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CAN 2019 : comment les supporteurs algériens ont exporté l’esprit du hirak jusqu’au Caire

Alors que le public égyptien boude les matchs de la Coupe d’Afrique des nations, les supporteurs algériens mettent l’ambiance… portés par l'élan révolutionnaire
Les supporteurs algériens lors du match Algérie-Tanzanie au stade Al-Salam, au Caire, le 1er juillet 2019 (AFP)
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L’esprit du « 22 février » (date de la première manifestation qui a conduit à la démission du président Bouteflika) semble booster l’équipe de football algérienne, tout juste qualifiée pour les quarts de finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) qui se déroule en Égypte jusqu’au 19 juillet.

Mais au-delà de la gagne des Fennecs, ce sont les supporteurs algériens, visiblement portés par l’élan révolutionnaire qui secoue leur pays, qui font l’actualité.

Dès l’ouverture de la CAN, le 22 juin, alors que le président Abdel Fattah al-Sissi était malmené par le public égyptien qui scandait le nom de la star du foot égyptien, Mohamed Aboutrika, poursuivi par l’actuel régime pour « terrorisme » après avoir critiqué le coup d’État du maréchal Sissi, les supporteurs algériens ont à leur tour témoigné leur respect à Aboutrika.

Les Algériens, pourtant en terrain hostile depuis les incidents de novembre 2009  des supporteurs égyptiens avaient attaqué le bus de la sélection algérienne lors des phases de qualification pour la CAN et le Mondial 2010 –, ont bien évidemment profité de cette ambiance subversive dans un pays tenu d’une main de fer.

Le 23 juin, trois supporteurs algériens ont été arrêtés par la police égyptienne au stade cairote du 30 juin, avant le début du match Algérie-Kenya, pour avoir brandi des pancartes à caractère politique.

Le message inscrit sur ces pancartes, « Qu’ils partent tous », est l'un des slogans les plus importants du hirak algérien. L’agence de presse officielle algérienne APS a évoqué des « irréductibles » qui ont été expulsés d’Égypte. L’un d’eux a été incarcéré en Algérie.   

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Posted by Vendredi de la Liberté on Monday, June 24, 2019

Mais l’esprit du hirak qui a emporté Abdelaziz Bouteflika et les projets de cinquième mandat ne se résume pas uniquement à l’affichage politique du « dégagisme ».

Plusieurs publications sur les réseaux sociaux ont salué le civisme des supporteurs algériens qui, fait inédit, ont nettoyé systématiquement les gradins où ils avaient suivi les matchs. Un rappel des actions de nettoyage des rues et places en Algérie après chaque manifestation depuis le 22 février.  

Traduction : « Le public algérien nettoie les gradins après sa victoire contre le Ghana »

Pour le site Algérie Patriotique, « cet exemple de civisme est venu effacer l’image stéréotypée qui collait jusque-là à la jeunesse algérienne, qui est celle d’une jeunesse ‘’agitée’’ et ‘’furieuse’’, longtemps injuriée et calomniée par les animateurs télé égyptiens ».

D’autres actions moins visibles ont été menées par les supporteurs des Fennecs : des jeunes de Blida (sud d’Alger) ont visité des enfants atteints de cancer dans un hôpital du Caire et leur ont apporté cadeaux et soutien.

Il y a aussi cette fraternité entre Algériens et Égyptiens, entre Algériens et Marocains, à l’occasion de la compétition continentale, fait marquant de cette CAN 2019. Une manière de dépasser les hostilités de 2009 entre les Fennecs et les Pharaons et de conjurer l’éternel conflit entre Rabat et Alger.

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Posted by Kamel SoulFunk on Saturday, June 22, 2019

Traduction : « Le public marocain salue les supporteurs algériens venus encourager l’équipe nationale marocaine contre la Côte d’Ivoire »

En Algérie, de nombreux internautes rappellent que la finale de la CAN, le 19 juillet, coïncidera avec un vendredi, journée principale de mobilisation depuis le 22 février. Un signe ?