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Réunion du G7 en France : Emmanuel Macron n’est pas le général de Gaulle

Tandis que la France accueille la réunion du G7 à Biarritz, Emmanuel Macron multiplie les démarches diplomatiques en apparence audacieuses. Avant le sommet, prévu du 24 au 26 août, il a tenu à rencontrer le président russe et des dirigeants iraniens
La France peine à retrouver son rôle de de puissance médiatrice (AFP)
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PARIS, France

Depuis son élection en 2017, Emmanuel Macron donne l’impression de vouloir utiliser pleinement ses prérogatives en matière de politique étrangère et redorer le blason de la France sur la scène internationale. 

Il est vrai que le bilan de ses prédécesseurs n’était pas glorieux : une guerre désastreuse en Libye et une image de la France dégradée dans le monde arabe sous Nicolas Sarkozy ; une rigidité irrationnelle en Syrie et des relations particulièrement tendues avec la Russie sous François Hollande. 

En dépit de la posture « jupitérienne » du président de la République, il est très difficile d’identifier une véritable rupture

Par ailleurs, Emmanuel Macron entendait « relancer » la construction européenne, supplanter une Angela Merkel affaiblie et en bout de course. 

En dépit de la posture « jupitérienne » du président de la République, il est très difficile d’identifier une véritable rupture dans tous ces domaines malgré la relative bienveillance dont il jouit parmi les défenseurs d’une politique étrangère plus gaulliste, tels Jean-Pierre Chevènement et Dominique de Villepin. 

Certaines nominations tendent à confirmer la thèse de la continuité, à l’instar de celle de Jean-Yves Le Drian – ministre de la Défense de François Hollande – à la tête du Quai d’Orsay et de celle de Philippe Errera – considéré par certains comme un néoconservateur à la française – en tant que directeur général des Affaires politiques et de sécurité, l’un des postes les plus importants du Quai. 

À quoi sert la réunion du G7 ?

Aujourd’hui, le président français veut utiliser le sommet du G7 comme une vitrine de la diplomatie française. L’intention peut sembler louable, mais il convient d’abord de se poser quelques questions sur cette réunion. Il s’agit d’une réunion informelle qui ne sert pas à grand-chose, malgré un coût exorbitant. 

Mis en place après le choc pétrolier de 1973, le G5 (les États-Unis, le Japon, la France, l’Allemagne de l’Ouest et le Royaume-Uni), G6 après l’intégration de l’Italie, puis G7 après l’intégration du Canada, est une sorte de club de pays riches, essentiellement occidentaux, qui prétendent encore décider des grandes orientations mondiales. 

Emmanuel Macron et Donald Trump à New York lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2017 (AFP)

Une fois le G7 élargi en 1997 à la Russie (devenant ainsi le G8), celle-ci en a été exclue en 2014 dans un contexte de crise ukrainienne. Cinq ans plus tard, Moscou semble « pardonnée » et Washington et Paris sont enclines à accepter sa réintégration. 

Cette diplomatie des « clubs » informels a trouvé une nouvelle traduction avec le G20, créé à la fin des années 1990 après quelques crises financières. Moins « occidental », il comprend notamment la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie, la Turquie et l’Indonésie.

À noter que l’Afrique du Sud est le seul pays africain représenté et que l’Arabie saoudite est le seul pays arabe. 

Sur le site de l’Élysée, on peut lire que le G7 sous la présidence française est « écoresponsable et attaché à l’égalité femmes-hommes ».

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Plus loin, concernant les réunions des ministres : « Le G7 se donne un objectif : lutter contre les inégalités. Pour l’atteindre, tout au long de l’année, les ministres des pays du G7 se réunissent. »

Au-delà du caractère truculent de la formule (« lutter » serait un « objectif » et non un moyen, ce qui a le mérite d’être honnête, et se réunir serait une méthode en soi), deux objections s’imposent. Si sept gouvernements ne font rien pour réduire les inégalités dans leurs pays respectifs, comment pourraient-ils le faire à l’échelle mondiale ? 

En sus du fond – peu crédible –, la forme mérite aussi une certaine circonspection. La diplomatie et la politique sont deux choses distinctes.

Aussi nobles que soient les objectifs cités (l’émancipation des femmes et l’égalité), il s’agit avant tout d’objectifs politiques. La politique se pratique à l’échelle nationale. 

En revanche, la diplomatie – qui, elle, se pratique à l’échelle internationale – n’est pas l’art de se congratuler sur des « valeurs », mais l’art de dialoguer et de négocier entre nations souveraines afin de pacifier les relations internationales. Aucun traité et aucun sommet international ne favoriseront la moindre égalité. S’il faut la conquérir, c’est par des luttes politiques. 

Macron médiateur ? 

Parallèlement à ce sommet dont l’utilité réelle, fût-elle symbolique, est difficile à trouver, Emmanuel Macron a multiplié les rencontres bilatérales.

Il a rencontré Boris Johnson pour vaguement jaser du Brexit et il a surtout accueilli le président russe et le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif. 

Avec la Russie, Emmanuel Macron donne l’impression de vouloir rompre avec l’hostilité des années Fabius

Avec le président russe, Emmanuel Macron a cité trois crises dans lesquelles il a jugé la Russie incontournable : la Syrie, la Libye et l’Ukraine.

Dans le dossier syrien, où la France s’est rendue inaudible, la réponse de Vladimir Poutine est ferme : à Idleb, contre le terrorisme, Moscou continuera à soutenir Damas. 

Avec la Russie, Emmanuel Macron donne l’impression de vouloir rompre avec l’hostilité des années Fabius.

En réalité, cette volonté de tendre la main à la Russie nous rappelle surtout que la politique de sanctions pratiquée jusque-là par l’Union européenne est un échec total. 

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Comme Vladimir Poutine, qui a réussi l’exploit de gagner en Syrie en se rapprochant de l’ensemble des acteurs moyen-orientaux, Emmanuel Macron compte s’essayer à la médiation internationale.

Et après avoir réussi à libérer Saad Hariri du joug de ses parrains saoudiens en novembre 2017, il s’essaye à un dossier autrement plus compliqué : le nucléaire iranien

Dans ce dossier, la France est dans une position délicate.

L’équilibrisme entre Washington et Téhéran (tandis que la situation n’a rien d’équilibré puisque ce sont les Américains qui sont sortis de l’accord sur le nucléaire et puisque les Iraniens sont étouffés par les sanctions) peut difficilement fonctionner. 

D’un côté, Donald Trump n’a pas l’intention de revenir dans l’accord ; de l’autre, Zarif, malgré quelques formules de politesse, refuse d’appliquer l’accord si les partenaires européens ne tiennent pas leurs engagements. 

Si les Iraniens peuvent compter sur le soutien de Moscou, le soutien concret de Paris semble illusoire pour deux raisons.

La France devrait renouer avec une culture de l’indépendance nationale que les idéologies atlantiste et européenne ont noyée

La première, la principale, concerne les relations avec les Américains.

Contourner les sanctions américaines et mettre en place un mécanisme de compensation nécessite un effort d’imagination et un courage politique qui font souvent défaut. La seconde concerne l’Europe.

Convaincre les partenaires européens de tourner le dos à Washington serait miraculeux.

En définitive, pour que la France joue véritablement son rôle de puissance médiatrice, il faudrait qu’elle renoue avec une culture de l’indépendance nationale que les idéologies atlantiste et européenne ont noyée.

Nous risquons fort d’avoir une communication gaulliste sans l’audace et l’esprit d’indépendance du général de Gaulle.