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Casablanca en émoi après l’incarcération de deux musiciens de rue

À Casablanca, l’arrestation de deux musiciens de rue provoque l’indignation des Marocains et soulève la question de la réglementation des arts de la rue
Un groupe sur la place des Nations unies, le 11 octobre, au lendemain de l’interdiction de jouer, un mois avant l’arrestation des deux musiciens (MEE/Amine Belghazi)

CASABLANCA, Maroc – Deux artistes de rue sont actuellement détenus à la prison locale d’Oukacha, après un accrochage avec des représentants des forces de l’ordre mardi 13 novembre.

Les deux musiciens sont des habitués de la place des Nations unies située dans le centre-ville de la métropole. Ils y donnent régulièrement des spectacles depuis deux ans au sein d’un collectif de musiciens.

Le 10 octobre dernier, les forces de l’ordre ont sommé les artistes de quitter les lieux, avançant que des plaintes avaient été déposées par les riverains à leur encontre pour « nuisances sonores ».

Le lendemain, le collectif a réagi en organisant un concert muet en signe de protestation. Membre du collectif, Abdessamad Maitoul, déclarait à Middle East Eye, en marge de la manifestation : « Les autorités n’ont pas compris l’importance de notre art. Elles nous logent à la même enseigne que les mendiants ou les vendeurs ambulants ».

Les accusations auxquelles doivent faire face les deux artistes détenus sont lourdes. L’avocat des accusés, maître Youssef Chehbi, précise que ses clients sont poursuivis pour « outrages et violences à fonctionnaire », des accusations passibles d’une peine d’emprisonnement. 

« Les autorités n’ont pas compris l’importance de notre art. Elles nous logent à la même enseigne que les mendiants ou les vendeurs ambulants »

- Abdessamad Maitoul, membre du collectif de musiciens

« Nous espérons que les poursuites seront abandonnées ou que les artistes seront au moins poursuivis en état de liberté », témoigne l’avocat à MEE. « Les artistes devront passer la semaine en prison, car elle coïncide avec les vacances. Nous allons déposer une demande de remise en liberté dès la reprise, le jeudi 22 novembre. » 

Parallèlement, des tentatives de conciliation ont été entamées par des sympathisants des artistes de rue. En effet, l’acteur culturel et fondateur de l’association EAC-L’boulvard, Mohamed Merhari, s’est rendu au commissariat de police peu de temps après l’arrestation des artistes. 

« Je me suis déplacé le lendemain des faits pour tenter une médiation entre les agents des autorités, plaignants, et les accusés. La situation devrait en principe aller vers l’apaisement dans les prochains jours », espère Mohamed Merhari, sollicité par MEE. D’après la même source, le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) s’intéresse au dossier.

Les personnes interrogées s’accordent à dire que cette affaire aurait pu être évitée. « L’absence d’un cadre légal réglementant l’activité des artistes de rue est la principale source du problème », estime Abdessamad Maitoul qui plaide pour une reconnaissance légale du statut d’artiste de rue. « Cela fait plusieurs mois que nous demandons à être reconnus comme tels, mais sans réponse des autorités publiques », regrette-t-il. 

Mohamed Merhari estime de son côté que cette affaire est l’occasion d’aborder le sujet de la réglementation. « Nous avons fait des propositions pour que l’activité d’artiste de rue soit organisée. Les autorités pourraient, dans l’intérêt de tous, fixer les heures des performances, l’espace, la rotation des groupes d’artistes, le volume sonore, etc. De leur côté, les artistes de rue pourraient disposer de cartes professionnelles. »

En attendant le dénouement de cette affaire, les internautes solidaires ont lancé le hashtag #free_lfen (libérez l’art). La place des Nations unies est, quant à elle, plus silencieuse que d’habitude.