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Bombardement d’un camp de réfugiés en Libye : l’ONU soupçonne les Émirats arabes unis

Un rapport confidentiel indique qu’il est « hautement probable » que la frappe aérienne ait été menée « par un État membre de l’ONU agissant pour soutenir directement les forces armées de Haftar »
Des débris au camp de Tajoura, près de Tripoli, au lendemain du bombardement, en juillet (AFP)
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Le mardi 2 juillet, un bombardement sur un centre où plus de 500 migrants et réfugiés étaient détenus, à Tajoura, près de Tripoli, faisait 53 morts et plus de 130 blessés.  

Ce jeudi 7 novembre, après avoir consulté une enquête confidentielle menée par les Nations unies, qui doit être présentée au Conseil de sécurité mercredi prochain, la BBC révèle que cette frappe de missile mortelle « a été menée par un avion de combat venant d’un pays étranger ».

Et selon une source de la BBC, l’enquête dirige ses soupçons vers les Émirats arabes unis (EAU). 

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« Cette attaque peut, selon les circonstances, constituer un crime de guerre », avait déclaré à l’époque la Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet.

Cette attaque est celle qui a fait le plus grand nombre de victimes depuis le début de la nouvelle offensive lancée par l’Armée nationale libyenne (ANL) en avril pour renverser le Gouvernement d’union nationale (GNA) soutenu par l’ONU à Tripoli.

Le Gouvernement d’union nationale (GNA) avait déclaré en juillet que l’attaque avait été perpétrée par un avion de chasse des Émirats arabes unis. Alors que, de son côté, l’Armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar, avait d’abord indiqué avoir bombardé une cible légitime avant de nier toute implication.

« Un nombre inconnu d’avions de combat Mirage 2000-9 » opérait à partir de deux bases aériennes en Libye au moment de la frappe

« La mission spéciale des Nations unies en Libye a déclaré à la BBC qu’elle avait partagé les coordonnées des centres pour migrants avec les deux parties du conflit pour les empêcher d’être ciblés », rapporte la BBC. 

Dans cette enquête onusienne confidentielle, une source affirme qu’« un nombre inconnu d’avions de combat Mirage 2000-9 » opérait à partir de deux bases aériennes en Libye au moment de la frappe.

Les Émirats arabes unis et l’Égypte, qui ont tous les deux soutenu l’ANL, disposent d’un grand nombre de Mirage.

Un porte-parole de l’armée égyptienne a déclaré qu’il ne souhaitait pas commenter un rapport avant sa publication.

Missiles à guidage de précision

Le rapport de l’ONU indique que les avions à réaction Mirage utilisaient deux bases aériennes : Jufra et al-Khadim.

En 2017, l’ONU a affirmé que les EAU avaient construit la base aérienne d’al-Khadim et fourni un soutien aérien aux forces du maréchal Haftar.

L’armée de l’air de Haftar comprend principalement des avions de chasse datés MiG-21 et MiG-23 et aurait été aidée par l’Égypte et la Russie pour la rénovation d’avions.

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L’aviation a été renforcée par des avions venant des EAU et d’Égypte, cette dernière ayant fourni des avions de combat MiG-21MF de sa propre force aérienne.

L’Égypte a également fourni des pièces de rechange et des conseils pour l’entretien des avions.

Selon la BBC, le rapport confidentiel conclut qu’il est « hautement probable » que la frappe aérienne ait été menée à l’aide de missiles à guidage de précision par un avion de chasse « exploité par un État membre de l’ONU agissant pour soutenir directement les forces armées de Haftar ».

« Le rapport ne nomme pas l’État car il dit que des preuves sont toujours en train d’être rassemblées », précise la BBC. 

Un embargo sur les armes frappe la Libye depuis 2011. En août 2019, les Émirats arabes unis se sont engagés à respecter cet embargo aux côtés du Royaume-Uni, des États-Unis, de la France et de l’Italie.