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Sahel : retrait français du Mali et réorganisation régionale en vue

En pleine présidence française de l’Union européenne et à trois mois de l’élection présidentielle française, un retrait forcé du Mali constituerait un cuisant revers
Emmanuel Macron présentera avant la fin de la semaine son projet sur la zone sahélienne où la France est déployée militairement depuis 2013 (AFP/Ludovic Marin)
Emmanuel Macron présentera avant la fin de la semaine son projet sur la zone sahélienne où la France est déployée militairement depuis 2013 (AFP/Ludovic Marin)
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Partir du Mali sous pression de la junte, sans doute. Mais pour aller où, faire quoi et avec qui ? La France va présenter cette semaine les contours de son futur dispositif militaire régional, alors que les groupes islamistes armés conservent leur pouvoir de nuisance au Sahel et menacent les pays côtiers du golfe de Guinée.

Selon plusieurs sources concordantes, le président Emmanuel Macron présentera mercredi ou jeudi, en marge d’un sommet Union européenne – Union africaine, son projet dans cette zone où la France est déployée militairement depuis 2013.

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Vilipendée depuis plusieurs semaines par le pouvoir en place à Bamako, que les Occidentaux accusent de recourir à la sulfureuse société de mercenaires russe Wagner, la France s’était donnée deux semaines pour trancher sur l’avenir de son action au Mali, après neuf ans de lutte antiterroriste à laquelle elle a fini par réussir à associer des partenaires européens.

Un millier de mercenaires du groupe russe Wagner se trouvent désormais au Mali, a estimé lundi soir le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, répétant que les conditions n’étaient « plus réunies » pour la poursuite de la mission de la force française Barkhane dans ce pays.

« Wagner c’est un millier [d’hommes] maintenant » au Mali, a déclaré le chef de la diplomatie française sur la chaîne France 5, en réaffirmant que l’« objectif affiché » de ce groupe était de « protéger la junte » au pouvoir à Bamako.

Ambiance de fin de règne sur fond de sentiment anti-français

La France et ses partenaires européens au Mali affirment que la junte arrivée au pouvoir par la force en 2020 a fait appel ces derniers mois à ce groupe privé engagé dans différents pays d’Afrique sub-saharienne, mais aussi en Syrie ou en Libye

Ils voient dans la présence de Wagner, soupçonné d’exactions, un facteur d’instabilité supplémentaire et la jugent « incompatible » avec leur action sur le terrain. La junte persiste pour sa part à démentir tout engagement de Wagner et évoque une coopération militaire avec la Russie.

Ce souci de présenter un front européen uni répond à une double ambition : éviter une comparaison peu flatteuse avec le départ unilatéral et chaotique des Américains en Afghanistan en août 2021, et atténuer les reproches ciblant l’ex-puissance coloniale

Paris doit dans la foulée présenter une réorganisation de son dispositif régional, dans une ambiance de fin de règne sur fond de sentiment anti-français croissant au Sahel.

« Si les conditions ne sont plus réunies, ce qui est manifestement le cas, pour qu’on puisse être en mesure d’agir au Mali, on continuera à combattre le terrorisme à côté avec les pays du Sahel qui sont eux tout à fait demandeurs », a souligné lundi 14 février Jean-Yves Le Drian.

Le Niger voisin, un des alliés régionaux les plus fiables des Français, pourrait jouer un rôle central dans le nouveau dispositif. La ministre des Armées Florence Parly s’est rendue à Niamey début février pour s’entretenir avec le président nigérien Mohamed Bazoum.

Paris a consulté en amont les pays membres du groupement européen de forces spéciales Takuba, créé en 2020 à l’initiative de la France pour partager le fardeau sécuritaire au Mali. Ce souci de présenter un front européen uni répond à une double ambition : éviter une comparaison peu flatteuse avec le départ unilatéral et chaotique des Américains en Afghanistan en août 2021, et atténuer les reproches ciblant l’ex-puissance coloniale.

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Des désaccords filtraient toutefois à Bamako entre chancelleries européennes sur la conduite à tenir, contrairement au discours d’unité proclamé dans les capitales, selon plusieurs diplomates interrogés par l’AFP.

Takuba, symbole d’une Europe de la défense chère au président français, censée compenser sur la durée la baisse des effectifs de la force Barkhane, a de fait subi un violent coup d’arrêt. Un contingent danois venu grossir ses rangs a quitté le Mali sur ordre de la junte, avant que la Norvège renonce à envoyer quelques soldats faute d’accord avec Bamako.

En pleine présidence française de l’Union européenne et à trois mois de l’élection présidentielle française, à laquelle Emmanuel Macron va sans doute se représenter, un retrait forcé du Mali après neuf ans d’engagement au prix de 48 morts français (53 au Sahel) constituerait un cuisant revers.

Rendre moins visible la présence française

Mais si ce scénario semble aujourd’hui inévitable au Mali, un départ de l’ensemble du contingent français et européen de la zone est exclu.

« Une forme de coopération ne va jamais disparaître, les Européens ne peuvent pas se passer du Sahel qui est leur voisinage moyen », commente Ornella Moderan, responsable Sahel de l’Institut d’études de sécurité (ISS).

Paris a d’ores et déjà clairement réaffirmé sa volonté de continuer à lutter au Sahel et en Afrique de l’Ouest contre la propagation du terrorisme vers le golfe de Guinée, déjà constatée dans le nord de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Bénin.

Trois attaques à la bombe artisanale la semaine dernière ont fait au moins neuf morts, dont un Français, dans le nord du Bénin. Samedi, la France a annoncé avoir éliminé au Burkina Faso voisin 40 islamistes armés impliqués dans ces attentats.

Dans les pays du Golfe, « il serait important d’apprendre des erreurs du Sahel, où des solutions contre-productives ont abouti à un désaveu des politiques sécuritaires des États et de l’intervention de leurs partenaires internationaux »

Paris devra également tirer les conséquences de ses ambitions stratégiques déçues au Mali, malgré d’indéniables victoires tactiques contre les groupes armés.

Le pouvoir politique malien n’a jamais véritablement déployé les moyens nécessaires pour déployer son autorité et des services dans les zones ratissées par les militaires de la force Barkhane. Et l’armée de ce pays déshérité reste très fragile, malgré les grands efforts déployés pendant des années pour la former et l’aguerrir.

L’enjeu des mois à venir consistera à ne pas laisser de marge de manœuvre aux mouvements affiliés, selon les zones, à al-Qaïda ou au groupe État islamique, qui ont conservé un fort pouvoir de nuisance malgré l’élimination de nombreux chefs. Le tout en veillant à rendre moins visible la présence française au travers de « coopérations » renforcées, sans se substituer aux forces locales.

Dans les pays du Golfe, « il serait important d’apprendre des erreurs du Sahel, où des solutions contre-productives ont abouti à un désaveu des politiques sécuritaires des États et de l’intervention de leurs partenaires internationaux », estime ainsi Bakary Sambé, directeur régional du Timbuktu Institute.