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Dans une lettre à Charles III, les dirigeants musulmans de Jérusalem condamnent le déménagement de l’ambassade britannique

Les dirigeants du Waqf islamique et deux grands muftis écrivent au nouveau monarque pour exprimer leur profonde inquiétude concernant un éventuel déménagement
Dôme du Rocher dans le complexe de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem-Est occupée (AFP)
Dôme du Rocher dans le complexe de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem-Est occupée (AFP)

Les principaux dirigeants musulmans de Jérusalem ont fait part au roi Charles III de leur « profonde inquiétude » quant à la décision de la Première ministre britannique Liz Truss d’envisager de déplacer l’ambassade britannique actuellement située à Tel Aviv, dans une note consultée par Middle East Eye.

Lors d’une rencontre avec son homologue israélien, Yaïr Lapid, en marge de l’assemblée générale de l’ONU en septembre, Liz Truss a déclaré qu’elle envisageait de déplacer l’ambassade à Jérusalem. Elle a plus tard affirmé qu’elle examinait le sujet. 

Le Royaume-Uni « possède déjà un terrain pour une ambassade à Jérusalem »
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Une déclaration adressée au nouveau souverain britannique par les dirigeants du Waqf islamique (organisme palestino-jordanien qui dirige les affaires de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem-Est occupée) et l’actuel ainsi que l’ancien grand mufti de Jérusalem et de Palestine, respectivement les cheikhs Mohammad Hussein et Ekrima Sabri, ont condamné cet éventuel déménagement.

« Jérusalem est un parfait exemple de coexistence et de paix entre les communautés religieuses depuis des siècles », rappelle cette lettre commune. « La communauté internationale, dont le Royaume-Uni, a reconnu les arrangements juridiques et historiques spécifiques, également appelé “statu quo” depuis 1852. »

Cette lettre stipule que le statut spécifique de protection des droits des différentes religions a perduré jusqu’en 1967, « lorsqu’Israël a commencé à imposer de nombreuses mesures unilatérales en faveur de son identité et de sa communauté juive ». 

Elle explique que la communauté internationale, au travers de nombreuses résolutions de l’ONU, a rejeté les mesures unilatérales d’Israël et a appelé à préserver le statu quo d’avant 1967.

Saper la solution à deux États

« Nous nous opposons au déplacement de l’ambassade britannique à Jérusalem parce que nous le voyons comme un message adressé au monde déclarant que le Royaume-Uni, allant à l’encontre du droit international et du statu quo, accepte l’occupation militaire illégale d’Israël qui se poursuit dans les territoires palestiniens, l’annexion unilatérale israélienne de Jérusalem-Est et les mesures de judaïsation illégales d’Israël dans la ville sainte. »

Elle ajoute que le déplacement saperait toute solution à deux États et enflammerait le conflit religieux au milieu d’une « situation déjà instable à Jérusalem ». 

En réponse à cette lettre, un porte-parole du roi Charles III a rapporté à MEE qu’il s’agissait d’une « question pour le gouvernement britannique ». 

La lettre ajoute que le déplacement saperait toute solution à deux États et enflammerait le conflit religieux au milieu d’une « situation déjà instable à Jérusalem »

Alors prince de Galles, le roi Charles III s’était rendu à Jérusalem en 2020, il y avait exprimé sa sympathie pour les Palestiniens et leur avait souhaité « la liberté, la justice et l’égalité » à l’avenir. Son admiration et sa connaissance de l’histoire et de la théologie musulmane sont également bien documentés.

Cette lettre est la dernière d’une longue liste de déclarations de la part d’importantes personnalités religieuses qui condamnent cet éventuel déplacement. 

Lundi, les dirigeants chrétiens à Jérusalem ont qualifié cet examen de « nouvel obstacle à l’avancement du processus de paix déjà moribond ».

Un porte-parole de Justin Welby, archevêque de Canterbury, confiait à MEE la semaine dernière : « L’archevêque s’inquiète de l’impact potentiel du déplacement de l’ambassade britannique en Israël de Tel Aviv à Jérusalem avant tout accord négocié entre les Palestiniens et les Israéliens. »

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Par ailleurs, le cardinal Vincent Nichols, plus haut représentant du catholicisme au Royaume-Uni, dit ne voir « aucune raison valide » à cette décision, la qualifiant de « particulièrement préjudiciable ». 

Une note d’information diffusée par le lobby Conservative Friends of Israel aux députés conservateurs qui lui sont affiliés assure que le gouvernement britannique possède déjà un terrain à Jérusalem-Ouest destiné à devenir le site de la nouvelle ambassade. 

Dans une intervention choc mardi, l’ancien ministre britannique des Affaires étrangères William Hague (ancien dirigeant du parti conservateur) a déclaré que déplacer l’ambassade alignerait le gouvernement de Liz Truss avec l’ancien président américain Donald Trump.

Trump a rompu avec la convention internationale en déplaçant l’ambassade américaine israélienne à Jérusalem en 2018 – une décision alors condamnée par le gouvernement britannique. 

Seuls trois autres États membres de l’ONU ont leur ambassade à Jérusalem : le Guatemala, le Honduras et le Salvador.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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