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Sahara occidental : l’Espagne se range du côté du Maroc afin de mettre fin à la crise diplomatique

L’Espagne a opéré un changement de position radical sur ce dossier hautement sensible en soutenant pour la première fois publiquement la position de Rabat, mettant fin à une brouille diplomatique majeure entre les deux pays
Des militants pour l’indépendance du Sahara occidental agitent des drapeaux et des banderoles lors d’une manifestation à Madrid en 2016 (AFP/Gérard Julien)
Des militants pour l’indépendance du Sahara occidental agitent des drapeaux et des banderoles lors d’une manifestation à Madrid en 2016 (AFP/Gérard Julien)

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« L’Espagne considère que l’initiative d’autonomie présentée en 2007 [par le Maroc] est la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution de ce différend » entre Rabat et les indépendantistes du Front Polisario, a déclaré devant la presse à Barcelone le chef de la diplomatie espagnole José Manuel Albares.

Il confirmait ainsi mot pour mot le message du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez dont avait fait état dans la journée le palais royal marocain dans un communiqué mais qui n’avait pas été confirmé par Madrid.

Sans reprendre ce message et sans dire mot du Sahara, le gouvernement espagnol avait réagi plus tôt au communiqué du palais royal en annonçant l’ouverture d’une « nouvelle étape » dans les relations diplomatiques entre le deux pays.

La nouvelle position de Madrid est un changement radical alors que l’Espagne avait toujours prôné jusqu’ici la neutralité entre Rabat et le Polisario

Madrid « a cédé »

Le conflit du Sahara occidental, ex-colonie espagnole considérée comme un « territoire non autonome » par l’ONU, oppose depuis des décennies le Maroc aux indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par Alger.

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Rabat, qui contrôle près de 80 % de ce territoire, propose un plan d’autonomie sous sa souveraineté tandis que le Polisario réclame un référendum d’autodétermination, prévu lors de la signature en 1991 d’un cessez-le feu mais jamais concrétisé.

Dans le cadre de la normalisation des relations entre les deux pays, une visite de Pedro Sánchez au Maroc, dont la date n’a pas été communiquée, est programmée tandis que José Manuel Albares, se rendra lui à Rabat avant la fin du mois, selon le gouvernement espagnol.

Pour Ignacio Cembrero, journaliste espagnol spécialiste des relations entre les deux pays, « le gouvernement espagnol a cédé à la principale exigence du Maroc » qui lui demandait de « soutenir sa proposition d’autonomie » du Sahara occidental.

« C’est un changement important » car « le Maroc exige que cela soit rendu public » mais « les autorités espagnoles ont toujours aidé le Maroc [sur ce dossier] ces dernières années » dans la discrétion, nuance-t-il.

Dans un communiqué, le ministère marocain des Affaires étrangères a salué « les positions positives et les engagements constructifs de l’Espagne au sujet du Sahara marocain ».

La délégation du Polisario en Espagne a elle accusé Madrid d’avoir « cédé face au chantage et à la politique de la peur utilisée par le Maroc ».

Crise migratoire à Ceuta

La brouille diplomatique majeure entre Madrid et Rabat avait été provoquée en avril 2021 par l’accueil en Espagne, pour y être soigné du COVID-19, du chef du Front Polisario, Brahim Ghali, ennemi juré de Rabat.

Elle s’est traduite en mai dernier par l’arrivée massive de migrants d’origine marocaine dans l’enclave espagnole de Ceuta, sur la côte nord du Maroc, profitant d’un relâchement de la surveillance des frontières côté marocain.  

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Avant les annonces de vendredi, les tensions s’étaient atténuées mais n’avaient pas pris fin. Rappelée pour consultations en mai, l’ambassadrice du Maroc en Espagne n’est toujours pas revenue à Madrid.

Selon Bernabé López, professeur d’études arabes et islamique à l’Université autonome de Madrid, ce geste de Madrid sur le Sahara a principalement pour but d’obtenir de Rabat un contrôle des flux migratoires.

Afin « de serrer un peu la vis et qu’il y ait plus de contrôle et non cette absence intentionnée de contrôle de la part du Maroc », juge-t-il.

Le Sahara occidental est au centre de toute l’action diplomatique de Rabat.

En contrepartie de la reprise de ses relations diplomatiques avec Israël, le Maroc avait obtenu des États-Unis, alors dirigés par Donald Trump, la reconnaissance de « la marocanité » de l’ex-colonie espagnole.

Ce virage de Pedro Sánchez pourrait par ailleurs créer de fortes tensions au sein de son exécutif avec ses alliés de la gauche radicale de Podemos, favorables à l’autodétermination des sahraouis.

Sur Twitter, la ministre du Travail, représentant Podemos, Yolanda Diaz, a déclaré que « toute solution au conflit [au Sahara occidental] devait passer par le respect et la volonté démocratique du peuple sahraoui ».

Par Mathieu Gorse et Daniel Silva.