les usages diplomatiques » (Twitter)

En moins d'un mois, c’est la deuxième fois que l’ambassadeur marocain est convoqué au ministère algérien des Affaires étrangères.

Après l’affaire des réfugiés syriens – Rabat a accusé Alger d’avoir tenté de faire entrer des réfugiés syriens illégalement au Maroc – le Maroc exige maintenant des « excuses » de l’Algérie après la « grave agression », jeudi, de l'un de ses diplomates lors d'une réunion dans les Caraïbes.

Tout le week-end, les photos de Mohamed Ali el-Khamlichi, chef de mission adjoint à l’ambassade du Maroc à Castries (Saint-Lucie), allongé sur le sol, les yeux fermés, à qui une secouriste prend la tension, ont fait le tour des réseaux sociaux.

« Le Comité spécial des 24, un comité de l'ONU sur la décolonisation, tenait ce jeudi une réunion sur l'île de Sainte-Lucie », a déclaré à l'AFP un haut responsable marocain.

Une plainte a été déposée

« Depuis ces dernières années, à chacune de ces réunions se pose le problème de la représentativité pour nos provinces du sud [Sahara occidental], où nos représentants élus contestent la présence du Front Polisario », a expliqué ce responsable.

« Au cours de la réunion, Soufiane Mimouni, directeur général du MAE algérien, a agressé physiquement l'adjoint de notre ambassadeur à Sainte-Lucie », a accusé cette source. « Notre diplomate a dû partir à l'hôpital, la réunion a été interrompue, une plainte a été déposée. »

Alger a rejeté ses accusations, dénonçant une « piètre mise en scène », et des « informations inventées, mensongères et sans aucun lien avec la réalité ».

Le Maroc a aussitôt dénoncé « l'agression physique » de l'un de ses diplomates par un responsable algérien lors d'une réunion d'un comité onusien dans les Caraïbes, un « grave » incident qui va « contre tous les usages diplomatiques », selon le chef de la diplomatie marocaine.

Photo du diplomate marocain diffusée sur les réseaux sociaux (Twitter)

Samedi, les autorités algériennes ont donc convoqué l'ambassadeur marocain pour lui exprimer leurs « vives protestations » après des « provocations » et du « harcèlement de la part de membres de la délégation marocaine » contre « une jeune diplomate » algérienne, selon les Affaires étrangères algériennes, qui ont dit « attendre des excuses de la part du Maroc. »

Les autorités marocaines ont transmis samedi à l'AFP une copie du rapport médical de l'hôpital de Sainte-Lucie où a été évacué leur diplomate, indiquant une « trace de coup à la face ».

Rabat a également rendu public une copie du rapport du chef de la police locale, faisant un récit circonstancié de l'incident et qui décrit comment le responsable algérien a « frappé avec sa main le visage » du Marocain.

« Contrairement à ce qui a été dit, l'agression est bien réelle, et elle est attestée par un rapport de police, qui n'est pas une plainte. Ce rapport émane du responsable de la sécurité de l'île et est adressé au Premier ministre. Cela confirme l'incident », a commenté M. Bourita.

« Nous attendons que la partie algérienne assume les conséquences de cet acte. Si c'est un cas isolé, il faut le traiter », a souligné le ministre.

« Cela traduit une extrême nervosité de la diplomatie algérienne »

Interrogé par l'AFP, le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita a confirmé l'incident : « Arriver ainsi à transgresser tous les us et coutumes diplomatiques, de la part d'un haut diplomate, troisième personnage du MAE algérien, c'est grave. Ce genre d'extrême, jusqu'à l'agression physique, c'est unique dans les annales », a commenté Nasser Bourita.

« Cela traduit une extrême nervosité de la diplomatie algérienne : qu'un représentant algérien  se déplace jusqu'à Sainte-Lucie, et énervé par la demande de nos représentants, en vienne ainsi aux mains. C'est d'autant plus surprenant de la part d'un pays [l’Algérie] qui se dit simplement observateur » au Sahara, a-t-il remarqué, appelant Alger « à plutôt contribuer à une solution et à assumer sa responsabilité dans ce dossier ».

Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental est depuis 1975 en grande partie sous contrôle du royaume, qui le considère comme partie intégrante de son territoire. Le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, en réclame l'indépendance.

Avec le retour du Maroc au sein de l'Union africaine (UA) début 2017, la rivalité entre Rabat et Alger s'est exacerbée autour de cette question du Sahara, et donne lieu à une sourde lutte d'influence au sein des organisations et rencontres internationales.