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Yémen : un très lourd bilan après une frappe aérienne sur un centre de détention houthi

Au moins 70 personnes tuées et une centaine de blessés, c’est le très lourd bilan d’un raid qui a visé vendredi une prison de Saada, quelques jours après une attaque des Houthis contre les Émirats arabes unis
Image tirée d’une vidéo publiée par les Houthis qui montre la destruction d’un centre de détention temporaire à Saada, touché par une frappe le 21 janvier (AFP)
Image tirée d’une vidéo publiée par les Houthis, qui montre la destruction d’un centre de détention temporaire à Saada, touché par une frappe le 21 janvier (AFP)
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Vendredi 21 janvier, une terrible frappe aérienne contre un centre de détention temporaire dans le nord du Yémen a fait plus d’une centaine de morts et de blessés tandis qu’une autre attaque a coupé internet dans le pays.

Voilà deux illustrations de l’intensification des représailles saoudiennes, suite à l’attaque menée par les Houthis contre les Émirats arabes unis (EAU) plus tôt dans la semaine.

Basheer Omar, un porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge, prévient que ce bilan est provisoire et qu'il continue de s’alourdir après l’attaque menée sur Saada, foyer du mouvement rebelle houthi.

Ahmed Mahat, chef de mission au Yémen pour l’ONG Médecins sans frontières qualifie l’incident d’« acte de violence horrible » et précise qu’il est « impossible de savoir combien de personnes ont été tuées ».

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« D’après ce que m’ont rapporté mes collègues à Saada, il y a encore de nombreux corps sur les lieux de la frappe aérienne, de nombreuses personnes portées disparues. L’hôpital al-Gumhourriyeh a reçu jusqu’à présent environ 200 blessés. Il dit être submergé et ne peut ne plus pouvoir accepter de patients », poursuit Ahmed Mahat. 

Le secrétaire-général de l’ONU António Guterres a condamné samedi cette attaque, réclamé une enquête et exigé que les responsables rendent des comptes.

Des images diffusées par les Houthis vendredi montrent des secours retirant des corps des décombres après le raid contre la prison, qui servait de centre de détention pour les travailleurs migrants transitant par ce pays ravagé par la guerre.

Selon Reuters, qui cite un témoin, plusieurs des personnes tuées étaient des migrants africains.

La coalition militaire menée par les Saoudiens, qui soutient le gouvernement reconnu par la communauté internationale, a intensifié ses frappes aériennes contre ce qu’elle prétend être des cibles militaires houthies.

Des évènements qui interviennent après que le groupe pro-Iran ait mené une attaque aérienne sans précédent sur les Émirats arabes unis lundi et lancé d’autres missiles et drones transfrontaliers vers des villes saoudiennes.

Plus au sud, à Hodeida, une vidéo montre des corps parmi les décombres et des survivants groggy après une frappe aérienne contre un centre de télécommunications. 

« En termes juridiques, bombarder des infrastructures civiles constitue un crime de guerre »

Afrah Nasser, chercheuse spécialiste du Yémen 

Le Yémen a subi une coupure nationale d’internet suite à cette attaque, indique une organisation de surveillance du web.

Un communiqué de Save the Children  annonce la mort de trois enfants dans l’attaque sur Hodeida.

« Les voix des Yéménites ne sont déjà pas assez entendues. Alors avec cette coupure d’internet et des télécommunications, les gens sont condamnés à une mort lente sans que le monde ne le sache » déplore Afrah Nasser, chercheuse spécialiste du Yémen pour Human Rights Watch, auprès de Middle East Eye.

« En termes juridiques, bombarder des infrastructures civiles constitue un crime de guerre. C’est donc brutal, c’est terrible pour les civils, pour les travailleurs humanitaires, pour les organisations de la société civile, pour nos partenaires défenseurs des droits de l’homme avec lesquels on travaille sur le terrain. Comment obtenir des informations du Yémen ? », poursuit la chercheuse.

La coalition menée par les Saoudiens a démenti ce samedi avoir visé le centre de détention, rapporte l’agence de presse officielle saoudienne SPA.

« La coalition communiquera au Bureau de la coordination des affaires humanitaires au Yémen et au Comité international de la Croix-Rouge les faits et d’autres informations », assure l’agence de presse publique, citant un porte-parole de la coalition.

Menaces de représailles

La guerre au Yémen a éclaté en septembre 2014, lorsque les Houthis se sont emparés de la capitale Sanaa, déclenchant une guerre civile qui a contraint le président Abd Rabbo Mansour Hadi à chercher refuge à Aden, puis en Arabie saoudite.

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Le royaume et ses alliés sont intervenus en mars 2015 et ont depuis mené plus de 22 000 frappes aériennes pour tenter de repousser les rebelles. Un tiers d’entre elles ont touché des sites civils, notamment des écoles, des usines et des hôpitaux, selon le Yemen Data Project

L’ONU estime que, fin 2021, la guerre avait tué 377 000 personnes de façon directe mais aussi indirecte par la faim et la maladie.

L’organisation mondiale a également déclaré que le Yémen était « la pire crise humanitaire au monde » car les lourdes frappes d’artillerie et aériennes entravent l’accès à la santé et accroissent la pression sur les quelques infrastructures toujours opérationnelles.

Anwar Gargash, conseiller du président émirati, a même prévenu en début de semaine que le pays exercerait son droit à se défendre après l’attaque du 17 janvier contre Abou Dabi, laquelle a été revendiquée par les Houthis.

« Les Émirats ont le droit légal et moral de défendre leur territoire, leur population et leur souveraineté ; et ils exerceront ce droit à se défendre et à empêcher les actes terroristes perpétrés par le groupe houthi », aurait-il affirmé à l’envoyé spécial américain Hans Grundberg, selon l’agence de presse officielle WAM.

L’ONU estime que, fin 2021, la guerre avait tué 377 000 personnes de façon directe mais aussi indirecte par la faim et la maladie

Le 20 janvier, le représentant américain Ro Khanna, farouche détracteur de cette guerre, a déclaré à MEE que Washington devait cesser immédiatement tout soutien militaire accordé à la coalition saoudienne et au contraire « se concentrer sur la diplomatie » pour mettre fin au conflit.

« Cette dangereuse escalade au Yémen doit cesser. Depuis des années, la coalition saoudienne pilonne des zones civiles et des infrastructures au Yémen et a récemment accru ces frappes. En début de semaine, nous avons été témoins d’une horrible attaque houthie par drone et missile qui a tué trois civils aux EAU », a déclaré Ro Khanna.

Avant de poursuivre : « Pour mettre un terme à cette guerre, nous devons utiliser le seul moyen de pression dont nous disposons, qui s’applique à la coalition saoudienne, et mettre fin au soutien militaire américain pour se concentrer sur la diplomatie et assurer une solution politique et une aide vitale à l’une des pires crises humanitaires au monde. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.