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Héliopolis, un film algérien proposé pour les Oscars

Pour son premier long métrage, le réalisateur algérien Djaafar Gacem s’inspire de faits historiques dans l’Algérie des années 1940
Héliopolis est le premier long-métrage du réalisateur et producteur algérien Djaafar Gacem (capture d’écran)
Héliopolis est le premier long-métrage du réalisateur et producteur algérien Djaafar Gacem (capture d’écran)
Par
ALGER, Algérie

Le premier long métrage du réalisateur et producteur algérien Djaafar Gacem, connu comme réalisateur de séries télé à succès, représentera peut-être l’Algérie aux Oscars. Il a en tout cas été proposé dans la catégorie du meilleur long métrage international (film non anglophone) dans l’espoir d’être retenu et de renouveler l’exploit de Z, du cinéaste franco-grec Costa-Gavras (Oscar du meilleur film en langue étrangère pour le compte de l’Algérie en 1969).

Si vous aimez les films historiques, vous trouverez sans doute dans Héliopolis, dont la projection a été reportée à plusieurs reprises en raison de la pandémie, un objet de curiosité.

Tiré des tragiques événements du 8 mai 1945 dans le Constantinois (répression des manifestations nationalistes, plus connue sous le nom de massacres de Sétif, Guelma et Kherrata), le film raconte les divergences de vues entre deux hommes.

D’un côté, Mokdad Zenati, fils d’un assimilationniste acquis aux thèses du rapprochement avec la France coloniale et propriétaire de terres agricoles, de l’autre Mahfoud, son fils, aux idées anticolonialistes et indépendantistes, prônées par le courant politique des « Amis du manifeste de la liberté » (AML) de Ferhat Abbas auquel il se joint, consommant ainsi la rupture avec son père.

Tout commence par une certaine cohabitation pacifique et une vie relativement paisible entre Européens, juifs et musulmans d’Algérie. Mais Mahfoud, brillant élève habitué à vivre selon un mode de vie européen, décroche son baccalauréat et se voit refuser l’accès à l’école polytechnique à cause de son statut d’« indigène ».

Révolté, Mahfoud, interprété par Mehdi Ramdani, rejoint ses amis qui commencent à développer des idées indépendantistes. Leurs aspirations prennent progressivement de l’ampleur et s’expriment au grand jour pour la première fois lors d’une course de chevaux, remportée par un « Arabe ». Le cavalier, Bachir (interprété par Mourad Oudjit), est envoyé contre son gré au front en métropole pour libérer la France de la domination allemande.

En Algérie, sa famille fête la victoire des alliés en ce 5 mai 1945, comme beaucoup d’autres Algériens. Lors des célébrations, des Algériens brandissent le drapeau national dans une marche interdite à Héliopolis (à 5 km au nord de Guelma).

Les nouvelles de Sétif font état de plusieurs morts parmi les Algériens et les Européens. L’armée française ouvre le feu sur des civils. Selon les chiffres officiels algériens, après sept jours de violences, plus de 45 000 Algériens et 102 Européens ont perdu la vie.

Le choix des dialectes

Le film, qui frappe d’abord par le travail sur les lumières et les costumes, s’attarde aussi sur l’évolution psychologique des personnages au gré des événements.

Alors que la plupart des films algériens et arabes ayant traité le sujet de la guerre d’indépendance ont tendance à enfermer les individus dans des dualismes – héros/traîtres, courageux/lâches, ou justes (Algériens)/oppresseurs/tyrans (colons ou Français) –, celui de Djaafar Gacem laisse ses personnages simplement adopter des réactions pour assurer leur survie.

Les scènes de violences, de crémation, d’humiliation et de déplacement de population se succèdent, ponctuées par la beauté saisissante des paysages et de la terre. 

Héliopolis, tourné pendant douze semaines dans Alger et dans les wilayas de l’ouest, réunit des acteurs comme la star de la comédie Souhila Maalem dans le rôle de Nedjma (la fille de Mokdad) ou encore Aziz Boukerouni.

La plupart des autres comédiens sont nouveaux. En conférence de presse, le réalisateur explique avoir voulu « leur donner une chance pour briller ». Ces acteurs qui viennent de plusieurs régions d’Algérie ont chacun joué dans leur dialecte. « J’ai fait le choix de maintenir la différence dialectale afin que tout Algérien puisse se reconnaître », souligne Djaafar Gacem.

Il ajoute d’ailleurs à propos du dialecte avoir opté pour une expression langagière à mi-chemin entre le dialecte de l’époque et celui d’aujourd’hui, toujours dans un souci de compréhension et d’identification. 

Produit par Prod’Art Films et le Centre algérien de développement du cinéma (CADC), ce long métrage est dédié au réalisateur algérien Moussa Haddad, décédé en septembre 2019, et aux milliers de morts de cette répression.