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En Irak, la douche en plein air permet d’échapper à la canicule !

À Bagdad, le parc aquatique est une solution pour se rafraîchir alors que les températures devraient atteindre les 50 degrés dans les prochains jours (AFP)
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BAGDAD, Irak

Indispensables ventilateurs à l’arrêt forcé dans des hôpitaux, matches de foot interrompus tous les quarts d’heure, denrées alimentaires gâtées dans des réfrigérateurs sans courant : en Irak, le thermomètre atteint des records et annonce un nouvel été de crise.

En juin, les températures ont déjà grimpé à 48 degrés, un chiffre habituellement enregistré en juillet et août. 

Pour créer un peu de fraîcheur, ventilateurs, airs conditionnés et autres réfrigérateurs ont été poussés au maximum, faisant bondir la consommation d’électricité. 

Les poignées des lourdes portes de métal qui barrent les entrées des bâtiments officiels ont été recouvertes de tissu ou de scotch pour éviter de s’y brûler les doigts

Mais le réseau décrépi qui laisse déjà s’échapper dans des tuyaux percés jusqu’à 40 % de la production d’électricité du pays, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), ne peut faire face à cette pression accrue.

Dans la province de Zi Qar, au sud de Bagdad, « l’électricité est coupée jusqu’à dix-sept fois par jour », explique à l’AFP le chef de la direction provinciale de la Santé, Abdel Hassan al-Jaberi.

Comme les cliniques ont plus investi que l’État dans des générateurs, de nombreux patients doivent se tourner vers le privé, beaucoup plus cher, pour se faire soigner.

Les deux millions d’habitants de la province ne sont alimentés en électricité que dix à douze heures par jour. Dans le chef-lieu de Nassiriya, Abou Haydar a dû lui aussi investir dans un générateur.

Cet épicier a déjà perdu des stocks avant d’avoir pu les vendre. Quant à ses clients, « ils achètent moins » pour ne pas, eux aussi, faire les frais d’une panne de réfrigérateur, assure-t-il à l’AFP.

Sous le soleil cuisant, de bonnes âmes installent des douches en plein air, aux abords d’un marché ou d’une rue passante. Les poignées des lourdes portes de métal qui barrent les entrées des bâtiments officiels ont été recouvertes de tissu ou de scotch pour éviter de s’y brûler les doigts. 

Sous le soleil cuisant, de bonnes âmes installent des douches en plein air, aux abords d’un marché ou d’une rue passante (AFP)

Et certaines professions deviennent plus harassantes encore. 

À Bassora, ville côtière à la pointe sud – où la forte humidité rend la chaleur plus insupportable encore – les compagnies pétrolières ont hissé le drapeau violet, signe de vigilance renforcée face à la canicule avec un indice UV de 11, le plus élevé. 

Les policiers préposés à la circulation dégoulinent de sueur à tous les carrefours, les employés de la voirie ou du bâtiment ont des horaires de travail décalés, pour profiter de la légère baisse de la température en soirée.

Les footballeurs obligés de jouer le jour, faute d’éclairage

Les footballeurs, eux, sont pris dans un paradoxe irakien : dans l’un des pays les plus chauds du monde, le championnat national dure plus de neuf mois et déborde chaque année largement sur l’été.

Et jouer la nuit n’est pas une option : seuls cinq stades en Irak ont des spots suffisamment puissants pour éclairer leur terrain.

Dans ces conditions, « les joueurs souffrent d’hypoglycémie, de difficultés respiratoires et de fatigue extrême qui peut aller jusqu’à l’évanouissement », explique à l’AFP Lotfi Moussaoui, nutritionniste du sport et lui-même entraîneur de football.

L’été est la période traditionnelle des manifestations réclamant que les revenus pétroliers soient alloués à la remise sur pied de services publics

Les arbitres sifflent donc régulièrement des pauses, le temps pour tous les joueurs de boire et passer quelques minutes à l’ombre, avant de reprendre.

Et à chaque lendemain de match, « les joueurs subissent des examens médicaux et physiques », explique à l’AFP Khayam al-Khazarji, chef de la communication du club Al-Kahraba (première division), obligé de jouer de jour faute d’avoir un stade éclairé la nuit.

Comble de l’ironie, Al-Kahraba signifie en arabe « l’électricité » car ce club dépend... du ministère de l’Électricité !

C’est cette institution qui concentre généralement toute l’attention – et toutes les critiques – chaque été. Jusqu’ici aucun ministre n’a d’ailleurs pu aller jusqu’au bout de son mandat.

L’été dernier encore, après des semaines de manifestations dans tout le sud du pays – où le climat tropical est le plus rude – le ministre avait été limogé.

Cette année, son successeur s’apprête à affronter ce qui se présente déjà comme un référendum de facto sur les progrès que revendique le gouvernement en termes d’amélioration des infrastructures de base. 

Un vendeur de chapeaux-parasols à Bagdad (AFP)

Et l’inquiétude des autorités grandit, assurent des responsables, au moment même où les températures « atteignent des niveaux pas enregistrés depuis 2011 », selon Amer al-Jaberi, des services officiels de la météorologie. 

Dans le douzième pays le plus corrompu au monde, l’été est la période traditionnelle des manifestations réclamant que les revenus pétroliers soient alloués à la remise sur pied de services publics et non à l’enrichissement personnel de politiciens et entrepreneurs véreux.

Quelques centaines de manifestants ont déjà défilé à Bassora et Diwaniyah, dans le sud du pays. Et bientôt, prévient M. Jaberi, « nous atteindrons les 50 degrés ». 

par Bassem al-Rikaby avec Khalil Jalil