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Moscou utilise en Ukraine « les mêmes armes à sous-munitions interdites qu’en Syrie »

Human Rights Watch et Amnesty International ont relevé deux cas de ciblage par des armes à sous-munitions, interdites par un traité international de 2008 que ni la Russie ni l’Ukraine n’ont signé
Fragment d’un missile balistique Tochka 9M79 équipé d’une ogive contenant une arme à sous-munitions 9N123 découvert en Ukraine (HRW)
Fragment d’un missile balistique Tochka 9M79 équipé d’une ogive contenant une arme à sous-munitions 9N123 découvert en Ukraine (HRW)
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La Russie a utilisé en Ukraine le même type d’armes à sous-munitions interdites que dans la région syrienne d’Idleb il y a deux ans, selon Human Rights Watch (HRW).

Lundi, l’ONG a indiqué qu’un missile balistique russe transportant une arme à sous-munitions avait atterri devant un hôpital de la région de Donetsk.

L’attaque a tué quatre civils et en a blessé dix autres, dont six travailleurs de la santé. Selon HRW, il s’agissait d’un missile balistique Tochka 9M79 équipé d’une ogive contenant une arme à sous-munitions 9N123. 

Ces munitions sont interdites par un traité international de 2008 que ni la Russie ni l’Ukraine n’ont signé.

HRW a invité les 110 États qui ont adhéré au traité à condamner l’attaque et l’utilisation de ces armes.

« Cette attaque cruelle a tué et blessé des civils et endommagé un hôpital », a constaté Steve Goose, directeur de la division Armes de HRW. « Les forces russes devraient cesser d’utiliser des armes à sous-munitions et mettre fin aux attaques illégales recourant à des armes qui tuent et mutilent sans discrimination. »

Dégâts infligés sans discernement

Les faits se seraient produits le 24 février, peu de temps après que le président russe Vladimir Poutine ait ordonné à ses troupes d’envahir l’Ukraine. 

Les armes à sous-munitions sont connues pour leurs dégâts infligés sans discernement et leur taux de létalité élevé dans les zones civiles.

Le modèle utilisé en Ukraine et en Syrie explose en plein vol et répand des dizaines de petites bombes sur une zone de la taille d’un terrain de football, selon HRW.

Si elles n’explosent pas, des centaines de petites bombes se retrouvent dans le sol et forment une sorte de champ de mines.

Natalia Sosyura, médecin-chef de l’hôpital central de Vouhledar, une ville située dans la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, a raconté les faits à HRW : « J’étais au premier étage de l’hôpital, qui a deux étages. J’ai entendu une forte explosion à l’extérieur. Nous nous sommes précipités dans le couloir. Heureusement, nous n’avions pas beaucoup de patients à ce moment-là, il était environ 10 h 30 du matin. Nous nous sommes allongés par terre. »

HRW a déclaré avoir rendu compte de l’utilisation du même type d’armes à sous-munitions lors d’une attaque menée en janvier 2020 par les forces russes et syriennes à Sarmin, dans le gouvernorat d’Idleb.

« J’étais au premier étage de l’hôpital, qui a deux étages. J’ai entendu une forte explosion à l’extérieur. Nous nous sommes précipités dans le couloir »

- Natalia Sosyura, médecin-chef de l’hôpital central de Vouhledar

« Tous les États parties à la Convention de 2008 sur les armes à sous-munitions doivent condamner sans équivoque cette attaque et toute autre utilisation de cette arme horrible », a ajouté Steve Goose. « Les risques pour les civils sont intolérablement élevés. »

Fin février, à la suite de la reconnaissance par Moscou des deux républiques autoproclamées de Louhansk et Donetsk, Kenneth Roth, directeur exécutif de HRW, avait averti que la « stratégie de crimes de guerre » employée par la Russie en Syrie pouvait se répéter en Ukraine.

Une école maternelle touchée

Amnesty International a aussi dénoncé l’utilisation de bombes à sous-munitions par la Russie, estimant que cela devrait faire l’objet d’une enquête pour « crime de guerre ».

Selon l’ONG basée à Londres, une école maternelle où se réfugiaient des civils à Okhtyrka, dans le nord-est de l’Ukraine, a été touchée vendredi matin par ces armes interdites en 2010.

Trois civils, dont un enfant, ont été tués et un autre enfant a été blessé, a indiqué Amnesty International dans un communiqué publié dimanche. 

Amnesty International s’appuie sur des images vidéo de drone prises sur les lieux qui montrent que des armes à sous-munitions ont touché au moins en sept endroits le bâtiment ou ses alentours. L’ONG s’est aussi procuré 65 photos et vidéos supplémentaires auprès d’une source locale.

« Rien ne justifie de larguer des armes à sous-munitions dans des zones peuplées, encore moins à proximité d’une école. Cette attaque porte toutes les caractéristiques de l’utilisation par la Russie de cette arme qui frappe aveuglement et qui est interdite au niveau international, et montre un mépris flagrant pour les vies des civils », a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

Traduit de l’anglais (original) et actualisé par VECTranslation.