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Cessez-le-feu à Gaza après un weekend sanglant

Trois jours de combats ont fait 25 morts du côté palestinien, y compris des enfants et des femmes enceintes, et quatre du côté israélien
Un Palestinien assis sur les décombres d’un bâtiment détruit par une frappe aérienne israélienne à Gaza (MEE/Mohammed al-Hajjar)

Un cessez-le-feu a été conclu entre Israël et les factions palestiniennes, selon ces dernières, mettant apparemment un terme aux violences qui secouent la bande de Gaza depuis vendredi et ont causé la mort de 25 Palestiniens et quatre civils en Israël.

Selon des responsables palestiniens, le cessez-le-feu est entré en vigueur à 4 h 30 – heure locale, après qu’Israël et le Hamas, le mouvement qui dirige la bande de Gaza, ont accepté de diminuer les hostilités qui ont culminé dimanche.

Comme c’est souvent le cas dans de telles situations, Israël n’a pas indiqué publiquement si un cessez-le-feu avait été conclu.

« Je me sens frustré, c’est de la folie. Nous avons la possibilité de nous enfuir, mais à Gaza, ils ne peuvent aller nulle part »

- Un cinéaste israélien à MEE

Cependant, il ne semble plus y avoir de tirs de roquettes depuis Gaza après l’annonce faite par les Palestiniens.

Gideon Saar, un homme politique israélien qui appartient au Likoud du Premier ministre Benyamin Netanyahou, et Benny Gantz, un ancien chef d’état-major de l’armée israélienne et chef de l’opposition israélienne, ont tous deux critiqué le cessez-le-feu ce lundi.

Les violences ont éclaté vendredi, lorsqu’Israël et le groupe de combattants Jihad islamique ont échangé des tirs, faisant quatre morts, dont deux manifestants.

Au cours des deux jours qui ont suivi, des centaines de roquettes ont été lancées sur Israël depuis Gaza. En réaction, l’armée israélienne a pilonné l’enclave assiégée avec des frappes aériennes et l’artillerie.

Au moins 25 Palestiniens, dont deux femmes enceintes et une fillette de 14 mois, ont été tués depuis vendredi. Quatre Israéliens ont été tués par des tirs de roquettes.

Au moins 25 Palestiniens, dont une fillette de 14 mois, ont été tués depuis vendredi (AFP)

Ces affrontements sont les pires subis par Gaza depuis cinq ans. Ils menaçaient de se transformer en une guerre totale et prolongée comme en 2014, ce qui semblait ne convenir à aucune des deux parties.

Période sensible

Le président Donald Trump a déclaré dimanche que les États-Unis appuyaient pleinement les actions d’Israël, avertissant les Palestiniens de Gaza que toute action violente du Hamas et du Jihad islamique leur apporterait « seulement plus de misère ».

Le même jour, le ministère iranien des Affaires étrangères a condamné l’attaque « sauvage » d’Israël contre Gaza et a accusé « le soutien sans limites des États-Unis » envers Israël, rapportait l’agence de presse semi-officielle Fars.

« Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Abbas Mousavi, a déclaré que l’Iran condamnait fermement l’attaque sauvage du régime sioniste [Israël]… qui a martyrisé et blessé des dizaines de Palestiniens, y compris des femmes et des enfants », a rapporté Fars.

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« En raison du soutien sans limites des Américains à ce régime et du silence embarrassant de certains gouvernements islamiques, les crimes sionistes dans les territoires palestiniens occupés sont sans fin », aurait déclaré Mousavi.

Cette recrudescence de la violence s’est produite à un moment particulièrement sensible pour les deux côtés.

Israël célèbre cette semaine le jour de son indépendance et accueille le concours de l’Eurovision du 14 au 18 mai.

Dans le même temps, lundi marque le premier jour du Ramadan, et les Palestiniens commémorent également le jour de la Nakba cette semaine, en se remémorant les massacres et les déplacements de population lors de la création d’Israël.

« Réaction naturelle »

Dimanche soir, journée la plus sanglante du weekend, le chef du Hamas Ismail Haniyeh a déclaré « qu’un retour au calme serait possible » si Israël s’engageait à « un cessez-le-feu complet ».

Après cela, le Jihad islamique a déclaré que la conclusion du cessez-le-feu s’était faites après l’accord d’Israël d’alléger quelque peu le blocus imposé à la bande de Gaza.

Traduction : « Attention : les propagandistes sionistes, dont cette conseillère électorale de @TeamTrump, partagent cette vidéo filmée en Ukraine et mentent en prétendant qu’elle montre des roquettes tirées depuis Gaza. Leur objectif est d’encourager davantage le massacre de Palestiniens » – Ali Abunimah (@AliAbunimah)

Traduction :  650 roquettes tirées sur Israël depuis Gaza dans le but de submerger le Dôme de fer israélien : 173 interceptions, 4 personnes tuées et 28 blessées. Quelle est la réaction de @IlhanMN à cette violence ? Va-t-elle la condamner ? » – Katrina Pierson (@KatrinaPierson)

La zone côtière où les Palestiniens sont autorisés à pêcher a été augmentée, a annoncé un responsable du Jihad islamique à l’agence de presse AFP, ainsi que des améliorations de la situation en matière d’électricité et de carburant.

