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Pour les Algériens, l’adhésion du Maroc à l’Union africaine passe mal

Le Maroc revient au sein du bloc africain qu’il avait quitté en 1984 en devenant le 55e pays à intégrer l’Union africaine. Malgré des résistances, notamment algériennes, liées au dossier du Sahara occidental
En obtenant le droit d'adhérer à l'Union africaine, Maroc remporte son pari après avoir réalisé que la politique de la chaise vide devenait un obstacle à son expansion économique et son influence en Afrique (AFP)
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« Nous n’ignorons pas que nous ne faisons pas l’unanimité au sein de cette noble Assemblée. Loin de nous l’idée de susciter un débat stérile ! Nous ne voulons nullement diviser, comme certains voudraient l’insinuer ! »

Lors de son discours devant l’Union africaine (UA) où le Maroc vient d’être intégré – 39 des 54 États y ont été favorables – le roi Mohammed VI a fait allusion aux tensions provoquées par son retour au sein du bloc africain, qu’il avait quitté en 1984. À l’époque, l’UA était encore l’Organisation de l’union africaine (OUA) et le Maroc avait choisi de se retirer pour protester contre l'admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) proclamée par le Front Polisario au Sahara occidental, un territoire que Rabat considère comme sien. 

Plusieurs poids-lourds du continent, dont l'Afrique du Sud, le Nigeria, et surtout l’Algérie, soutiens de longue date de la République sahraouie, se sont opposés au retour du Maroc au sein de l'UA, qui a par ailleurs élu lundi 30 janvier Abdelaziz Bouteflika vice-président. Le Congrès national africain (ANC), parti au pouvoir en Afrique du Sud, a déclaré « regretter » la décision prise par l’organisation.

« L’Algérie a activé en interne pour retarder l’adhésion du Maroc en présentant avec dix autres pays une requête au conseiller juridique », témoigne une source diplomatique. « Cette requête demandait si cette adhésion était possible puisque le Maroc occupe le territoire d’un autre État membre, ce qui contrevient aux principes fondateurs de l’acte constitutif de l’Union africaine. Le conseiller juridique a émis des réserves, mais cela n’a pas suffi. »

Le ministre sahraoui des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Salek, qui considère cette adhésion comme une « une victoire diplomatique très importante pour les Sahraouis » (pour les Sahraouis cette adhésion et le fait que le Maroc accepte de siéger à côté d'eux est un début de reconnaissance), mettra également le Maroc « face à ses responsabilités historique et juridique », rappelant qu'il est « le seul pays d'Afrique qui ne respecte pas ses frontières reconnues par l'ONU et l'UA ».

Mais pour le quotidien L’Expression, « Le Maroc prépare donc un coup à sa manière de l'intérieur même de l'organisation » en cherchant « à diviser l'UA et à la casser au moment où celle-ci prend de l'importance, devenant un interlocuteur et un partenaire incontournable des institutions internationales. Ainsi, une adhésion qui devrait renforcer l'UA, pourrait devenir son cheval de Troie », commente un de ses éditorialistes.