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Les ressources à nouveau au centre d’une flambée de violences au Darfour

Le Darfour, depuis vingt ans le théâtre de violences qui avaient toutefois baissé en intensité, a connu en juillet une reprise des pillages et des raids meurtriers
Un enfant assiste à la visite du Premier ministre Abdallah Hamdok au Darfour, en novembre 2019 (AFP)
Un enfant assiste à la visite du Premier ministre Abdallah Hamdok au Darfour, en novembre 2019 (AFP)
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Dernier épisode d’une série de sept incidents violents entre le 19 et 26 juillet : samedi, quelque 500 hommes armés ont attaqué le village de Masteri, à 48 km de la capitale provinciale d’Al Genaïna, au Darfour-Ouest, tuant plus de 60 personnes, en majorité de la communauté Masalit, et en blessant 60 autres.

Plusieurs maisons dans le nord, le sud et l’est du village ont été pillées et brûlées ainsi que la moitié du marché local, a indiqué dimanche le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l’ONU à Khartoum.

Selon l’organisation internationale, « cette escalade de la violence dans différentes parties du Darfour provoque des déplacement de population et met en danger la saison agricole », qui coïncide avec la saison des pluies.

Traduction : « Mission des Nations unies au Soudan du Sud/Communiqué de presse : des milliers de familles fuient les nouvelles violences au Jonglei [le plus vaste État du Soudan du Sud] et cherchent refuge auprès de la base des Nations unies. David Shearer, représentant spécial pour le Soudan du Sud : ‘’Les parties doivent immédiatement cesser de se battre, se retirer et retourner dans leurs régions d’origine’’. »

Au Darfour-Sud, au moins vingt paysans avaient été tués vendredi par des hommes armés alors qu’ils revenaient sur leurs champs après plus de quinze ans d’absence.

Ils avaient été autorisés à revenir sur leurs terres au terme d’un accord conclu il y a deux mois sous l’égide du gouvernement avec ceux qui s’y étaient installés durant le conflit au Darfour.

Des négociations de paix pour une armé unifiée

Ce conflit, qui a éclaté en 2003 entre le régime à majorité arabe d’Omar el-Béchir et des insurgés issus de minorités ethniques, a fait des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés selon l’ONU. Mais ces dernières années, le conflit avait baissé en intensité.

Le 16 juillet, le gouvernement soudanais et une coalition de groupes rebelles étaient même entrés à Juba dans la phase finale des pourparlers de paix, centrés sur la création d’une armée unifiée.

Les médiateurs sud-soudanais ont décrit ces nouvelles discussions comme « les plus importantes » du processus de paix, qui vise à ramener la stabilité dans les régions du Darfour, du Kordofan-Sud et du Nil Bleu.

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Les rebelles ont dénoncé pendant des années la marginalisation de leurs régions et combattu les forces de l’ex-président Omar el-Béchir, destitué en avril 2019 par l’armée sous la pression d’un mouvement de contestation populaire inédit.

Depuis que le gouvernement de transition est entré en fonction en août, le Premier ministre Abdallah Hamdok a fait de la paix dans ces trois régions sa priorité.

Face à cette situation, le Conseil de défense et de sécurité, la plus haute instance de sécuritaire du pays, s’est réuni.

« Une force conjointe de sécurité va être déployée dans les cinq Etats du Darfour pour assurer la sécurité des citoyens et [protéger] la saison agricole » qui dure de juillet à novembre, a indiqué dans un communiqué le Premier ministre après avoir reçu une délégation de femmes originaires du Darfour.

Cette force conjointe comprendra des membres de l’armée et de la police.

La question de la terre

Mais une violence endémique demeure en raison des conflits relatifs à la terre, selon Adam Mohammad, expert de la région. « La question de la terre est l’une des causes du conflit et elle demeure car durant la guerre, les paysans ont fui leurs terres et leurs villages pour aller dans des camps et des nomades les ont remplacés et s’y sont installés », affirme-t-il à l’AFP.

Dans les cinq États du Darfour, 2,8 millions de personnes souffrent de la faim dont 545 000 dans le seul État du Darfour-Ouest. 

En mai, des conflits tribaux, même si moins intenses que par le passé, avaient aussi fait des dizaines de morts. Marginalisées, les tribus nomades du Soudan, qui se déplacent avec leurs troupeaux de bovins ou de chameaux sur des terres arides, se battent souvent pour les rares pâturages, du bétail ou des ressources en eau.