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Les « blackfaces » de stars arabes, une solidarité jugée de mauvais goût avec les manifestations aux États-Unis

Des images d’artistes grimées en noir en soutien au mouvement de contestation antiraciste provoqué par le meurtre de George Floyd ont suscité de vives critiques
De gauche à droite : la chanteuse libanaise Tania Saleh, l’actrice marocaine Mariam Hussein, l’actrice et chanteuse algérienne Souhila ben Lachhab (réseaux sociaux)

Plusieurs actrices et chanteuses arabes on fait l’objet de critiques après avoir partagé des photos d’elles-mêmes grimées en noir en soutien aux manifestations qui balaient les États-Unis après le meurtre brutal de Georges Floyd par un policier à Minneapolis, de nombreux internautes dénonçant leur utilisation du blackface

Ainsi, la compositrice-interprète libanaise Tania Saleh a posté cette semaine sur Twitter une photo montrant son visage superposé à celui d’une femme noire avec une coupe afro.

En légende, la chanteuse a indiqué qu’elle aimerait être noire et qu’elle soutenait ceux qui manifestent pour la justice aux États-Unis.

L’image a toutefois été jugée hors-contexte et raciste par certains internautes.

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Traduction : « J’espère que tu liras ça et supprimeras cette publication. Ce n’est pas la bonne façon d’exprimer sa solidarité ou son appréciation, c’est en fait plutôt insensible. Ils se font opprimer et tuer du fait de leur simple existence. Ils ne sont pas une esthétique. Apprécie la culture, mais ne te l’approprie pas. »

D’autres ont qualifié l’image de « fétichisation » de la culture noire et ont demandé à l’artiste d’exprimer sa solidarité autrement, sans alimenter les clichés racistes.

La chanteuse compte plus de 16 000 abonnés sur Instagram, réseau sur lequel la photo a également été partagée malgré les milliers de commentaires réclamant sa suppression. 

« Je l’ai publiée avec amour et je ne la retirerai pas malgré tous vos commentaires offensants », a écrit la chanteuse dans les commentaires sous sa photo. 

Un internaute lui a répondu : « C’est de loin la pire publication que j’aie vu de ma vie. Le blackface, l’appropriation culturelle, le détournement d’un mouvement et le souhait d’être noire uniquement pour “coller” au contexte politique actuel sont incroyablement irrespectueux. Si tu veux soutenir cette cause, fais un don ou de la sensibilisation. Ne photoshoppe pas une photo de toi dans le seul but de promouvoir ta marque. »  

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Traduction : « Tu agis comme si tu soutenais la culture noire et pourtant, tu fais de la fétichisation même si des noirs te disent littéralement que tu te montres raciste et que ton comportement alimente le racisme structurel. Si tu aimais la culture noire, tu respecterais les voix des noirs, tu ne les rejetterais pas ni ne les mépriserais. »

Tania Saleh s’est défendue en affirmant que la photo qu’elle avait partagé était une manifestation d’admiration et de respect à l’égard de la culture des personnes noires et qu’elle ne voulait offenser personne. La chanteuse n’a pas supprimé la photo de ses comptes sur les réseaux sociaux. 

Le blackface désigne une pratique courante aux États-Unis au XIXe siècle et au début du XXe siècle consistant à se grimer en noir en exagérant les traits pour se moquer et insulter les noirs à des fins de divertissement. 

Cette pratique, couramment utilisée dans les spectacles, s’appuie sur les stéréotypes à l’égard des personnes noires et des minorités ethniques. 

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Traduction : « Hey Tania. Je te dis ça en tant que noire qui écoutait ta musique, c’est blessant. Me dire que tu aurais voulu être née sous le racisme que je vis. Cela me dit tout au plus que tu penses qu’incarner une personne noire serait sympa. »

Une internaute libanaise noire, Lama Elamine, a réagi à la photo de l’artiste en abordant en vidéo ce que c’est que d’être une noire au Liban dans le climat actuel.

« Tu voudrais être noire… viens voir à quoi ça ressemble d’être noire au Liban. Il y avait une jeune joueuse de basket qui rentrait chez elle lorsqu’un groupe d’hommes s’en est pris à elle et voulait la frapper… simplement parce qu’elle est noire et qu’elle avait gagné. 

« Et puis, il y a cette jeune fille qui veut se mettre au théâtre et à la comédie à l’école, mais le professeur ne le lui autorise pas, parce qu’elle est noire. »

Cette vidéo, visionnée des milliers de fois, a été saluée et utilisée pour souligner les problèmes des inégalités au Liban.

L’actrice marocaine Mariam Hussein a également partagé une image d’elle-même la peau foncée sur son compte Instagram, où elle compte plus de 640 000 abonnés.

En légende de sa photo, l’actrice a partagé une référence à un verset religieux du Coran, qui stipule qu’il n’y a pas de supériorité d’une race sur une autre, sauf grâce à la piété. 

L’image a provoqué une vive réaction chez des milliers d’internautes qui lui ont dit de se renseigner sur l’histoire du blackface et pourquoi c’était blessant. 

Autre exemple, l’actrice et chanteuse algérienne Souhila ben Lachhab, qui compte plus d’un million d’abonnés sur Instagram, s’est maquillé la moitié du visage en noir dans le but d’exprimer sa solidarité avec les manifestants américains. 

« Les racistes, ce sont eux qui ont le cœur noir. Ils sont noirs à l’intérieur, bien qu’ils ne le sachent pas », a-t-elle écrit en légende. 

Des stars libanaises ont déjà été condamnées pour leur utilisation du blackface. En 2018, Myriam Fares est apparue avec un teint plus foncé dans son clip « Goumi’ (Get Up) », qui se déroulait dans une jungle. 

Sur les réseaux sociaux, les utilisateurs avaient dénoncé la vidéo « ignorante et raciste » de la pop star et déclaré que c’était un exemple d’appropriation culturelle.

Le système de la kafala

Les utilisateurs des réseaux sociaux ont utilisé les photos pour faire connaître le système de la kafala, une forme de parrainage courante au Moyen-Orient qui limite les libertés des travailleurs étrangers, et le racisme actuel au Liban.

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Plus tôt cette année, le Liban a été exhorté à mettre fin au système « abusif » de la kafala après le suicide présumé d’une employée de maison. 

Le Liban dénombre près de 250 000 travailleurs domestiques migrants qui ont le droit de travailler dans le pays via le système de la kafala.

Alors qu’en vertu de la loi libanaise, les travailleurs bénéficient de certains droits, avec la kafala, si un employeur met fin à un contrat avec un employé de maison – même en cas d’abus –, le travailleur perd son statut de migrant.

L’année dernière, des centaines de travailleurs au Liban sont descendus dans la rue pour protester, exigeant la fin du système controversé, qui ne permet pas aux travailleurs de voyager, de démissionner, de changer d’emploi ou de rentrer chez eux sans l’autorisation de la famille qui les a embauchés.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.