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Yémen : 87 civils tués par des frappes aériennes menées avec des armes américaines et britanniques en un peu plus d’un an

D’après Oxfam, des centaines d’attaques saoudiennes contre des civils ont été menées avec des armes fournies par les États-Unis et le Royaume-Uni en 2021 et 2022
Des Yéménites inspectent un site ciblé par des frappes aériennes saoudiennes contre la capitale Sanaa contrôlée par les Houthis, le 11 novembre 2021 (AFP)
Des Yéménites inspectent un site ciblé par des frappes aériennes saoudiennes contre la capitale Sanaa contrôlée par les Houthis, le 11 novembre 2021 (AFP)
Par MEE

Selon un nouveau rapport, des frappes aériennes menées par la coalition saoudienne avec des armes fournies par les États-Unis et le Royaume-Uni ont tué 87 civils au Yémen sur une période de quatorze mois. 

Dans son rapport intitulé « Alimenter la violence », Oxfam affirme que le Royaume-Uni a contribué à alimenter un nouveau « schéma de violence contre les civils » dans le pays déchiré par la guerre via ses ventes d’armes à la coalition.

Entre janvier 2021 et fin février 2022, Oxfam a recensé plus de 1 700 attaques contre des civils au Yémen, dont un quart ont été menées par la coalition avec uniquement des armes fournies par les États-Unis et le Royaume-Uni.

Des partisans des Houthis manifestent contre le blocus imposé par la coalition saoudienne contre le Yémen, à Sanaa, le 6 janvier 2023 (AFP/Mohammed Huwais)
Des partisans des Houthis manifestent contre le blocus imposé par la coalition saoudienne contre le Yémen, à Sanaa, le 6 janvier 2023 (AFP/Mohammed Huwais)

Au cours de cette période, Oxfam a constaté qu’au-delà des 87 victimes civiles, la coalition a été responsable de 136 blessés, ainsi que de 19 attaques contre des hôpitaux, des cliniques et des ambulances et de 293 attaques ayant forcé des civils à fuir de chez eux.

« Le nombre impressionnant d’attaques contre des civils témoigne de la terrible tragédie vécue par le peuple yéménite », souligne Martin Butcher, conseiller politique d’Oxfam sur les armes et les conflits et auteur du rapport, dans un communiqué.

« Notre analyse montre qu’il existe un schéma de violence contre les civils et que toutes les parties à ce conflit n’ont pas suffisamment agi pour protéger la vie des civils, ce qu’elles sont tenues de faire en vertu du droit international humanitaire. »

Critiques répétées

Le Yémen a sombré dans la guerre civile en 2014, lorsque le mouvement houthi s’est emparé de la capitale Sanaa, obligeant le gouvernement internationalement reconnu à fuir en Arabie saoudite.

Riyad et une coalition d’alliés régionaux, en premier lieu les Émirats arabes unis, sont intervenus en mars 2015 pour repousser les Houthis.

Les sept années de combats n’ont pas permis de déloger le mouvement allié à l’Iran, qui contrôle le nord du Yémen ainsi que les principaux centres urbains du pays.

Interrogé par Middle East Eye, le ministère britannique du Commerce international indique que le Royaume-Uni prend « au sérieux ses responsabilités en matière de contrôle des exportations et applique l’un des régimes de contrôle des exportations les plus solides et les plus transparents au monde ».

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« Nous examinons minutieusement toutes nos demandes d’exportation en nous appuyant sur un cadre strict d’évaluation des risques et nous soumettons toutes les licences à un examen approfondi et continu, comme le veut la norme », précise un porte-parole du ministère.

MEE a adressé une demande de commentaires à l’ambassade d’Arabie saoudite à Londres, à laquelle aucune réponse n’a été donnée au moment de la publication de cet article.

Le gouvernement britannique a fait l’objet de critiques répétées pour sa décision de poursuivre ses ventes d’armes à l’Arabie saoudite en dépit des inquiétudes suscitées par ses violations des droits de l’homme.

Campaign Against Arms Trade (CAAT) se présentera dans le courant du mois devant la Cour suprême du Royaume-Uni pour contester la possibilité pour le gouvernement de vendre des armes au royaume du Golfe. 

Si une précédente contestation judiciaire en 2019 a contraint le gouvernement britannique à suspendre les ventes d’armes, celles-ci ont repris en 2021 après un examen interne.

Le Royaume-Uni a accordé 547 licences d’armement à l’Arabie saoudite pour un montant d’au moins 7,9 milliards de livres (8,9 milliards d’euros) depuis 2015.

Néanmoins, selon CAAT, la valeur réelle des ventes d’armes pourrait dépasser 23 milliards de livres (environ 26 milliards d’euros) si l’on tient compte des « titulaires de licences ouvertes » qui s’y ajoutent.

« L’intensité de ces attaques n’aurait pas été possible sans un approvisionnement rapide en armes », souligne Martin Butcher.

« C’est pourquoi il est essentiel que le gouvernement britannique et les autres gouvernements mettent immédiatement un terme aux ventes d’armes qui alimentent la guerre au Yémen. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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