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Cisjordanie : octobre est le mois le plus meurtrier de « l’année la plus meurtrière » pour les Palestiniens

Selon l’ONU, la moyenne mensuelle des Palestiniens tués est la plus élevée depuis le début du recensement des victimes en 2005
Des personnes endeuillées aux funérailles de Salah al-Buraiki, 19 ans, tué dans la nuit par les forces israéliennes lors d’un raid dans la ville de Jénine en Cisjordanie occupée, le 21 octobre 2022 (Reuters)
Des personnes endeuillées aux funérailles de Salah al-Buraiki, 19 ans, tué dans la nuit par les forces israéliennes lors d’un raid dans la ville de Jénine en Cisjordanie occupée, le 21 octobre 2022 (Reuters)

Pour l’instant, octobre détient le record du nombre de Palestiniens tués par les balles israéliennes en Cisjordanie occupée (y compris Jérusalem-Est) en 2022, selon les données compilées par Middle East Eye.

Le mois dernier, les forces israéliennes ont tué au moins 29 Palestiniens en Cisjordanie, faisant à ce jour d’octobre le mois le plus meurtrier de l’année qui s’annonce « la plus meurtrière » depuis que l’ONU a commencé à comptabiliser les victimes dans les territoires palestiniens en 2005, a estimé mardi le Bureau des affaires humanitaires de l’ONU.

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Selon l’analyse de MEE, c’est aussi le plus le bilan le plus lourd en Cisjordanie en l’espace d’un mois depuis le mouvement de contestation nationale de mai 2021 contre les attaques israéliennes sur la mosquée à al-Aqsa, mais les expulsions de Sheikh Jarrah et le bombardement de la bande de Gaza.

Avant cela, la dernière fois que le bilan avait dépassé les 30 morts, c’était entre octobre et décembre 2015, au point culminant d’une vague d’attaques au couteau menée par des Palestiniens. 

Explosion ciblée

Au moins cinq des personnes décédées en octobre après avoir été abattues par les forces de sécurité israéliennes étaient de jeunes garçons. Le plus jeune avait 12 ans. Il s’agit de Mahmoud Mohammad Samoudi, originaire de Jénine, qui a succombé à ses blessures à l’hôpital le 10 octobre, après s’être fait tirer dessus le 28 septembre lors d’un raid de l’armée. 

Plus de la moitié des personnes tuées en octobre n’étaient probablement pas armées lorsqu’elles ont été abattues, d’après les autorités palestiniennes et les articles de presse.

Quinze n’étaient que de simples spectateurs lors de manifestations, de raids de l’armée ou d’attaques de colons protégés par l’armée.

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Le 3 octobre, les forces israéliennes ont ouvert le feu sur un véhicule transportant trois Palestiniens qui rentraient du travail, tuant deux des occupants et blessant le troisième.

Les forces de sécurité ont prétendu qu’ils avaient tenté de mener une attaque à la voiture-bélier, une accusation réfutée par les témoins oculaires et le survivant blessé.

Fait rare, un cadre du groupe armé « la Tanière des Lions » est décédé le 23 octobre dans ce qui semble être une explosion ciblée dans la vieille ville de Naplouse.

Les Palestiniens ont accusé Israël d’être à l’origine de cette attaque. L’armée israélienne n’a pas commenté l’explosion.

Deux membres de la défense civile, composante des services de sécurité palestiniens, ont été tués le 28 octobre après une fusillade dans un poste militaire dans des circonstances encore obscures.
 
Cinq individus ont été tués lors d’affrontements armés avec des soldats israéliens lors de raids dans les villes de Jénine et Naplouse dans le nord de la Cisjordanie. Quatre autres ont été abattus alors qu’ils menaient des attaques à la voiture-bélier ou tiraient contre des colons et soldats israéliens.

Les victimes israéliennes se sont elles aussi multipliées en octobre par rapport au dernier mois. 

Les Palestiniens ont tué trois Israéliens, deux soldats et un colon dans des attaques distinctes visant les checkpoints militaires et les colonies en Cisjordanie. 

« Année la plus meurtrière » depuis 2005

Les victimes d’octobre s’ajoutent à la tendance à la hausse des violences depuis le début de l’année. 

Les forces et colons israéliens ont tué 130 Palestiniens en Cisjordanie en 2022 jusqu’à présent, selon les données rassemblées par MEE reposant sur les chiffres de l’ONU, le ministère palestinien de la Santé et les reportages de MEE

Ce niveau de violence en Cisjordanie n’avait pas été vu depuis la fin de la seconde Intifada.

Mardi dans son rapport, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), qui fournit une aide humanitaire dans les territoires occupés, a indiqué : « Jusqu’à présent, 2022 est l’année la plus meurtrière pour les Palestiniens en Cisjordanie, sur une moyenne mensuelle depuis que l’ONU a commencé à comptabiliser systématiquement les victimes en 2005. »

Selon Defense for Children International Palestine (DCIP), au moins 28 enfants palestiniens ont été tués par les forces ou colons israéliens en Cisjordanie depuis le début de l’année. 

« En ayant recours au quotidien à la force létale délibérée dans des situations qui ne le justifient pas au regard du droit international, les forces israéliennes ont créé un environnement où aucun enfant palestinien n’est en sécurité »

- Ayed Abu Eqtaish, DCIP

Ayed Abu Eqtaish, directeur du programme responsabilité de l’organisation, a déclaré dans un communiqué le mois dernier que les enfants palestiniens n’étaient pas en sécurité sous l’occupation israélienne.  

« Personne n’a été tenu responsable. En ayant recours au quotidien à la force létale délibérée dans des situations qui ne le justifient pas au regard du droit international, les forces israéliennes ont créé un environnement où aucun enfant palestinien n’est en sécurité », estime Ayed Abu Eqtaish.

De plus, 49 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza lors des trois jours de bombardements israéliens au mois d’août, dont 17 enfants. Le plus jeune, Jamil Nijm Jamil Nijm, avait 4 ans.

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Les violences de cette année surviennent alors que les troupes israéliennes multiplient les opérations en Cisjordanie pour éradiquer la menace croissante des groupes armés palestiniens qui émergent, principalement la Tanière des Lions à Naplouse et la Brigade de Jénine dans la ville éponyme.

Ces deux groupes basés dans le nord de la Cisjordanie n’ont aucune affiliation directe avec les partis traditionnels et leurs membres appartiennent à diverses factions. 

Ils sont composés de dizaines de jeunes combattants, ayant pour la plupart une vingtaine d’années, qui disent diriger leurs opérations contre des cibles israéliennes en réponse à l’occupation. 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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