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Guerre à Gaza : le Hamas révèle de nouvelles capacités et réduit l’avance militaire d’Israël

Des personnalités militaires et politiques israéliennes concèdent une vraie victoire au Hamas lors des derniers combats
Un char israélien Merkava se met en position de tir lors d’un bombardement contre la bande de Gaza et des membres des Brigades Izz al-Din al-Qassam défilent sur des camions équipés de roquettes dans une rue de Khan Younès (AFP)

Alors qu’un précaire cessez-le-feu plane sur Gaza et Israël, des récits divergents émergent quant au vainqueur des dernières violences de mai.

Une grande partie de Gaza est une fois de plus en ruines et les frappes aériennes israéliennes ont tué 253 Palestiniens, dont 66 enfants, et en ont blessé plus de 1 900 autres, selon le ministère de la Santé de Gaza. Les roquettes du Hamas ont également tué 13 personnes en Israël.

Cependant, un consensus émerge dans les médias israéliens – et parmi les politiciens et le commandement militaire du pays – : le Hamas a effectivement vaincu Israël.

Des responsables militaires israéliens ont conclu que d’un point de vue stratégique, le Hamas avait atteint son objectif de s’établir en tant qu’acteur qui ne peut être ignoré en ce qui concerne Jérusalem et la mosquée al-Aqsa. La doctrine de « la tondeuse à gazon » d’Israël (qui consiste en des frappes répétées sur la bande de Gaza afin d’empêcher les mouvements de résistance palestiniens de se constituer une puissance militaire) est un échec cuisant. 

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La principale raison à cela est la réduction du déséquilibre militaire qui a longtemps existé entre les dirigeants de facto de Gaza et l’armée israélienne. 

Les nouvelles capacités militaires du Hamas – des roquettes plus précises à longue portée, des drones et un sous-marin autonome – ont pris l’armée israélienne par surprise.

Selon Imad Alsoos, chercheur au Max Planck Institute for Social Anthropology, la direction du Hamas a également su répartir le travail face à l’offensive israélienne au sein des mouvements de résistance palestiniens. Le Hamas a ainsi fourni des mortiers de courte portée au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP, organisation de gauche), tandis que ses propres combattants se sont concentrés sur la gestion des armes à longue portée.

L’absence de chars israéliens – lesquels se sont apparemment en grande partie retirés après la mort d’un soldat israélien le 12 mai, tué par un missile anti-char – a permis à ceux qui opéraient les mortiers de s’approcher de la frontière de Gaza et de placer les mortiers à portée des collectivités israéliennes autour de l’enclave assiégée.

Selon Haaretz, dans ces collectivités, plus de 3 400 habitants ont demandé une aide psychologique en conséquence du traumatisme causé par les 11 jours de combats, contre 2 200 demandes reçues dans la région au cours des 51 jours de combat en 2014.

« Au cours de la guerre de 2014, la zone frontalière avait été la plus meurtrière pour les Forces de défense israéliennes : l’utilisation de mortiers et d’armes antichars sur les troupes rassemblées, les attaques depuis les tunnels contre les postes frontaliers et les attaques d’hommes-grenouilles depuis la mer planaient sur ce cycle de combats », explique le journaliste et chercheur canadien John Elmer.

« L’armée israélienne ne voulait apparemment pas de ça cette fois. »

Chute des actions des sociétés d’armement

Pieter Wezeman, chercheur au Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), indique à Middle East Eye que l’armée israélienne compte sur des armes fournies par les États-Unis, suivis par l’Allemagne et l’Italie.

L’Allemagne fournit notamment à Israël des sous-marins, des frégates, des torpilles et des moteurs pour les chars Merkava, des armes qui n’ont joué aucun rôle visible dans la dernière offensive.

Les bombardements aériens ont été réalisés à l’aide d’avions de fabrication américaine par des pilotes formés par des appareils d’entraînement fournis par l’Italie.

En ce qui concerne les armes de fabrication israélienne, les entreprises du secteur de la défense sont restées relativement silencieuses lors des derniers bombardements de Gaza. Les sites des trois principales sociétés, Elbit SystemsIAI et Rafael, n’ont rien mis en ligne concernant le récent conflit.

« Au cours du récent conflit entre Gaza et Israël, il semble que le Hamas ait amélioré son armement avec des missiles à longue portée, plus précis »

- Antony Loewenstein, journaliste

Le système le plus visible déployé par l’armée israélienne est le Dôme de fer, lequel est largement subventionné par les États-Unis mais coûte néanmoins des centaines de milliers de dollars par interception.

Le Dôme de fer ayant abattu par erreur un drone produit par Elbit Systems, il a été déduit que des armes Elbit étaient utilisées dans le bombardement de Gaza et des activistes britanniques se sont barricadés sur le toit d’une usine Elbit Systems pour protester contre l’utilisation de ces armes contre des civils dans la bande.

Antony Loewenstein, journaliste indépendant qui s’est récemment installé à Jérusalem, pointe le fait que la Palestine est souvent un terrain d’entraînement pour les nouvelles armes israéliennes et le matériel de défense.

« Au cours du récent conflit entre Gaza et Israël, il semble que le Hamas ait amélioré son armement avec des missiles à longue portée, plus précis. Cependant, d’un point de vue historique, la plupart des armes et des technologies de surveillance les plus sophistiquées d’Israël ont d’abord été développées pour être utilisées contre les Palestiniens en Cisjordanie, à Gaza et en Israël lui-même », explique-t-il à MEE.

« Les sociétés israéliennes parlent toujours d’armes “testées en conditions réelles” pour la vente à l’international. La plupart des principaux “innovateurs” dans ce domaine travaillent pour la célèbre cyber unité 8200 d’Israël et font bénéficier de cette expérience le secteur privé, des techniques perfectionnées en Palestine sont ensuite utilisées et exploitées dans les conflits du monde entier. »

Cependant, Elbit Systems, la seule société privée dans le top trois israélien, a vu ses actions chuter pendant les derniers combats – alors qu’à l’inverse, celles-ci avaient grimpé lors des précédents combats.

Le fossé en matière de puissance militaire entre l’armée israélienne, considérée comme la 14e armée la plus forte au monde, et les groupes de résistance armée palestiniens, qui s’apparentent à des milices mal équipées, reste réel, mais les derniers combats montrent que ce fossé se comble progressivement.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.