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EXCLUSIF : Des détails sur l’« accord du siècle » font état de concessions minimes de la part d’Israël

Selon un diplomate américain, la seule concession demandée à Israël est le gel de la construction de colonies au cœur de la Cisjordanie pendant cinq ans
Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à la Maison-Blanche en mars 2019 (AFP)

Selon le plan américain appelé « accord du siècle », l’armée israélienne conserverait le contrôle des colonies, de la vallée du Jourdain et des frontières pendant cinq ans, a confié à Middle East Eye un diplomate américain travaillant sur l’accord, qui précise aussi que les négociations sur la version finale se poursuivent.

Le plan, tel que décrit par le responsable, consoliderait le statu quo entre Israéliens et Palestiniens et la seule concession demandée aux Israéliens serait de geler la construction de colonies au cœur de la Cisjordanie au cours de la période initiale de cinq ans.

« Cela dépend des parties. Elles peuvent avoir deux États, un État, une confédération, une fédération ou autre chose du nom qu’elles choisiront »

- Un diplomate américain

Parmi les informations les plus détaillées jamais publiées sur « l’accord du siècle » et recueillies par MEE, Gaza serait sous contrôle de l’Autorité palestinienne et le Hamas devrait remettre ses armes à l’Autorité palestinienne qui continuerait à coopérer avec Israël sur la sécurité.

Mais ce qui se passerait à la fin des cinq ans n’est pas clair, tout comme les conséquences si jamais le Hamas refusait de rendre les armes.

Le responsable, qui a requis l’anonymat parce qu’il n’est pas autorisé à parler aux médias, a déclaré que cet accord se voulait « une vision » plutôt qu’un plan détaillé et que la partie américaine jouerait plutôt un rôle de « facilitateur » et non de médiateur ou d’arbitre.

« Cela dépend des parties. Elles peuvent avoir deux États, un État, une confédération, une fédération ou autre chose du nom qu’elles choisiront », a-t-il précisé.

L’accord controversé, qui fait actuellement l’objet de spéculations et de fuites dans les médias, devrait être rendu public le mois prochain, un an après une série d’articles laissant entendre que l’accord, encore retardé, serait dévoilé prochainement.

Selon le diplomate américain :

- La vieille ville de Jérusalem serait reconnue comme israélienne, les Palestiniens n’auraient accès qu’aux sites sacrés. Les colonies et les communautés juives de la ville seraient également considérées comme israéliennes, mais les quartiers palestiniens feraient partie d’une entité palestinienne.

 - Alors que la construction de colonies israéliennes en Cisjordanie serait gelée pendant cinq ans, Israël pourrait continuer à construire des colonies dans des zones censées faire partie d’Israël dans le cadre d’un accord final. Les colons de Cisjordanie auraient le choix, après cet accord final, de rester ou de déménager.

 - Des incitations économiques constitueront la partie la plus importante de l’accord. L’administration américaine a demandé d’importants dons pour financer l’accord de paix. Les donateurs attendus incluent les pays arabes du Golfe, les États-Unis, l’Union européenne, le Japon et la Chine.

 - Le plan créerait également un cadre régional pour le processus de paix incluant des pays arabes comme l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Jordanie et d’autres.

- Les questions des colonies, de la vallée du Jourdain, des frontières et des réfugiés resteront à déterminer lors de négociations pour l’accord final.

« Le plan ne répond pas à 100 % des demandes des deux parties, il se situe entre les deux », a précisé le diplomate.

Protectorat palestinien

Le spectre de l’accord à lui seul a suscité de vives réactions, entre autres de la part des dirigeants palestiniens. Ces derniers craignent que celui-ci ne fasse que renforcer le contrôle israélien et ferme à jamais la porte sur le droit au retour des réfugiés et la souveraineté.

Alors que selon le diplomate américain, les pays de la région sont censés apporter leur soutien au plan, l’accord devrait certainement être rejeté par les États arabes qui sont aux côtés des Palestiniens, ce qui pourrait renforcer le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou qui a longtemps affirmé qu’il n’a pas de partenaire pour faire la paix.

Des responsables palestiniens au courant de ce qui se négocie ont affirmé à MEE que les États-Unis souhaitaient faire de la Cisjordanie un protectorat militaire israélien similaire à celui des pays africains du XXe siècle, avant leur indépendance.

« Si l’‘’accord du siècle’’ n’inclut pas Jérusalem, les frontières et les droits légitimes du peuple palestinien, pourquoi devrions-nous l'accepter ? »

- Mohammad Shtayyeh, Premier ministre de l’AP

Mercredi, le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh, a qualifié cet accord de « plan israélien rédigé par des mains américaines », qui donnerait à Israël « les mains libres pour annexer la plus grande partie de la Cisjordanie au nom de la sécurité ».

S’adressant à des membres d’une délégation universitaire américaine en visite à Ramallah, Mohammad Shtayyeh a également déclaré que le gouvernement Trump faisait pression sur les Palestiniens, pensant qu’ils pourraient être forcés d’accepter le plan, mais que cela ne fonctionnerait pas.

« La politique d’extorsion de l’administration Trump, que ce soit en fermant le bureau de l’OLP ou en déplaçant l’ambassade américaine à Jérusalem et en vidant l’UNRWA [agence de l’ONU pour les réfugiés] et le gouvernement palestinien de leurs ressources financières, ne nous obligera pas à nous rendre et à accepter l’accord », a expliqué Shtayyeh à la délégation.

Les Palestiniens, a-t-il souligné, n’accepteront pas le plan s’il n’inclut pas l’engagement de créer un État indépendant avec les frontières de 1967, et avec Jérusalem pour capitale.

« Si l’‘’accord du siècle’’ n’inclut pas Jérusalem, les frontières et les droits légitimes du peuple palestinien, pourquoi devrions-nous l'accepter ? », a-t-il demandé. 

Traduit de l’anglais (original).