Certains articles suggéraient que le Hamas et le Jihad islamique avaient décidé d’intensifier leurs attaques à la roquette en réaction à la léthargie régnant dans les négociations avec Israël qui permettraient un allégement plus important du blocus.

« L’occupation israélienne doit reconnaître que la résistance palestinienne n’acceptera pas de laisser les Palestiniens souffrir indéfiniment »

- Fawzi Barhoum, porte-parole du Hamas à MEE

« Les attaques à la roquette palestiniennes sont une réaction naturelle aux atteintes et aux crimes continuels d’Israël à l’encontre des Palestiniens », a affirmé dimanche le porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, à Middle East Eye.

« L’occupation israélienne doit reconnaître que la résistance palestinienne n’acceptera pas de laisser les Palestiniens souffrir indéfiniment. »

L’armée israélienne a indiqué qu’environ 690 roquettes et autres projectiles avaient été tirés par-delà la frontière de Gaza depuis samedi, plus de 240 d’entre eux ont été interceptés par son système de défense aérienne.

Des roquettes ont plu sur d’importants centres urbains, tels que les villes d’Ashkelon, Ashdod et Beer-Sheva dans le sud d’Israël.

Frustration

« La situation est intolérable », a déclaré à MEE Hagar, un cinéaste israélien ayant fui le moshav Netiv HaAsara, la communauté israélienne la plus proche de Gaza.

« Je me sens frustré, c’est de la folie. Nous avons la possibilité de nous enfuir, mais à Gaza, ils ne peuvent aller nulle part. »

À Gaza, les rues étaient vides lorsque l’armée israélienne a frappé des centaines de fois, frappant des cibles militaires, des bâtiments résidentiels et un bureau de presse turc.

« Partout où les missiles tombent, il y a des civils, parce que c’est surpeuplé ici »

- Imad al-Jalameh, habitant de Gaza

« Gaza est surpeuplé et nous n’avons pas d’abris, alors partout où les missiles tombent, il y a des civils parce que c’est surpeuplé ici », a déclaré à MEE Imad al-Jalameh, un habitant palestinien du camp de réfugiés d’al-Shatia.

Anan, un Palestinien de 20 ans originaire de la ville de Gaza, a déclaré à MEE qu’il s’était retrouvé en faveur de l’escalade car le blocus rendait la situation dans l’enclave si désespérée.

« Nous ne pouvons plus respirer à Gaza. À mesure que le siège se renforce et que la situation économique s’aggrave, nous avons l’impression de ne pas avoir d’autre choix que de faire pression sur Israël de cette façon », a-t-il déclaré.

« Je soutiens cette escalade – peut-être que ce sera le seul moyen de lever le siège, ce qui est la seule chose que je désire. »

Assassinat ciblé

Parmi les victimes tuées par Israël dimanche figure Hamid al-Khodari, un commandant du Hamas dont le véhicule a été frappé au centre de la ville de Gaza.

Israël a déclaré que l’homme âgé de 34 ans avait fait l’objet d’un assassinat ciblé, une tactique qui n’avait pas eu cours depuis la guerre de 2014.

L’armée israélienne a également affirmé qu’il était responsable du transfert d’argent iranien aux Palestiniens de l’enclave.

La voiture dans laquelle se déplaçait le commandant du Hamas Hamid al-Khodari lorsqu’il a touché par une frappe aérienne israélienne à Gaza (MEE/Loai el-Agha)

Deux femmes enceintes ont également été tuées dans les hostilités.

L’une d’entre elles, Falastin Saleh Abu Arar, tenait sa nièce Sebba Mahmoud Abu Arar, âgée de 14 mois, sur ses genoux quand elles ont été tuées par un éclat d’obus, samedi.

Lors des funérailles du bébé dimanche, Khalid Abu Arar, un parent de Sebba, a déclaré à MEE qu’un drone israélien avait frappé la famille avec un missile alors qu’ils buvaient du thé devant leur maison.

Traduction : « Combien de manifestants doivent encore être abattus, combien de roquettes tirées et combien d’enfants tués avant que ce cycle sans fin de violences prenne fin ?
Le statu quo de l’occupation et de la crise humanitaire à Gaza est insoutenable. Seule une véritable justice peut apporter une sécurité et une paix durables »

« Les drones ne font pas la distinction entre civils et combattants », a-t-il souligné.

Israël nie toute responsabilité dans leur mort et affirment que c’est un explosif du Hamas qui les a tués.

Le ministère de la Santé de Gaza a déclaré dimanche qu’un enfant de 4 ans avait également été tué lors de frappes israéliennes dans le nord de la bande de Gaza. Israël n’a pas commenté cette mort.

Israël maintient depuis 2007 un blocus paralysant de la bande de Gaza qui, selon les critiques, équivaut à une punition collective des deux millions d’habitants de l’enclave appauvrie.

L’Égypte maintient également le siège, limitant les entrées et sorties de Gaza à sa frontière.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.